“ Elle implique quelque chose de plus qu’une vulgaire et inoffensive probité, elle entraîne l’idée de bravoure et de fierté chevaleresque. Entre ces deux âmes brûlantes, un esprit tenace et profond protège le destin de l’Italie. Guai ! malheur, comme disent les Italiens, le jour où la sagesse et la persévérance de M. de Cavour ne rassembleraient plus les rênes de ce quadrige si malaisé à conduire : la noblesse, le peuple, l’armée, le clergé, le passé et le présent devant travailler de concert pour l’avenir. ”
Résumé
“Garibaldi”, est une œuvre de George Sand. Des thèmes tels que l'Italie, Garibaldi ou le miracle y sont abordés.
Citations de Garibaldi (George Sand)
“ Et l’on dit que le temps des miracles est passé ! Non ! le temps des miracles durera autant que la race humaine sur la terre, sans qu’il soit besoin désormais de faire intervenir le renversement des lois extérieures de la nature. C’est dans le cœur humain que s’accomplit l’éternel prodige, le sublime désaccord des appétits matériels et des besoins de la vie supérieure, ceux-ci faisant taire ceux-là, même dans leur plus légitime appel, et réveillant la soif du martyre dans l’être engourdi qui disait et croyait n’avoir besoin et souci que du pain du corps. ”
“ C’est que de tels hommes ne représentent pas tant une idée particulière qu’un sentiment général. Ils résument l’âme d’une nation, et, si l’on voulait y bien regarder, on verrait dans celui-ci une sorte de personnification de l’Italie renaissante, avec son passé douloureux, ses drames poignants, sa patience muette, son génie d’action exubérant, et surtout cette haine du joug étranger qui fait taire en elle tout vain orgueil et toute discorde funeste quand l’heure est venue d’être ou de n’être pas. ”
“ On sent que nulle considération d’amitié, de prudence, de crainte de l’opinion ne pèse dans la balance quand il s’agit du devoir. Ils savent qu’ils ne peuvent inspirer de défiance fondée à ceux qu’ils servaient hier, non plus qu’à ceux qu’ils servent aujourd’hui et, quand cela serait, ils crieraient : Quand même ! et se jetteraient dans le feu en faisant abnégation de tout, même de leur honneur apparent, comptant sur la justice de l’histoire et sur le jugement de Dieu dans le cœur des hommes de bien. ”
“ Mais nous avons l’intime conviction que quiconque aime l’Italie veut qu’elle vive en ce moment par toutes ses forces, par toutes ses grandeurs, par tous ses fibres, par toutes ses gloires. En présence de la lutte nouvelle et formidable, que cache le silence de l’Europe et le faux sommeil de l’Autriche, il faut que l’un ose tout, que l’autre fasse beaucoup, que le troisième veille toujours. ”
“ Dès lors Garibaldi devient un personnage épique. De retour à Nice avec une partie de ses légionnaires en 48, il se jette corps et âme dans la guerre contre l’Autriche, et le prestige qu’il a cru laisser au fond de l’Amérique l’entoure d’une auréole nouvelle. Ce sont tous les jours des combats homériques, des coups de main d’une vigueur et d’un bonheur qui font croire aux uns que c’est le diable, aux autres que c’est Dieu qui dirigent son bras et préservent sa vie. ”
“ Mais ce brillant poème a son chant d’angoisse et de douleur qui le complète ; c’est là qu’on aime le héros et qu’on pleure avec lui. Il le faut bien ; c’est dans le malheur que ces grandes existences deviennent sympathiques et se rattachent à l’humanité par les larmes. La pitié est toujours d’une immense tendresse pour ceux dont l’énergie est immense, et un grand cœur qui se brise est un spectacle qui brise tous les cœurs. ”
“ On sent que cela est fatal aujourd’hui ou demain, que la conscience humaine le veut, que le doigt de Dieu est levé, que Garibaldi tombant sous une balle, serait encore en esprit et en apparition surnaturelle à la tête de ses légions victorieuses, et que son nom seul continuerait les prodiges de sa volonté. L’Italie a aujourd’hui trois hommes éminents sur la brèche, sans compter ceux qui s’abstiennent, mais qu’émeuvent toujours les profondeurs de l’instinct populaire en lui prescrivant avec éloquence et passion l’unité nationale et l’écrasement total de l’étranger. ”
“ Avec une poignée de braves dignes de lui, il va combattre une armée formidable ; le mystère et le prestige l’accompagnent ; un miracle se fait pour qu’il puisse débarquer : l’imagination le cherche avec anxiété dans le labyrinthe des montagnes. La panique est dans le camp ennemi. On fuit avant peut-être de l’avoir aperçu. La terreur est à la cour de Naples. Tout ceci ressemble à un poëme. Cet homme, presque seul, devient l’homme du prodige. Il fait trembler les trônes, il est l’oriflamme de l’ère nouvelle. ”
“ On savait, ou on croyait savoir, qu’il y avait au loin des chrétiens opprimés, appelant les braves à leur secours, et une pensée généreuse fut le prestige de ces premières expéditions. Aujourd’hui, c’est encore une croisade au nom de la liberté ; mais non plus seulement la liberté matérielle de quelques coreligionnaires ; c’est la liberté physique et morale de tout un peuple qui se montre digne de revivre. Aujourd’hui, c’est encore la lutte de la civilisation contre les idées oppressives de la barbarie ”
“ L’Italie a prouvé qu’elle pouvait faire, à elle seule, de grandes choses ; mais les maintenir dans l’assentiment de la majorité des autres puissances, se défendre d’être écrasée brutalement par les unes, abandonnée lâchement par les autres, voilà ce qu’elle n’aurait pu faire avant un demi-siècle, et voilà ce que la prudence de M. de Cavour a su faire au sein du passé, encore debout autour de lui. ”
“ Le passé sera toujours l’obstacle de l’avenir, l’avenir sera toujours le rebelle menaçant le passé, et dans leur fatal antagonisme, le présent n’accomplira jamais son évolution historique qu’à travers des déchirements profonds et des luttes désastreuses. ”
“ Victor-Emmanuel, s’il n’avait pas la douleur d’être roi, serait avec Garibaldi sous la tente. Retenu par des considérations respectables et des engagements impérieux, il est forcé d’attendre le moment où vox populi, vox Dei consacrera son droit et son devoir, le plus sacré des droits politiques quand on en est investi par l’appel ardent des masses, le plus beau de tous les devoirs, celui de constituer une grande nation vivant par elle-même. Le roi Victor représente donc le droit de l’Italie, et ce droit, par une faveur de la Providence, tombe aux mains d’un homme proverbialement loyal. ”
“ Comme cette vie supérieure coule en lui à pleins bords, comme elle le grandit, comme elle l’enlève à lui-même, comme elle lui fait paraître frivoles les grands intérêts et les bons raisonnements de la veille ! Le peuple aime le merveilleux, cela est certain. ”
“ À l’abri des plus hautes cimes, sur ces plateaux élevés, derniers sanctuaires de la vie pastorale, quelques êtres humains, clair semés dans les chalets, semblaient devoir ignorer que le monde était en feu, et qu’au delà de ces incommensurables horizons où l’œil devine les Alpes, le canon grondait plus haut que le tonnerre, tandis que les vautours planaient sur des champs de bataille. ”
“ À l’esprit froid qui calcule les probabilités rationnelles des futurs événements humains, le miracle ne se présente jamais, et c’est pourtant le miracle qui résout toutes les questions en apparence insolubles, et déjoue toutes les opérations de la logique la mieux établie. ”
“ Garibaldi ne ressemble à personne, et il y a en lui une sorte de mystère qui fait réfléchir. Les têtes légères veulent peut-être qu’il doive son prestige à la jeunesse, à la beauté ; les uns disent à sa force physique, à sa voix de stentor ; les autres disent à sa taille gigantesque, à son costume de théâtre, etc. Heureusement rien de tout cela n’est vrai aujourd’hui, et le prestige dure encore. Garibaldi porte le costume qui convient à son emploi militaire, il n’est plus de la première jeunesse, il a plus de noblesse et de sérénité dans la physionomie que de beauté dans les traits. ”
“ Quand cette cause est juste, Dieu parle, il consent à être béni comme Dieu des armées, il met dans le sein des hommes qu’il suscite une sainte fureur a laquelle rien ne peut résister et une abnégation digne de ces temps anciens que l’on est convenu de vanter et qu’à chaque instant le présent surpasse, même aux époques de lassitude, de scepticisme et de raillerie. L’homme est ainsi fait, Dieu merci, et ce n’est pas un rêve de le croire. ”
“ C’est que l’homme est plus grand et meilleur qu’il ne le croit et qu’il ne le sait. Tout son mal est d’avoir encore la vie matérielle trop difficile sur la terre. Il s’y absorbe, il oublie que, plus il se détache de l’intérêt commun, plus il s’affaiblit et se ruine. Il lui faut des cataclysmes pour sentir que sa vie est celle des autres, comme celles des autres est la sienne. ”
“ Aujourd’hui le Milanais est délivré, le centre de l’Italie a proclamé le principe de l’unité. La Sicile est soulevée contre le Bourbon de Naples, et Garibaldi est en Sicile. Le bruit de ses victoires y a précédé sa descente, et aujourd’hui, 26 mai, on ignore, là où je suis, si Palerme n’est pas en son pouvoir. Il y a, plus que jamais, de la légende dans cette vie aventureuse, mais cette légende, c’est encore de l’histoire. — Rien ne paraît impossible à Garibaldi. ”
“ Tout le monde sent si bien cette vérité, que les dispositions du peuple lombard inspiraient des doutes au commencement de la guerre. On pouvait compter sur la partie éclairée de cette nation, mais le paysan qui, en tout pays, redoute le changement et supporte toutes choses à la seule condition que l’on ne marchera pas sur le sillon qu’il vient d’ensemencer, celui-là, le patient, le prudent (logicien au jour le jour) , pouvait bien regretter l’ordre établi à tant de frais, le fait consacré par des années de chagrin, de souffrance et de résignation. ”
“ Chargé de soulever les populations contre l’Autriche et d’annoncer la bonne nouvelle tout en harcelant l’ennemi, il remplit un rôle complétement neuf dans l’histoire. Il fait de la révolution au profit de la royauté, et il la fait sciemment, résolûment, loyalement, sans être ni dupe ni trompeur. ”
“ Espérons que le miracle commencé s’accomplira, que la révolution patriotique de l’Italie ne périra pas comme toutes les révolutions ont péri pour avoir trop vite usé leurs hommes, et que celle-ci comprendra le nouveau et grand exemple qu’elle est invitée par Dieu même à donner au monde. ”
“ Le peuple aime le merveilleux, cela est certain. Et il ne songe pas que le merveilleux par excellence, l’inouï, le fabuleux, c’est lui-même en de certains jours, c’est le spectacle qu’il présente, lorsqu’il se jette en avant, corps et biens, après avoir toujours cru qu’il était sage et bon de rester en arrière. ”
“ Qui donc disait qu’il était vieux, que rien d’invraisemblable n’était plus possible dans cet âge de raison et de lumière, que rien de grand ne pouvait plus émouvoir une civilisation trop avancée et trop positive ? ”
“ À Rome, où Garibaldi a couru au secours de la patrie menacée par le César allemand, un funeste malentendu amène une collision entre la raison d’État et le sentiment national, entre la France et l’Italie. De part et d’autre, le combat devient une question d’honneur. Garibaldi défendra son drapeau. L’année française sait s’il l’a bien défendu, et le nom d’un tel adversaire reste honoré dans ses rangs [1] . On sait ce brillant combat de Palestrina, que, durant la trêve, le héros alla livrer à l’armée napolitaine avec une poignée de ses braves. ”
“ Où sont ces gens-là et que font ces grands esprits quand il s’agit de chasser l’étranger et de reconquérir la liberté ? Voilà un seul homme, sans argent, sans pouvoir et sans appui, aux prises avec tous les obstacles que l’homme peut rencontrer dans la société constituée, et, en un clin d’œil, cet homme a des amis, des partisans dévoués, des compagnons intrépides, des populations palpitantes autour de lui. Il est donc tout-puissant l’homme qui croit ! ”
“ Et nous oserons le dire, nous dont les instincts suivent résolument Garibaldi dans ses audaces, nous qui croyons que, dans les heures de lutte suprême, les idées doivent faire place aux actions et les réflexions aux élans, nous émettrons pourtant cette opinion qui nous est imposée par un sentiment général, — on pourrait dire universel, — que, si le roi Victor-Emmanuel et Garibaldi sont le bras et l’épée de l’Italie, M. de Cavour est le bouclier sans lequel ces preux ne seraient point préservés des flèches de l’embuscade. ”
“ L’esprit vraiment éclairé devrait donc compter toujours sur le miracle et lui faire la part bonne dans l’avenir. Il nous semble qu’il y a un très simple moyen d’éprouver la certitude de l’intervention divine sur laquelle on peut compter en effet : c’est de s’assurer que la cause qu’on lui livre est réellement digne d’elle. ”
“ L’instinct des masses, qui regardent à distance, — et ce n’est pas un mauvais point de vue pour résumer l’ensemble des choses, — pressent que le salut de la Péninsule est au prix de leur union secrète et profonde. ”
“ Mais à ce pauvre peuple endormi qui doit, bon gré mal gré, souffrir autant que ceux qui pensent et qui veulent, il faut des initiateurs ; Dieu le sait, et il lui en envoie. Il a ses élus pour cette mission du miracle, ceux que les antiques bibles appellent des anges, ceux que l’empereur Charlemagne appelait ses Missi Dominici. Le monde moderne n’a plus de noms appropriés à cette tâche extraordinaire, et Garibaldi a reçu le titre vague et ondoyant d’aventurier. ”
“ C’est quelque chose d’enthousiaste et de religieux qui n’a pas d’analogue dans les troupes régulières, et qui forme un épisode des plus étranges dans le temps où nous vivons, au milieu d’une guerre dirigée par de savants calculs et une sévère discipline. Eh bien, ce contraste d’une petite armée de partisans, marchant pour son compte avec la seule préoccupation de vaincre ou de mourir, n’a pas une seule fois entravé ou contrarié les plans réguliers de l’armée alliée ”
“ Isolément, vous le trouveras toujours et partout pétri des mêmes misères, imbu des mêmes erreurs et incapable de se rendre heureux ou sage, tranquille ou fort dans son œuvre personnelle. Mais toujours et partout vous le trouverez capable de ressentir ces grandes commotions électriques, grâce auxquelles, à un jour donné, tous deviennent sublimes. ”
“ Il dit un mot à l’oreille, il fait un signe dans l’ombre : les braves accourent, les moyens s’improvisent, les peuples se lèvent, les dangers reculent avec les obstacles, le monde frémit d’un bout à l’autre et prononce la déchéance du souverain menacé avant même qu’il ait perdu un seul homme. ”
“ Il a la voix douce, l’air modeste, les manières distinguées, une grande générosité et une immense bonté unies à une fermeté inflexible et à une équité souveraine. C’est bien l’homme du commandement, mais du commandement par la persuasion ; il ne peut gouverner que des hommes libres. ”
Termes fréquents
Œuvres similaires
L'Unité italienne et l'unité allemande…Revue des Deux Mondes (E. Jordan…Les Déclarations de M. Rouher, de leur effet en France et en Italie…Essais et Notices. — Souvenirs de la Révolution toscane…La Nouvelle Revue (Édouard Gioia…M. de Cavour et la crise italienne…Le Mois historique de l’Italie - Mai 1915…Les Souffrances d’un penseur italien - Leopardi et sa correspondance…Les Précurseurs Italiens - Valentino Pasini…La Politique française [par L. d'Eytier…
