Henri Jacottet

Résumé

Henri Jacottet Pensées d'automne, poésies (1904)

Quel espoir avons-nous d'échapper à la mort Plus que de la fleur des champs par l'orage chassée, Ou l'insecte volant dans la poussière d'or?
De plus qu'eux, il est vrai, nous avons la pensée, Mais dans ces millions de mondes radieux Dont la voûte des nuits nous semble tapissée,
Qui sait si, comme nous, des êtres anxieux, Naissant, vivant, souffrant, craignant la mort amère, Ne cherchent pas en vain un pourquoi dans les cieux !
Nous les voyons briller, ces mondes, de la terre, Comme on voit, d'un vaisseau, la nuit, sur l'Océan, D'autres vaisseaux, au loin, la tremblante lumière.
Source : Gallica

Henri Jacottet Pensées d'automne, poésies (1904)

Lui qui, se résignant naguère au désespoir, Ne voyait qu'une terre en deuil, qu'un ciel noir, Et, pensant aux longs jours qui blessent ou qui
rongent, N'osait plus regarder l'abîme où ces jours plongent,
Las de vivre, et sondant la mort avec terreur, Il sent passer dans l'air un souffle de bonheur : Son horizon s'emplit d'une céleste image.
L'étoile de la mer, qui montre le rivage,
Paraît telle la nuit au coeur des matelots
Brisés par la tempête et meurtris par les flots,
Et Tristan dans les cieux pressent l'aube nouvelle, D'un bonheur infini, d'une ivresse éternelle.
Source : Gallica

Henri Jacottet Pensées d'automne, poésies (1904)

Il n'a point regardé l'anneau donné par elle, Dont la possession devait rendre fidèle. Eut-elle de son coeur jamais plus de moitié ? Oh que l'amour de l'homme est misère et pitié! Mais Iseult a pitié de l'existence entière. L'amour n'est qu'une faible et trompeuse lumière, Il dérobe à nos yeux l'affreuse vérité : Tels aux derniers rayons d'un tiède soir d'été Brillent comme de l'or sur la colline verte Les vieux vitraux usés d'une église déserte, Mais, sitôt qu'au couchant le soleil s'est enfui, La façade s'éteint et rentre dans la nuit.
Source : Gallica

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