Henryk Sienkiewicz

Henryk Sienkiewicz

Hania (1876)

Résumé

Portrait de Henryk Sienkiewicz Henryk Sienkiewicz Hania (1876)

Un cheval blanc arrivait à un galop effréné, touchant à peine la terre de ses sabots ; et le cavalier, courbé sur la crinière, selon la coutume tatare, n’était autre que mon ami Sélim.
— C’est Sélim ! Sélim arrive ! s’écria Kaz.
— Que fait ce fou ? Les portes sont fermées ! dit mon père ému.
On n’avait plus le temps d’ouvrir les portes, et Sélim arrivait comme un fou, et l’on pouvait craindre de le voir s’écraser sur le mur élevé, surmonté de pieux aigus.
— Mon Dieu, protège-le ! murmura le prêtre Ludvig.
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Portrait de Henryk Sienkiewicz Henryk Sienkiewicz Hania (1876)

Mais mon collègue Sélim ne ressemblait pas du tout à ce portrait. Sa mère, avec qui le vieux Davidovicz s’était marié en Crimée, n’était pas une Tatare, mais une Géorgienne, paraît-il ; je ne me souviens pas d’elle, mais je sais qu’on en parlait comme d’une beauté exceptionnelle, et que Sélim lui ressemblait comme deux gouttes d’eau.
Oh ! quel beau garçon qu’était ce Sélim ! Ses yeux possédaient encore un défaut à peine perceptible, mais ce n’étaient pas des yeux tatars : c’étaient de ces grands yeux, noirs, pensifs et mélancoliques, qui distinguent les Géorgiens.
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Portrait de Henryk Sienkiewicz Henryk Sienkiewicz Hania (1876)

Je restais seul des journées entières, tantôt à cheval dans la campagne, tantôt au milieu des roseaux sur l’étang. Je vivais comme un homme sauvage. Quelquefois même, je restais toute la nuit dans la forêt auprès d’un bûcher avec un fusil et un chien. D’autres fois, j’allais trouver notre berger, regardé comme un sorcier, qui fuyait la société et composait toujours des poisons avec des herbes cueillies dans les prés, et je m’initiais aux secrets de la sorcellerie. Mais les minutes me semblaient longues et — qui l’eût pu croire ? — je m’ennuyais après Sélim.
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