“ Chasse noz jours sans espoir de retour, Si perissable est toute chose née, Que songes-tu mon ame emprisonnée ? Pourquoy te plaist l’obscur de nostre jour, Si pour voler en un plus cler sejour, Tu as au dos l’aele bien empanée ? Là, est le bien que tout esprit desire, Là, le repos où tout le monde aspire, Là, est l’amour, là, le plaisir encore. Là, ô mon ame au plus hault ciel guidée ! ”
Résumé
“L’Olive”, est une œuvre de Joachim du Bellay. Des thèmes tels que nostre, poësie ou immitation y sont abordés.
Citations de L’Olive (Joachim du Bellay)
“ Pourquoy viens-tu loger avecques moy ? Va te noyer en ce fleuve d’emoy, Fleuve infernal, où le froid tousjours dure. Au fond d’enfer va pleurer tes ennuiz, Parmy l’obscur des eternelles nuitz : Pourquoy te plaist d’Amour le beau sejour ? Si la clerté les ombres épouante, Ose-tu bien ô charongne puante ! Empoisonner le serain de mon jour ! CICI O que l’enfer etroitement enserre Cet ennemy du doulx repos humain, De qui premier la sacrilege main Arracha l’or du ventre de la Terre ! ”
“ Je te prie donques, amy Lecteur, me faire ce bien de penser que ma petite muse, telle qu’elle est, n’est toutefois esclave ou mercenaire, comme d’ung tas de rymeurs à gaiges : elle est serve tant seulement de mon plaisir. Je te prie encores ne trouver mauvais cet advertissement, ou t’ennuyer de sa longueur, comme oultrepassant les bornes d’une epistre. ”
“ Ceux qui ayment le jeu, les banquetz et aultres menuz plaisirs, qu’ilz y passent et le jour ; et la nuict si bon leur semble. Quand à moy, n’ayant aultre passetems de plus grand plaisir, je donneray vouluntiers quelques heures à la poësie. Et combien ce m’est un labeur peu laborieux, et coutumier, si ce n’est ou faisant quelque voiage ou en lieu qui n’ait aultre plus joyeuse occupation, bien l’entendent ceux qui me hantent de familiarité. ”
“ Ceux qui ne treuvent rien bon, si non ce qui sort de leur main, y trouverront à mordre en beaucoup de lieux : mesme en cet endroict ou je fay mention de quelques sçavans hommes de nostre France. Les uns diront que j’en ay laissé que je ne devoy’pas oublier : les aultres, que je n’ay pas gardé l’ordre, nommant quelques ungs les derniers, qui meritoient bien estre au premier ranc. Je n’ay qu’une petite response à toutes ces objections frivoles : c’est que mon intention n’estoit alors d’ecrire une hystoire, mais une poësie. ”
“ Les gentilz espris, mesmes ceulx qui suyvent la court, seule escolle ou voluntiers on apprent à bien proprement parler, devroient vouloir pour l’enrichissement de nostre langue, et pour l’honneur des espriz françois, que telz poëtes barbares, ou feussent fouettez à la cuysine, juste punition de ceulx qui abusent de la pacience des Princes, et grands Seigneurs par la lecture de leurs ineptes œuvres : ou (si on les vouloit plus doucement traicter) qu’on leur donnast argent pour se taire ”
“ Mais pourquoy pren-je tant de peine, lecteur, à preoccuper l’excuse de ce qui sera trouvé (peult estre) la moindre faulte de mes œuvres ? J’ay tousjours estimé la poësie comme ung somptueux banquet, ou chacun est le bien venu, et n’y force lon personne de manger d’une viande ou boire d’un vin, s’il n’est à son goust, qui le sera (possible) à celuy d’un aultre. C’est encor’la raison pourquoy j’ay si peu curieusement regardé à l’orthographie, la voyant au jourdhuy aussi diverse qu’il y a de sortes d’ecrivains. ”
“ Considerant encores nostre langue estre bien loing de sa perfection, qui me donnoit espoir de pouvoir avecques mediocre labeur y gaingner quelque ranc, si non entre les premiers, pour le moins entre les seconds, je voulu bien y faire quelque essay de ce peu d’esprit que la Nature m’a donné. Voulant donques enrichir nostre vulgaire d’une nouvelle, ou plustost ancienne renouvelée poësie, je m’adonnay à l’immitation des anciens Latins, et des poëtes Italiens, dont j’ay entendu ce que m’en a peu apprendre la communication familiere de mes amis. ”
“ Si quelques uns vouloient renouveler la farce de Marot et de Sagon, je ne suis pour les en empescher : mais il fault qu’ilz cherchent aultre badin pour jouer ce rôle avecques eux. Voylà ung petit desseing lecteur, de ce que je pouroy’bien respondre à mes calomniateurs, si je vouloy’prendre la peine de leur tenir plus long propoz. Quand à ceux qui blasment en moy cet etude poëtique, comme totalement inutile, s’ilz veulent combatre contre la poësie, elle a des armes pour se deffendre : s’ilz plaignent l’empeschement de ma promotion, je les remercie de leur bonne volunté. ”
“ Au moyen de quoy, n’ayant où passer le temps, et ne voulant du tout le perdre, je me suis volontiers appliqué à nostre poësie : excité et de mon propre naturel, et par l’exemple de plusieurs gentiz espritz françois, mesmes de ma profession, qui ne dedaignent point manier et l’epée et la plume, contre la faulse persuasion de ceux qui pensent tel exercice de lettres deroger à l’estat de noblesse. ”
“ Je craignoy’un autre inconvenient, qui me sembloit avoir beaucoup plus apparente raison de future reprehension. C’est que telle nouveauté de poësie pour le commencement seroit trouvée fort etrange, et rude. Au moyen de quoy, voulant prevenir cete mauvaise opinion, et quasi comme applanir le chemin à ceux qui, excitez par mon petit labeur, voudroient enrichir nostre vulgaire de figures et locutions estrangeres, je mis en lumiere ma Deffence et illustration de la langue françoise : ne pensant toutefois au commencement faire plus grand œuvre qu’une epistre et petit advertissement au lecteur. ”
“ Ce tant doulx nom, ou bien te monstre telle, Qu’ainsi qu’en tout sembles estre immortelle, Sembles le nom avoir par destinée. Que du hault ciel il t’ait eté donné, Je ne suis point de le croire etonné, Veu qu’en esprit tu es la souveraine : Et que tes yeux, à ceulx qui te contemplent, Cœur, corps, esprit, sens, ame, et vouloir emblent Par leur doulceur angelique, et seraine. ”
“ Certes j’ay grand’honte, quand je voy’le peu d’estime que font les Italiens de nostre poësie en comparaison de la leur : et ne le treuve beaucoup etrange, quand je considere que voluntiers ceulx qui ecrivent en la langue Toscane sont tous personnaiges de grand’erudition : voire jusques aux Cardinaux mesmes et aultres seigneurs de renom, qui daignent bien prendre la peine d’enrichir leur vulgaire par infinité de beaux ecriz : usant en cela de la diligence et discretion familiere à ceulx qui legerement n’exposent leurs conceptions au publique jugement des hommes. ”
“ Au fort, si nos petiz Rimeurs s’en trouvoint un peu fachez, je leur conseilleroy’de prendre pacience : considerant que je ne suis ung Aristarque ou Aristophane, dont la grave censure doive oster leurs ecriz du rôle de noz poësies, ou retarder leurs aucteurs de mieux faire à l’advenir. Aussi leur mescontentement ne me doit rompre ma deliberation, qui par veu solennel me suis obligé aux Muses de ne mentir jamais (que je le puisse entendre) ni en vin ni en poësie. ”
“ Pourquoy sont-ilz armez d’orgueil, et d’ire ? Pourquoy s’esteint ce doulx feu, qui en part ? Pourquoy la main, qui le cœur me depart, Cache ces retz, liens de mon martire ? O belle main ! ô beaux cheveux dorez ! O clers flambeaux dignes d’estre adorez ! Par qui je crain’, j’espere, je lamente. Mon fier destin, et vostre force extreme, En vous aimant, me commandent, que j’aime L’heureux object du bien, qui me tormente. ”
“ Quelques uns se plaignent de quoy je blâme les traductions poëtiques en nostre langue, dont ilz ne sont (disent-ilz) illustrateurs ny gaigez ny renommez. Aussi ne suis-je. Mais s’ilz n’alleguent aultre raison, je n’y feray point de response. Encores moins à ce qu’ilz disent, que j’ay reservé la lecture de mes ecriz à une affectée demy-douzaine des plus renommez poëtes de nostre langue. Car je n’avoy’entrepris de faire un catalogue de tous les autres, mesmes de ceulx qui ne m’etoient conneuz ny à leurs noms ny à leurs œuvres. ”
“ Et qui a sceu combien de fleurs produit Le verd printemps, combien de fruictz l’autonne, Et les thesors, que l’Inde riche donne Au marinier, qu’avarice conduit. Qui a conté les etincelles vives D’Aetne, ou Vesuve, et les flotz qui en mer Hurtent le front des ecumeuses rives : Celuy encor’ d’une, qui tout excelle, Peult les vertuz, et beautez estimer, Et les tormens que j’ay pour l’amour d’elle. LVIII Cet’ humeur vient de mon œil, qui adore Ton sainct protraict, seul Dieu de mon soucy, De mon cueur part maint soupir adoucy, De tes yeulx sort le feu qui me devore. ”
“ Pour le moins, ce m’est une faulte commune avecques beaucoup d’autres meilleurs espriz que le mien. Je ne suis tel, que je vueille blâmer le conseil d’Horace, quand à l’edition des poëmes : mais aussi ne suis-je de l’opinion de ceux qui gardent religieusement leurs ecriz, comme sainctes reliques, pour estre publiez apres leur mort : sçachant bien que tout ainsi que les mors ne mordent point, aussi se sentent-ilz les morsures. Cete conscientieuse difficulté, lecteur, n’estoit ce qui me retardoit le plus en la premiere edition de mes ecriz. ”
“ Combien voit-on entre les Latins immitateurs des Grecz, entre les modernes Italiens immitateurs des Latins, de commencemens et de fins de vers, de couleurs, et figures poëtiques quasi semblables ? Je ne parle poinct des orateurs. Ceulx qui voudront considerer le stile des Ciceroniens, ou aultres, ne trouverront estrange la ressemblance qu’ont ou pourront avoir les poëmes françois, si chacun s’efforce d’escrire par immitation des estrangers. Tous arts et sciences ont leurs termes naturelz. Tous mestiers ont leurs propres outilz. ”
“ Ce que j’ay dict, cetuy ci l’a dict encor’, et cetuy là : aussi les Muses n’ont restrainct, et enfermé en l’esprit de deux ou trois tout ce qui se peut dire de bonne grace en nostre poësie. S’il y a quelques faultes en mes escritz, aussi ne sont tous les aultres parfaictz. Ceulx qui avecques raison me voudront faire ce bien de me reprendre, je mettray peine d’en faire mon profit. Car je ne suis du nombre de ceulx qui ayment myeux deffendre leurs faultes que les corriger. ”
“ Combien parfaict doit estre le dedens ? Si tes beaux yeulx traictz, et flammes dardans Luysent sur moy, mon ame se reveille Au paradis, que ta bouche vermeille Ouvre aux espritz, qui te sont regardans. Mais quand je sen’ soubz ta doulce beauté L’horrible enfer de ta grand’ cruauté, Ce qui est beau me semble estre cruel. ”
“ Ne t’esbahis donques si je ne respons à ceulx qui m’ont apellé hardy repreneur : car mon intention ne feut onques d’auctorizer mes petiz œuvres par la reprehension de telz gallans. Si j’ ay particularizé quelques ecriz, sans toutefois toucher aux noms de leurs aucteurs, la juste douleur m’y a contrainct, voyant nostre langue, quand à sa nayfve proprieté si copieuse, et belle, estre souillée de tant de barbares poësies, qui par je ne scay quel nostre malheur plaisent communement plus aux oreilles françoises que les ecritz d’antique, et solide erudition. ”
“ O noble Nymphe ! en qui (peult estre) encores L’antique feu de nouveau s’evertue. Pareille amour nous avons eprouvée, Pareille peine aussi nous souffrons ores. Mais plus grande est la beaulté, qui me tue. XXVXXV Je ne croy point, veu le dueil que je meine Pour l’apre ardeur d’une flamme subtile, Que mon œil feust en larmes si fertile, Si n’eusse au chef d’eau vive une fonteine. Larmes ne sont, qu’avecq’si large vene Hors de mes yeux maintenant je distile, Tout pleur seroit à finir inutile Mon dueil, qui n’est qu’au meillieu de sa peine. ”
“ Pense donques, je te prie, Lecteur, quel prix doivent avoir, en l’endroict de celle tant docte et ingenieuse nation Italienne, les ecriz d’ung petit Magister, d’un Conard, d’un Badault, et aultres mignons de telle farine, dont les oreilles de nostre peuple sont si abbreuvées, qu’elles ne veulent aujourd’huy recevoir aultre chose. Je suis certain que tous lecteurs de bon jugement prendront ce que je dy en bonne part, veu que je ne parle du tout sans raison. ”
“ Ceux dont je ne cherche point les applaudissements ont occasion de gronder. Aussi me plaisent leurs aboys : car je n’en crain’gueres les morsures. Je fonde encor’ (disent-ilz) l’immortalité de mon nom sur moindre chose que leurs escritz, dont toutefois ilz ne pretendent aucune louange. Ce n’est à eulx ny à moy à juger de nostre cause : qui (Dieu mercy) n’est de telle importance, que la court y doibve estre longuement embesongnée. ”
“ Au lecteurAu lecteur Combien que j’aye passé l’aage de mon enfance et la meilleure part de mon adolescence assez inutilement, lecteur, si est-ce que par je ne sçay quelle naturelle inclination j’ay tousjours aimé les bonnes lettres : singulierement nostre poësie françoise, pour m’estre plus familiere, qui vivoy’entre ignorans des langues estrangeres. ”
“ Encor’diray-je bien que ceulx qui ont leu les œuvres de Virgile, d’Ovide, d’Horace, de Petrarque, et beaucoup d’aultres, que j’ay leuz quelquefois assez negligemment, trouverront qu’en mes escriptz y a beaucoup plus de naturelle invention que d’artificelle ou supersticieuse immitation. ”
“ Depuis, la raison m’a confirmé en cete opinion : considerant que si je vouloy’gaingner quelque nom entre les Grecz, et Latins, il y fauldroit employer le reste de ma vie, et (peult estre) en vain, etant jà coulé de mon aage le temps le plus apte à l’etude : et me trouvant chargé d’affaires domestiques, dont le soing est assez suffisant pour dégouter un homme beaucoup plus studieux que moy. ”
“ Or ay-je depuis experimenté ce qu’au paravant j’avoy assez preveu, c’est que d’un tel œuvre je ne rapporteroy jamais favorable jugement de noz rethoriqueurs françoys, tant pour les raisons assez nouvelles, et paradoxes introduites par moy en nostre vulgaire, que pour avoir (ce semble) hurté un peu trop rudement à la porte de noz ineptes rimasseurs. Ce que j’ay faict, lecteur, non pour aultre raison que pour eveiller le trop long sillence des cignes et endormir l’importun croassement des corbeaux. ”
“ Pour avoir paix avecques voz beaulx yeulx. Mais je ne puis, et ne pouroient les Dieux Frener le cours de ma volonté fiere. Si je le puis, la superbe riviere Fera le sien monter jusques aux cieulx. Que te sert donq’ eloingner le vainqueur O toy mon œil ! si au milieu du cœur Je sen’ le fer, dont il fault que je meure ? Ainsi le cerf par la plaine elancé Evite l’arc meurtrier, qui l’a blessé, Mais non le traict, qui tousjours luy demeure. ”
“ Progne gemir, et pleindre Philomene. Le ciel trompeur, qui le front rasserene, De ses thesors nous tient la porte ouverte, Et pour tirer un gaing de nostre perte, De nouveaux fruictz la Nature a faict pleine. ”
“ J’ay (ce me semble) ailleurs assez deffendu l’immitation. C’est pourquoy je ne feray longue response à cet article. Qui vouldroit à ceste ballance examiner les escritz des anciens Romains et des modernes Italiens, leurs arrachant toutes ces belles plumes empruntées dont ilz volent si haultement, ilz seroint en hazard d’estre accoutrez en corneille Horacienne. ”
“ A Monsigneur le prévost de Paris, ou son lieutenant.A Monsigneur le prévost de Paris, ou son lieutenant. Supplie humblement, Gilles Corrozet et Arnoul L’angelier libraires de ceste ville, qu’il vous plaise leur donner permission d’imprimer et vendre un petit traicté intitulé L’olive, avec aultres opuscules poetiques, et ordonner que deffences soient faictes a tous Imprimeurs et Libraires d’imprimer et vendre ledict livre, sans l’aveu desdictz suplians, sur peine de confiscation des livres autrement Imprimez, et d’amende arbitraire. ”
Termes fréquents
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