“ Ô Christ, mon Sauveur, que se passe-t-il dans l’âme qui vous aime quand vous y entrez ? Peut-être devrai-je, madame, vous parler avec plus de calme, mais la seule pensée de ma première communion me plonge dans une sorte de ravissement. Songez donc à ce que Jésus-Christ a fait pour moi. Et pourtant, j’ai des heures d’abattement terrible, quand je pense que ma Thérèse n’est plus nulle part sur la terre. Ô misère et faiblesse du cœur de l’homme ! Je la pleure quand je la sais au ciel... Mais le saint que Dieu m’a donné pour guide me dit de ne pas m’alarmer si la nature faiblit souvent. ”
Résumé
“Larmes d’amour”, est une œuvre de Laure Conan. Des thèmes tels que Thérèse, Francis ou le cœur y sont abordés.
Citations de Larmes d’amour (Laure Conan)
“ Sans doute, Thérèse priait pour moi à cette heure solennelle, et à sa prière le Seigneur Jésus daigna me regarder, car dans cet instant, la foi la plus ardente pénétra, embrasa mon âme. Saisi d’un respect sans bornes, je me prosternai, en disant du plus profond de mon cœur : Oui, vous êtes le Christ, le Fils unique du Dieu vivant... Ô miséricorde ! Ô bonté ! Ô moment à jamais béni ! Ô moment vraiment ineffable et que toutes les joies du ciel ne me feront pas oublier ! La foi, la reconnaissance, l’amour débordait de mon âme. Les larmes jaillirent à flot de mon cœur. ”
“ Thérèse, tous les jours de ma vie j’aurais voulu pleurer sur cette terre qui te couvre. C’est à côté de toi que je voudrais dormir mon dernier sommeil, et me réveiller à l’heure de la résurrection. Mais il faut obéir à Dieu. Il faut partir. Demain j’aurai laissé pour toujours cette terre du Canada, où nous nous sommes aimés, où ton corps repose ; mais j’emporte avec la douleur qui purifie la foi qui sauve et console, et, depuis l’heure à jamais bénie de mon baptême, il y a dans mon âme la voix qui crie sans cesse à Dieu ! ”
“ Ce matin, je rencontrai Francis près de l’église du Gésu. J’avais bien prié pour lui. J’osai le lui dire, et la première fois de ma vie, je lui parlai de mes espérances pour sa conversion. Il ne me cacha pas son mécontentement et répondit avec une froideur glaciale : — Je vous excuse en faveur de votre intention. Et il ajouta. — Oh ! les dures et cruelles paroles ! — Vous vous abusez étrangement. Jamais je ne serai catholique. Comment osez-vous me parler de ce que vous appelez vos espérances ? Comme si je pouvais lui cacher toujours le vœu le plus ardent de mon cœur ! ”
“ Ô mon Dieu, vous êtes infiniment bon pour toutes vos créatures, mais vous êtes surtout bon pour ceux que vous affligez. Vous savez quel vide ils ont laissé dans ma vie et dans mon cœur ; et pourtant, même dans mes plus amères tristesses, j’éprouve un immense besoin de vous remercier et de vous bénir. Oui, soyez béni, pour m’avoir donné le bonheur de les connaître et de les aimer ; soyez béni pour cette foi profonde, pour cette admirable générosité, pour cette si grande puissance d’aimer que vous aviez mises dans ces deux nobles cœurs. Thérèse Raynol à sa mèreMalbaie, le 14 juin 186*. ”
“ Pourquoi faut-il que la mort se mêle à tout dans la vie ? Mais ces tristes réflexions me furent personnelles. La conversation se maintint animée et joyeuse entre les personnes invitées pour la circonstance. On rit, on chanta, on fit de la musique dans cette maison où la mort allait entrer. Un peu après le départ des invités, comme M. Douglas se levait pour se retirer : « Ne partez pas encore, lui dit Thérèse, je veux vous chanter le Salve Regina, c’est-à-dire, poursuivit-elle avec son charmant sourire, j’ai l’habitude de le chanter tous les soirs, et aujourd’hui je veux que vous m’écoutiez. » ”
“ Oui, j’attends la résurrection des morts, et mes larmes coulent bien douces quand je pense qu’un jour je retrouverai ma Thérèse rayonnante de l’éternelle jeunesse et de l’immortelle beauté. Parfois, je l’avoue à ma honte, il me semble que je ne pourrai jamais supporter son absence. Je le disais aujourd’hui même à mon directeur. Le saint vieillard a souri doucement et m’a répondu avec une expression céleste : Mon fils, quand vous aurez communié, vous saurez que Dieu suffit à l’âme. Ces paroles firent battre mon cœur. ”
“ Ce n’est qu’un retard d’un jour, mais cela suffit pour attrister. L’âme a un ciel si changeant ! Pourtant qu’il faisait beau ce soir ! J’ai laissé la grotte avec regret. Pauvre grotte, me disais-je, ce matin elle est emplie de soleil, de chaleur et de vie avant le reste de la nature qui l’entoure, et la voilà pleine d’ombre pendant que le soleil rayonne encore partout, sur le Cap-à-l’Aigle, sur le fleuve si beau, sur les clochers lointains qui scintillent le long de la côte du sud. ”
“ Qu’elle est touchante cette amitié qui survit à la mort, au temps et à l’amour ! Certes, je suis profondément sensible à tout ce qui le touche. Je donnerais ma vie pour lui épargner une douleur, et pourtant je vois avec une sorte de joie que rien ne le consolera jamais entièrement de la mort de son ami. Il est si bon d’être aimé d’un cœur qui n’oublie point ! Oui, je le sais, son ami lui manquera toujours, toute ma tendresse sera impuissante à le consoler complètement, mais aussi, si je mourrais, personne ne me remplacerait dans son cœur. ”
“ « Ô mon Dieu, souvenez-vous que pas une parole de tendresse n’a été échangée entre nous, sans que votre nom ait été prononcé et votre bénédiction implorée. » 7 septembre. Hier, nous avons fait une promenade à l’île aux Coudres, excursion que la présence de Francis m’a rendue vraiment délicieuse. Puis, il y a maintenant dans mon âme quelque chose qui donne à la nature une splendeur que je ne lui connaissais pas. Mon Dieu, quel sera donc le ravissement de vous aimer dans votre ciel si beau, puisque, dès cette vie, il y a tant de bonheur à aimer vos créatures ! ”
“ D’ailleurs, je vous le demande, quel bonheur humain peut se comparer à celui du religieux, quand il se prosterne sur le pavé du sanctuaire, après les vœux solennels qui l’unissent à Dieu pour toujours. Dans le monde, la seule pensée de la mort assombrit les joies, trouble toutes les tendresses. Ici, non-seulement cette pensée est sans amertume, mais la mort elle-même a un air de fête. Et comment s’en étonner ? Le religieux n’attend rien de la figure de ce monde qui passe, il a jeté son cœur dans l’éternité, il vit de la foi et de l’espérance. ”
“ Sans doute, ma chère Thérèse, il est triste qu’il y ait un point par lequel nos cœurs ne se toucheront jamais, mais n’allez pas conclure que nous nous en aimerons moins. Songez à l’attachement que j’avais pour Charles, à son amitié qui était le bonheur de ma vie, comme sa mort en a été la grande, l’inexprimable douleur. N’ayez donc ni inquiétude, ni crainte. Je ne puis pas être catholique, mais je serai toujours votre ami le plus sûr et le plus tendre. D’ailleurs, puisque Dieu dirige tout, jusqu’au vol des oiseaux, n’est-ce pas lui qui nous a réunis ? ”
“ Le malheureux jeune homme se jeta dans un fauteuil et cacha son visage dans ses mains. La porte de la chambre de Thérèse s’ouvrit bientôt. Je touchai le bras de M. Douglas, qui se leva et me suivit. Le prêtre, encore revêtu de son surplis, priait devant l’image de la sainte Vierge. Thérèse tendit la main à Francis qui s’agenouilla à côté de son lit et sanglota comme un enfant. Alors elle se troubla, quelques larmes coulèrent sur son visage ; mais, se remettant bientôt, elle lui parla avec fermeté et tendresse. ”
“ Il est vrai, nous ne professons pas tout à fait la même foi, mais tous les deux, nous savons que Dieu nous aime et qu’il faut l’aimer ; tous les deux, nous savons que secourir les pauvres est un bonheur et un devoir sacré ; tous les deux, nous croyons que Jésus-Christ nous a rachetés par son sang. Ma noble Thérèse, ma fiancée si chère, ne craignez donc pas d’être ma femme ; ne craignez pas de vous appuyer sur mon cœur pour jusqu’à ce que la mort nous sépare par l’ordre de Dieu. ”
“ Le mal fit des progrès aussi prompts que terribles, Thérèse demanda son confesseur et Francis. Le prêtre vint le premier. Pendant qu’il entendait sa confession, je m’approchai d’une fenêtre qui donnait sur l’église du Gesu. La lampe brillait dans le sanctuaire, et je disais au Christ en pleurant amèrement : Seigneur, ayez pitié de moi ! Faut-il qu’elle meure pour qu’il se convertisse ? La nuit était délicieusement calme et belle. Oh ! quel contraste entre la désolation de mon âme et le radieux éclat des cieux. J’entendis arriver M. Douglas. ”
“ Mais le saint religieux qui me prépare au baptême vint me joindre dans le jardin où je m’étais retiré, et, me reprochant tendrement et fortement ma faiblesse, m’en fit demander pardon à Dieu. Du reste, ces défaillances sont rares. La puissante main du Christ me soutient sur un abîme de douleur. Mais vous, madame, comment supportez-vous cette terrible épreuve ? Ah ! laissez-moi vous répéter ce que Thérèse me disait : C’est la volonté de Dieu, et il faut s’y soumettre, car il est notre Père. ”
“ L’ancolie croît partout dans les fentes des rochers. Ces jolies cloches rouges font un charmant effet sur le roc aride. Qu’est-ce qui plaît davantage, une fleur de la mousse ou une fleur sur un rocher ? Hélas ! il y a des femmes qui n’aiment les fleurs que sur leurs chapeaux, et pour qui une promenade dans la rue Notre-Dame a plus de charmes qu’une course dans les bois ou sur la grève ! Mais à quoi bon philosopher ? La chapelle Harvieux est à un mille du quai. C’est tout simplement une grotte de sept à huit pieds de profondeur, taillée dans le roc à une dizaine de pieds du sol. ”
“ Et alors elle me dit qu’en voyant comme Francis demeurait préjugé, aveuglé, malgré les prières continuelles qu’elle faisait faire pour sa conversion, elle avait cru que Dieu voulait peut-être la faire contribuer à son salut plus que par la prière, et qu’elle avait offert son bonheur et sa vie pour lui obtenir la foi. De ce moment je n’eus pas d’espérance. Avec une douleur affreuse, mais sans surprise, je vis tous les efforts de la science échouer complètement. ”
“ Je vais tous les matins à la messe, ordinairement par la grève, ce qui est fort agréable. L’église est bâtie sur le fleuve, à l’embouchure de la rivière Malbaie. C’est un fort beau site. En face, la baie, — cette charmante baie que l’on compare à celle de Naples, — à droite des champs magnifiques, une hauteur richement boisée, où chantent les oiseaux et les brises d’été ; à gauche, la rivière, puis le Cap-à-l’Aigle, sauvage et gracieux, et en arrière les montagnes vertes et bleues qui forment l’horizon. L’église est bien entretenue. ”
“ Il aimait à parler de la vie religieuse, du bonheur et de la gloire d’être tout à Dieu, et alors son visage prenait une expression qui élevait l’âme. En le regardant, je me surprenais rêvant à ces joies du renoncement et du sacrifice, redoutables, il est vrai, à la faiblesse humaine, mais si incomparablement au-dessus de toutes les autres. ”
“ Le sacrifice est la base de la vie religieuse. Si vous voulez commencer votre noviciat, il faut me remettre ces objets, auxquels vous tenez tant. Il se fit dans mon âme un combat bien douloureux. Je vous l’avoue à ma confusion, pendant quelques instants j’hésitai. — Oui, j’hésitai. Ô mon Dieu, ayez pitié de moi ! Ô ma Thérèse, prie pour moi, dis-je au fond de mon cœur ”
“ L’admiration élève l’âme et satisfait un des plus doux besoins du cœur. 8 juillet. Je me sens souvent inquiète et troublée. Où est le calme, la sereine insouciance de ma jeunesse ? Je suis bien différente de moi-même, de ce pauvre moi que je croyais connaître. J’aurais besoin de solitude. La vie d’hôtel m’ennuie. Il y a de l’autre côté de la baie, au bas du Cap-à-l’Aigle, une maison dont la situation isolée me plairait beaucoup. ”
“ M. Douglas est riche, et le docteur se plaît à en informer les dames qui ont des filles à marier. Ça les rend pensives, dit-il. Ce soir, le docteur, Elmire et moi, nous sommes allés visiter les sauvages. C’est curieux à voir. La soirée était fraîche. Un beau feu de branches sèches flambait devant les cabanes. J’aperçus M. Douglas qui se chauffait et causait avec les sauvages. En le voyant dans cette clarté rougeâtre, je me rappelai l’incendie, et pour dire vrai, le cœur me battit un peu fort : puissance du souvenir, involontaire hommage au courage et à la générosité ! ”
“ Hélas ! la vie est semblable à la mer ; Son flot, parfois caressant sur la plage, Écume au large et devient plus amer. 30 juin. M. Douglas est protestant je m’en doutais, et pourtant il m’a été pénible de le lui entendre dire. À la première occasion, ma mère lui a parlé de sa belle conduite à l’incendie de Philadelphie. Il a rougi comme une jeune fille et nous a assuré que dans la surexcitation on expose facilement sa vie. Il prétend que son agilité de montagnard est pour beaucoup dans ce que nous appelons son héroïsme. ”
“ Mon fils, gardez toujours au fond de votre cœur le souvenir de cet ange que Dieu avait mis sur votre route pour vous conduire à lui. Ce qu’elle a fait pour vous est l’héroïsme de la charité. Quant à ces objets qui vous sont si justement chers, vous avez là l’occasion d’un sacrifice. ”
“ Nous laissâmes l’île vers le soir. Le retour fut enchanteur. Je regardais autour de moi, et une sécurité profonde, une paix inexprimable remplissait mon cœur. Ô mon Dieu, vous êtes bon, la vie est douce et la terre est belle ! Le mariage de Thérèse était fixé à l’été suivant. ”
“ Aussi, sur le bord du tombeau, la foi, qui va disparaître devant la claire vue ; l’espérance, qui va se perdre dans la possession, brillent d’un dernier et plus vif éclat dans son âme, et resplendissent à travers les ombres et les tristesses de la mort, comme le soleil couchant dans les nuages. ”
“ Sans doute, la vie religieuse est austère, mais la charité de Jésus Christ nous presse, et l’enchantement de vivre sous le même toit que cet aimable Sauveur fait passer légèrement sur bien des choses. ”
“ Nous avons conversé en français, et là-dessus on nous a gracieusement fait entendre — à Elmire et à moi — qu’il faut que notre prononciation anglaise le fatigue beaucoup, puisqu’il nous parle français. N’est-ce pas beau de songer si vite aux ennuis de son prochain ? Quoi qu’il en soit des susceptibilités de M. Douglas, une chose sûre, c’est qu’il parle le français parfaitement, et une autre chose joliment certaine aussi, c’est que j’aimerais mieux ne le fatiguer en rien. Je lui ai demandé comment il trouvait nos sauvages. ”
“ Les conversations s’éteignaient ; je ne sais pourquoi mon âme inclina tout à coup à la tristesse : notre vie s’écoule, pensai-je en écoutant le bruit des vagues sur la grève, chaque flot en emporte un moment. ”
“ Quel surnom les sauvages d’autrefois lui auraient-ils donné ? Songez-y, s’il vous plaît. Chère mère, descendez vite et apportez-moi un gros bouquet de roses. Je m’ennuie et je vous aime. EXTRAITS DU JOURNAL DE THÉRÈSE24 juin. Ce matin, de très-bonne heure, Elmire et moi, nous sommes allées à la chapelle Harvieux. Le trajet est rude sur la grève de l’extrême Pointe-aux-Pics : pas de sable d’or, mais quand on a le pied sûr, c’est charmant de marcher sur ces beaux crans lavés par la mer. Ô senteur du varech ! ô parfums du salin ! ”
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