Léon Bloy

Léon Bloy

Résumé

Portrait de Léon Bloy Léon Bloy Le Désespéré (1886)

Marchenoir baissa la tête à la vue de cet argent et deux larmes lentes, — issues du puits le plus intime de ses douleurs, — coulèrent sur ses joues blêmes et déjà creusées.
Leverdier, ému, s'approcha et le serrant dans ses bras, avec tendresse :
— Mon cher pauvre, lui dit-il, ne t'afflige pas, si tu veux que je m'éloigne en paix. C'est tout juste si j'ai la force de me séparer de Véronique et de toi... Je ne me suis défait d'aucun objet qui me fût réellement précieux, et quand cela serait, qu'importe ? Ignores-tu que ta vie m'est plus chère que n'importe quel bibelot qui soit au monde ?
Source : Gallica

Portrait de Léon Bloy Léon Bloy Le Désespéré

Mais l’Amour écume au seul mot de partage et la jalousie est sa maison. C’est un colimaçon sans patrie, qui se repaît, sans convives, dans sa spirale ténébreuse. Il y a des yeux à l’extrémité de ses cornes et, si légèrement qu’on les effleure, il rentre en lui-même pour se dévorer. En même temps, il est ubiquitaire, quant au temps et quant à l’espace, comme le vrai Dieu dont il est la plus effrayante défiguration.
Avec une angoisse sans nom ni mesure, Marchenoir s’aperçut que cette diabolique infortune allait devenir la sienne. Il n’y avait déjà plus de passé pour lui.
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Portrait de Léon Bloy Léon Bloy Le Désespéré

Jamais, sans doute, dans aucune société, l’héroïsme ne fut aussi généralement cocufié par la nature humaine, depuis six mille ans que ce rare pèlerin d’amour est forcé de concubiner avec elle.
Le christianisme, quand il en reste, n’est qu’une surenchère de bêtise ou de lâcheté. On ne vend même plus Jésus-Christ, on le bazarde, et les pleutres enfants de l’Église se tiennent humblement à la porte de la Synagogue, pour mendier un petit bout de la corde de Judas qu’on leur décerne, enfin, de guerre lasse, avec accompagnement d’un nombre infini de coups de souliers.
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