“ Je m’endors au Baptême, je m’endors à la Pénitence, je m’endors à l’Extrême-Onction, je m’endors au sacrement de Mariage ! Quand j’unis, pour votre éternité, deux de vos images engourdies par le sommeil, je suis moi-même si appesanti que je les bénis comme du fond d’un songe et que c’est à peine si je ne roule pas au pied de votre autel !... Clotilde se réveilla au moment où l’humble prêtre descendait de la chaire. Leurs regards se rencontrèrent et parce qu’elle avait le visage baigné de larmes, il dut croire que c’était son prône qui les avait fait couler. ”
Léon Bloy
Résumé
Publié en 1897, La Femme pauvre de Léon Bloy suit Clotilde, une femme plongée dans les tourments spirituels et sociaux de la Paris des années 1880. À travers ses relations avec des figures comme Léopold et Marchenoir, le roman explore la souffrance, la foi chrétienne et la quête d’absolu, mêlant réflexions philosophiques et descriptions poétiques.
Les thèmes de l’agonie, de la misère et de la transcendance religieuse dominent, illustrés par des scènes d’une intensité émotionnelle troublante. L’œuvre, marquée par une prose dense, a profondément influencé la littérature catholique européenne.
Citations de La Femme pauvre (Léon Bloy)
“ Ne vous semble-t-il pas, Messieurs, que son rire est l’expression la plus affreuse du désespoir ? — Il me semble surtout l’expression de la démence qui n’a, certes, rien de comique ni de rassurant, fit observer bonnement Hercule Joly. — Je crains, reprit Clotilde, de vous paraître moi-même une insensée. Mais je ne puis m’empêcher de vous dire ce que j’éprouve en ce moment... Il est bien certain que l’espace et le temps n’existent pas pour les âmes, et que nous sommes dans une ignorance infinie de ce qui s’accomplit autour de nous, invisiblement. ”
“ La mère ayant essayé vainement de le faire boire, il s’agite, paraît soudain tout égaré, jette ses bras mignons contre l’Invisible, à la manière des puissants qui meurent, et commence le râle de son agonie. Clotilde, comblée d’effroi, mais ne comprenant pas encore que c’est la fin, met la tête du cher souffrant sur son épaule, dans une position qui l’a plus d’une fois calmé, et se promène longtemps en larmes, le suppliant de ne pas la quitter, appelant à son secours les Vierges Martyres à qui les lions ou les crocodiles mangeaient les entrailles pour l’amusement de la populace. ”
