“ Pour le dire ici en passant, Marchenoir, aux temps de la République romaine, eût été tribun, comme les Gracques, et il eût marché de plain-pied sur la face antique. La maîtresse du monde prenait volontiers ses maîtres parmi ces porte-foudre, ces fracassants de la parole que le genre humain,—muet de stupéfaction depuis sa chute,—a toujours écoutés. ”
Marchenoir
Définition et enjeux
Le personnage de Marchenoir, tel que développé par Léon Bloy, incarne une figure complexe oscillant entre la puissance et la vulnérabilité spirituelle. Dans Le Désespéré, Bloy le présente comme un individu à la fois irascible et profondément marqué par l’amitié, capable de « marcher de plain-pied sur la face antique » tout en luttant contre une vie traversée par l’angoisse.
Les textes dévoilent sa relation orageuse avec Véronique, son admiration pour l’ésotérisme, et son opposition au monde profane. Les thèmes liés, comme Leverdier ou Chartreuse, éclairent son univers littéraire et philosophique, où la recherche de sens s’entrelace à la critique sociale.
Citations sur “Marchenoir”
“ Alors, Marchenoir, quelle existence avec Véronique, dans cette campagne délicieuse où nous aurons notre maison ! Quelle paix ! Quelle sécurité parfaite !... Mais encore, il faut vivre jusqu’à cette époque ignorée. Relève ton cœur ! La délivrance est proche, peut-être, et quand l’univers te rejetterait, tu as un fier ami, je t’en réponds ! Marchenoir, toujours sombre au fond de son attendrissement, répondit au consolateur : — Il vaudrait mieux pour toi, mon dévoué Georges, que tu n’eusses jamais connu un homme si funeste à tous ceux qui l’ont aimé. ”
“ De taille moyenne tous deux, Marchenoir offrait l’aspect d’un molosse dont l’approche était à faire trembler, mais que le premier élan de sa colère pouvait porter dans un gouffre, s’il manquait sa proie. Leverdier, au contraire, frêle d’apparence, mais légèrement félin sous le cimier de ses cheveux crépus, et trempé, depuis son enfance, dans toutes les pratiques du sport, avait des ressources d’art qui en eussent fait un voltigeur auxiliaire des plus à craindre pour l’ennemi commun, si on se fût avisé de les attaquer. ”
