“ Eh bien ! oui, c’est vrai, je l’aime, je l’aime, mais — la foudre retentit et un coup de vent forçant la porte mal fermée, s’engouffra dans la pièce et souffla la chandelle — il ne peut m’aimer, moi qui ne suis qu’une pauvre fille de pêcheur. Elle fondit en larmes. Réginald, transporté par une passion dans toute sa première sève, se jette aux genoux de Romaine. Couvrant ses mains de pleurs et de baisers, il lui crie son amour : — Ah ! Romaine, Romaine, je t’aime !... je t’aime !... je t’aime ! Tu es ma divinité, ma vie, l’âme de mon âme. ”
Rodolphe Girard
Résumé
Rédemption, de Rodolphe Girard, explore les tensions affectives et morales dans le cadre rural de Paspébiac, un village de pêcheurs. À travers les destins de Réginald, Romaine et Claire, l’œuvre mêle amour, repentir et conflits familiaux, ancrés dans une vie maritime symbolisée par la morue et les filets.
Les dialogues émouvants et les réflexions sur la grâce divine révèlent une quête de rédemption individuelle et collective, illustrée par les relations complexes entre les personnages. L’auteur, en s’appuyant sur un récit à la fois poétique et réaliste, souligne l’importance de la foi et de la solidarité dans un milieu isolé.
Citations de Rédemption (Rodolphe Girard)
“ Dites-moi, Claire, lequel de nous deux est le plus coupable, de vous ou de moi ? La jeune fille pencha le front avec douleur et étouffa un sanglot. — Pour me plaindre comme vous le faites, continua-t-elle, il faut avoir aimé et souffert ; il faut avoir compris que la femme est un vase fragile entre les mains de l’homme aimé. Et se jetant aux pieds de Réginald les mains jointes : — Prenez-moi, s’écria-t-elle, prenez-moi tout entière, je ne veux être que votre esclave. Emparez-vous de moi, corps et âme, je vous appartiens. Mais ne me demandez pas d’être votre femme, je ne le serai jamais. ”
“ JUSQU’À LA MORT. Romaine, remontée de la grève depuis deux jours, n’était pas sortie. Elle n’avait non plus revu Réginald. Cette longue absence la rendait perplexe. Après le repas du midi, Johnny Castilloux avait demandé à sa petite-fille de lui rapiécer son tricot. Plusieurs fois, l’aiguille était restée immobile dans ses doigts, tandis que, le front penché sur son ouvrage, elle songeait. Le grand-père, assis devant le poêle, l’observait à la dérobée. Que signifiaient ces rêveries inaccoutumées, ce front abattu, ce regard noyé et ces yeux bistrés ? N’y comprenant rien, le vieux fut inquiet. ”
