Résumé

Portrait de Saint-René Taillandier Saint-René Taillandier La Poésie hongroise au xixe siècle…

Je ne sais si jamais la poésie des solitudes profondes et des horizons sans limites a été sentie d’une façon plus vive et plus sincèrement exprimée. Petoefi, on en est sûr d’avance, ne cherche pas dans la silencieuse étendue de la Puszta ce que cherchait Obermann dans les gorges alpestres. Ce n’est pas la rêverie qui l’appelle ; ces horizons infinis, cette immensité silencieuse, sont pour lui le domaine de la liberté. Il ne demande pas au désert l’oubli de la vie et des hommes, mais le goût de l’indépendance et l’apprentissage de l’action.
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Ne secoua jamais tes lourdes voluptés !
il n’y a rien de lourd, rien d’étouffant pour l’esprit, même dans les voluptés coupables qui inspirent trop souvent le poète hongrois. Son cœur veille, son esprit se défend. Au milieu des défaillances morales, il garde toujours un goût de la vie active qui éclate dans un cri, dans une image, dans un subit élan d’inspiration lyrique. Un tel homme, on le sent bien, peut choquer çà et là les esprits délicats ; jamais il n’exercera une influence énervante.
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Servi par son instinct, le naïf chanteur avait retrouvé les accens perdus de la poésie primitive. Soit qu’il chantât ses amours, soit qu’il célébrât le vin de Hongrie avec ses compagnons attablés, toujours quelque chose de viril relevait chez lui la vulgarité du sujet. Tantôt c’est un regard qui le trouble, tantôt c’est le démon de la taverne qui lui met le feu au cerveau ; jamais pourtant la mélancolie énervée, jamais non plus la fiévreuse débauche n’auront place dans ses vers. Bien qu’il sente avec une vivacité extrême, il se possède en homme.
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