Résumé

Portrait de Simone Weil Simone Weil La Condition ouvrière

On l’emporte avec soi dans l’usine, où elle souffre ; le soir, cet épuisement l’a comme anéantie, et les heures de loisir sont vaines.
Certains incidents, au cours du travail, procurent, il est vrai, de la joie, même s’ils diminuent le salaire. D’abord les cas, qui sont rares, où on reçoit d’un autre à cette occasion un précieux témoignage de camaraderie ; puis tous ceux où l’on peut se tirer d’affaire soi-même. Pendant qu’on s’ingénie, qu’on fait effort, qu’on ruse avec l’obstacle, l’âme est occupée d’un avenir qui ne dépend que de soi-même.
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Portrait de Simone Weil Simone Weil La Condition ouvrière

Dans l’Université, j’ai des droits, une dignité et une responsabilité à défendre. Qu’ai-je à défendre comme ouvrière d’usine, alors que je dois chaque jour renoncer à toute espèce de droits à l’instant même où je pointe à la pendule ? Je n’ai à y défendre que ma vie. S’il fallait à la fois subir la subordination de l’esclave et courir les dangers de l’homme libre, ce serait trop. Forcer un homme qui se trouve dans une telle situation à choisir entre se mettre en danger et se défiler, comme vous dites, c’est lui infliger une humiliation qu’il serait plus humain de lui épargner.
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Portrait de Simone Weil Simone Weil La Condition ouvrière

C’est le fait qu’il est gouverné par la nécessité, non par la finalité. On l’exécute à cause d’un besoin, non en vue d’un bien ; « parce qu’on a besoin de gagner sa vie », comme disent ceux qui y passent leur existence. On fournit un effort au terme duquel, à tous égards, on n’aura pas autre chose que ce qu’on a. Sans cet effort, on perdrait ce qu’on a.
Mais, dans la nature humaine, il n’y a pas pour l’effort d’autre source d’énergie que le désir. Et il n’appartient pas à l’homme de désirer ce qu’il a. Le désir est une orientation, un commencement de mouvement vers quelque chose.
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