“ Que M. Prior partage ce soin avec vous ; je le connais bien mal, si l’espoir de me remplacer après ma mort ne lui adoucit pas ma perte ; dites-lui que je meurs en l’aimant...... Et vous, mistriss Clare, apprenez surtout à Fanny à un jamais sacrifier le devoir à l’amour. Ô vous ! qui en remplissez un si sacré auprès d’une infortunée, qu’il vous sera facile de la guider dans la route de la vertu ! Ah ! Malvina ! qu’as-tu dit ? s’écria Edmond : que dans ce moment un pareil souvenir est un affreux reproche ! ”
Résumé
“Malvina”, est une œuvre de Sophie Cottin. Des thèmes tels que Ménard, Malvina ou Page y sont abordés.
Citations de Malvina (Sophie Cottin)
“ Il est vrai qu’on dit que c’est un franc libertin ; mais, pour moi, je n’en sais rien, je ne me mêle point de tous les caquets des domestiques. — Et vous faites bien, ma chère Tomkins ; évitez, autant que vous le pourrez, ces sortes de conversations, si vous voulez vivre tranquille : ma cousine me paraît une excellente femme, et... — Quant à cela, madame, interrompit miss Tomkins, ce n’est pas ce que tout le monde dit ici, et on m’a déjà raconté des choses !... Mais Dieu me préserve de dire du mal de mon prochain, on le connaît toujours assez tôt. ”
“ En vain cherchait-il à se rappeler les plus intéressantes femmes qu’il avait connues ; aucune ne pouvait entrer en comparaison avec Malvina. Miss Melmor fut la première à s’apercevoir, ou, du moins, à remarquer sa préoccupation. Je me trompe fort, dit-elle, si la tristesse de madame de Sorcy n’a pas déjà gagné M. Prior, et s’il n’est-pas au moment de pleurer avec elle sur des malheurs qu’il ne connaît pas encore ; que sera-ce donc si elle les lui raconte ? — Et que pourrai-je apprendre que je ne sache déjà, s’écria vivement M. Prior ? ”
“ À Dieu ne plaise que je veuille détruire votre douleur, c’est ce qui vous reste de plus estimable ; gardez-la toujours, mais ne vous en laissez point accabler, afin d’avoir la force de remplacer vos erreurs par des actions vertueuses qui vous rendent digue de l’ange qui vous aima. Bientôt l’éternité viendra, et ne laissera d’autre vestige de l’existence actuelle, sinon qu’elle est bonne à jamais pour le juste, et fâcheuse pour le méchant : mettez-vous en état de l’attendre sans crainte. — Ah ! quand je perds Malvina, que me fait mon sort, la vertu et l’univers entier ? ”
“ Il n’en fut pas de même de M. Prior ; quoiqu’il eût été le seul dans la maison qui n’eût éprouvé aucune curiosité de connaître madame de Sorey, il ne put la voir sans être frappé : en effet, comment eût-il été possible de l’envisager avec indifférence ? quel être sur la terre aurait pu rencontrer sans émotion ces yeux si vifs et si touchans, et les perdre de vue sans regret ? ”
“ Mais tant que le ciel, en me retenant à la vie, m’empêchera de rejoindre la plus chère partie de moi-même, le cruel instant qui nous arracha l’une à l’autre ne s’effacera point de mon souvenir. Je verrai toujours ce sourire qui voulait me consoler, ce regard qui s’éteignit en me parlant encore... — Madame, la chaise est prête, s’écria un jeune enfant, en venant interrompre Malvina au milieu de ses gémissemens. Il fut bientôt suivi d’une femme d’un certain âge, qui, voyant Malvina à genoux sur la neige, la poitrine collée sur une pierre glacée, fit une exclamation de douleur. ”
“ Malvina de Sorcy était Française : veuve, à vingt-un ans, d’un homme qu’elle n’avait point aimé, le premier usage qu’elle fit de son indépendance fut de quitter sa patrie et d’aller se réunir à une amie qu’elle aimait avec excès, et qui était mariée en Angleterre. Durant trois ans elles vécurent ensemble, et durant trois ans, le charme qu’elles trouvèrent dans leur amitié fut tel, que plus d’une fois il fit oublier à milady Shéridan les chagrins que la conduite dépravée de son mari lui donnait, et à Malvina l’impossibilité de rentrer dans sa patrie après un si long séjour en Angleterre. ”
“ Malvina fit une inclination, et sa cousine la quitta. Durant plusieurs jours elle la vit fort peu et ne s’en plaignit point. Le malheur avait beaucoup exalté sa dévotion habituelle, et cette disposition si naturelle aux âmes tendres lui faisait chérir la solitude avec passion : car on sait que la solitude est le séjour auguste que la religion s’est réservé dans tous les siècles ; que c’est là qu’elle communique ses inspirations, que coulent les larmes de contrition, et que les soupirs du cœur sont entendus des cieux. ”
“ « Bon dieu ! madame, voulez-vous donc mourir auprès de milady ? Que le ciel soit béni de l’obligation où vous êtes de vous éloigner d’ici ! Durant un hiver aussi rigoureux vous n’auriez pas résisté aux visites que vous faites la nuit et le jour à ce tombeau. » Malvina se leva sans lui répondre, à peine l’avait-elle entendue ; car il est des douleurs qui isolent du reste du monde ; l’état de celui qui en est atteint ressemble si peu à ce que les autres lui en disent, qu’il ne comprend même plus la langue qu’on lui parle. ”
“ Cet infortuné était devenu l’objet de tous les soins, de toute la pitié de mistriss Clare : elle lui prodiguait ce que l’amitié a de plus tendre, ce que la commisération a de plus touchant ; elle ne le quittait pas, elle saisissait chaque occasion de rappeler ce qui pouvait adoucir sa peine, d’écarter ce qui pouvait l’aigrir, et de verser un baume consolateur sur sa blessure : elle ne voyait plus dans Edmond le séducteur de Louise, l’époux volage de Malvina, mais une créature désolée en proie au repentir, et trop malheureuse pour ne pas faire oublier qu’elle eût été coupable. ”
“ On était alors à la fin de novembre : les arbres dépouillés de leurs feuilles, et le vaste tapis de neige qui couvrait la terre, offraient à l’œil attristé un austère et monotone tableau ; le froid excessif retenait chacun sous son toit, de sorte que les chemins paraissaient déserts, et les villages inhabités ; les oiseaux se taisaient, et l’onde demeurait immobile ; le sifflement des aquilons et l’airain retentissant interrompaient seuls le silence universel ; seuls, ils disaient au monde que le repos de la nature n’est pas celui de la mort : mais ces images plaisaient à Malvina ”
“ Je suis bien reconnaissante, ma cousine, de tout ce que vous faites pour moi ; ces soins attentifs dont je suis l’objet, me disent tout ce que vous êtes : qui s’occupe ainsi d’une étrangère, doit faire le bonheur de tout ce qui l’entoure. — C’est du moins le but où j’aspire, lui répondit mistriss Birton, et c’est la principale raison qui m’a engagée à vivre dans cette solitude ”
“ Quelques amis lui rappelèrent pourtant qu’il fallait choisir entre son amie ou la fortune qu’elle avait en France : elle n’hésita point ; et ce sacrifice fut si loin d’être un effort, que, si milady Sheridan n’avait pas cru devoir lui en montrer toute l’étendue, jamais Malvina n’aurait cru en avoir fait un. Mais, dès lors, n’ayant pour toute fortune que les fonds qu’elle avait apportés, et qui, placés chez un banquier, lui formaient un assez médiocre revenu, elle renonça aux parures comme aux amusemens de son âge, et ne vécut plus que pour le plaisir de voir et d’aimer son amie. ”
“ Milady Sheridan était l’idole qu’elle déifiait : elle vola dans ses bras, et ne voulut plus d’autre plaisir : son amie était malheureuse, sa tendresse redoubla. Ah ! sans doute, qui n’a pas vu souffrir ce qu’il aime, ne sait point encore jusqu’où il peut aimer ! Ainsi Malvina, arrivée à vingt-quatre ans sans avoir connu l’amour, ne se croyait pas susceptible d’en éprouver ; mais, pour y avoir été étrangère, on n’y est pas inaccessible. ”
“ Adieu, terre chérie, asile sacré qui renferme tout ce que mon cœur aima ! adieu, restes précieux de mon amie, de ma compagne, de ma sœur ! disait la triste Malvina de Sorcy, en arrosant de ses larmes le tombeau de l’amie qu’elle venait de perdre ; adieu, ombre chère et éternellement regrettée ! le sort qui s’attache à me poursuivre, me refuse jusqu’à la triste douceur de pleurer chaque jour sur ta cendre. Je m’éloigne, et bientôt la ronce sauvage, en s’étendant sur la pierre qui te couvre, la rendra méconnaissable à l’œil même de ton amie. ”
“ J’ai dans une aile de mon château une école pour les enfans, une infirmerie pour les malades, et une forge où je distribue, gratis, aux pauvres habitans de ma terre, du fer et des outils pour gagner leur vie. — Ah ! oui, ma cousine, répondit Malvina attendrie, voilà qui rachète bien l’extrême élégance de vos appartemens ; il est permis de donner un peu à son penchant, quand on a commencé par faire du bien aux autres : mais, je vous en prie, allons voir ces honorables institutions ; ici on peut louer votre goût, sans doute, mais c’est là qu’on doit apprécier votre cœur. ”
“ Au bout de dix jours Malvina arriva au lieu de sa destination, dans la province de Bread Alben, qui sépare l’Écosse septentrionale de la partie méridionale. Le château de mistriss Birton était situé à quelques milles de Killinen ; son extérieur gothique, les hautes montagnes couvertes de neige qui le dominaient, et l’immense lac de Tay qui baignait ses murs, rendaient son aspect aussi imposant que sauvage. Cependant Malvina voyait avec une sorte d’intérêt cette antique Calédonie, patrie des Bardes, et qui brille encore de l’éclat du nom d’Ossian. ”
“ Dans un autre moment, Malvina aurait peut-être trouvé un peu d’emphase dans la manière dont mistriss Birton avait accueilli sa demande ; mais, dans celui où elle se trouvait, la douleur ne lui laissa pas le loisir d’y songer. Il fallait quitter cette maison où elle avait goûté les seuls instans heureux de sa vie, cesser de répandre ses larmes sur la froide argile qui couvrait les restes de Clara, et dire un adieu éternel à ce tombeau qui, seul dans l’univers, lui parlait encore de son amie. ”
“ Malvina obligeait un étranger comme on sert un ami ; mais en servant ses amis, elle trouvait pour eux quelque cllose de mieux encore : sans doute il faudrait avoir été cher à Malvina, il faudrait avoir été milady Shéridan elle-même, pour connaître dans toute son étendue ce qu’est le dévouement de l’amitié ; celle-là seule, à qui elle avait donné le nom d’amie, pouvait dire avoir été véritablement aimée, puisqu’elle avait inspiré ce sentiment inconnu de nos jours, qui donne sa fortune sans calcul, comme sa vie sans efforts. ”
“ Elle le répétait encore lorsque miss Tomkins, sa femme-de-chambre, vint l’arracher à ce tombeau : elle se laissa conduire en silence à la chaise qui l’attendait ; en y montant elle ne pleurait plus : il est des chagrins qui n’ont ni plaintes ni larmes. ”
“ Cette jeune personne, quoique âgée à peine de dix-sept ans, a déjà de rares talens, et ses soins pourront vous être utiles pour la jeune orpheline que vous avez auprès de vous. — Malvina répondit avec douceur qu’elle serait charmée de jouir des talens de miss Melmor pour son propre compte, mais qu’elle serait bien fâchée d’employer un seul de ses momens à la tâche pénible d’enseigner un enfant ; qu’un pareil soin ne pouvait être pris que par une mère. ”
“ Malvina applaudit à ce discours, que mistriss Birton avait prononcé avec un peu d’emphase ; mais elle n’en fut point attendrie, et elle se reprocha intérieurement de n’être pas plus sensible au mérite de mistriss Birton. Peut-être qu’un observateur moins indulgent ou plus éclairé aurait pensé que quand la bonté se montre au lieu de se laisser voir, elle doit être honorèe encore, mais qu’elle ne peut plus toucher. ”
“ Nourrie de cette lecture, il lui semblait voir la forme de son amie à travers les vapeurs qui l’entouraient : le vent sifflait-il dans la bruyère, c’était son ombre qui s’avançait ; écoutait-elle le bruit lointain d’un torrent, elle croyait distinguer les gémissemens de sa bien-aimée ; son imagination malade était remplie des mêmes fantômes dont ce pays était peuplé jadis ; son nom même, ce nom porté jadis par la fille d’Ossian, lui semblait un nouveau droit aux prodiges qu’elle espérait. ”
“ Cependant elle hésitait sur le parti qu’elle devait prendre : lors même qu’elle n’eût pas été trop jeune pour vivre seule, sa fortune ne lui aurait pas permis de prendre une maison. Elle était bien sûre, d’après le caractère de milord Sheridan, qu’il ne fallait pas compter beaucoup sur les secours qu’il donnerait à sa fille ; et puis elle se faisait un secret plaisir de fournir, à elle seule, l’entretien de l’enfant de Clara. ”
“ S’il est vrai que les vertus nous furent données par l’Être-Suprême comme une lumière pour le connaître, et un moyen de nous rapprocher de lui, qui, plus que Malvina, devait avoir cette confiance profonde de l’existence d’un Dieu, et cette piété sincère qui ne fait voir dans cette vie qu’un moyen d’en obtenir une plus heureuse ? ”
“ Dieu n’a point mis de bornes à sa miséricorde, réplique. M. Prior, il a voulu que l’homme n’en désespérât jamais ; perdez-vous dans la pensée de cette bonté infinie, c’est le seul moyen de la comprendre. ”
“ Lorsque Malvina descendit pour le dîner, elle trouva dans le salon, outre M. Prior, deux dames qu’elle ne connaissait pas, et qui, aussitôt qu’elle parut, la regardèrent avec une avide curiosité. Mistriss Birton se leva pour aller au-devant d’elle, et lui dit : Permettez, ma belle cousine, que je vous présente les amis de ma solitude, qui seront sans doute charmés de la nouvelle compagne qu’ils vont avoir. Voici d’abord M. Prior, chapelain de ma maison, et dont la noble naissance est le moindre mérite ”
“ Un roman en lettres, où chaque style doit être aussi distinct que le caractère de ceux qui écrivent, me paraît la plus grande difficulté de ce genre d’ouvrage ; et, pour tenter de la vaincre, j’attendrai encore quelque temps. ”
“ Je tire le rideau sur les tristes scènes qui suivirent : il faut avoir perdu ce qu’on aime pour savoir ce qu’est cette douleur ; mais ce n’est pas assez pour la peindre, les moyens humains ne peuvent atteindre jusque là. Qu’est-ce donc quand il s’y joint celle plus vive, s’i1 est possible, de trouver en soi la cause de ce qu’on souffre, et d’être poursuivi nuit et jour par cette voix intérieure qui crie que nous avons nous-mêmes attiré notre malheur ? ”
“ Elle avait fini même par gagner la confiance de son mari ; car si sa touchante beauté faisait naître des desirs, sa pudeur les enchaînait : timide, modeste, rougissant d’être remarquée, ses yeux, toujours baissés, lui laissaient ignorer qu’elle était l’objet de tous les regards ”
“ Sans doute une vive passion aurait pu l’arracher à cette erreur ; mais l’homme auquel on l’avait unie n’était pas propre à la lui inspirer, tant à cause de la disproportion des âges que du peu de rapport des caractères : aussi Malvina ne recueillit-elle d’autre fruit d’une union si désassortie, qu’une douceur à toute épreuve, et la conscience d’avoir rempli ses devoirs avec la plus austère rigidité. ”
“ On entendit des voix s’appeler et se répondre ; des lumières vont et viennent, et percent l’obscurité ; les portes s’ouvrent, et bientôt la voiture de Malvina roule dans les cours. Mistriss Birton l’attendait dans le vestibule ”
“ Oh ! sauve—moi l’image de ton désespoir ! Non, tu ne fus point coupable, puisque tu m’aimas toujours, et je ne suis point malheureuse, puisque je vécus aimée de toi, et que je meurs sans remords. Ô Edmond ! si tu savais combien mon âme est tranquille ! calme comme la nature au moment où le jour s’éteint...... Page:Cottin - Œuvres complètes, Ménard, 1824, tome 4.djvu/237 Page:Cottin - Œuvres complètes, Ménard, 1824, tome 4.djvu/238 Page:Cottin - Œuvres complètes, Ménard, 1824, tome 4.djvu/239 CHAPITRE LVII.Deux malheureux pleurent ensemble. ”
Termes fréquents
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