Émile Legouis

Résumé

Émile Legouis Revue des Deux Mondes

A passer de France en Angleterre, on ne sort pas de la guerre, mais on s’éloigne néanmoins du canon. Certes, l’Angleterre est de toutes les nations belligérantes celle qui, depuis août 1914, a subi, ou plutôt opéré délibérément la plus profonde révolution intérieure. Elle est allée en dix-huit mois jusqu’à la conscription détestée, et nul autre peuple, pour répondre aux exigences de la guerre, n’a fait un bond pareil dans l’inconnu, n’a creusé un abîme aussi vaste entre son passé et son avenir. C’est assez dire qu’elle a au fond de sa conscience la pleine perception de la gravité de l’heure.
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Émile Legouis Revue des Deux Mondes

C’est ainsi que ce poème qui porte le costume antique, qui est avant tout une argumentation, qui fut écrit dans des jours déjà lointains où la France semblait déchue de son énergie et n’était pas encore dégrisée de l’opium que lui avaient versé tant de mains imprudentes, — ce poème d’un homme qui ne devait pas vivre jusqu’à la guerre actuelle, qui n’eut pas la douleur d’en connaître les maux infinis, à qui fut refusée la joie plus grande encore d’y voir le relèvement souhaité, — ce poème est peut-être encore aujourd’hui celui qui exprime le mieux les sentimens profonds de la patrie.
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Émile Legouis Revue des Deux Mondes

On doit avouer franchement que, du point de vue esthétique, l’Anglais privé de lumières et d’ombres, vêtu d’un complet marron, et surhumainement d’aplomb sur ses pieds, n’est pas trop attrayant. Mais pour la lente besogne de la guerre actuelle, usante, déchirante et terrible, l’Anglais qui se bat de son propre gré, qui manque d’imagination, humoriste, combatif, pratique, jamais porté aux extrêmes, optimiste muet et invétéré, et terriblement tenace, est sans aucun doute équipé pour la victoire.
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