“ Embauchage de maman Léo Maman Léo cependant continuait, parlant à la marquise et à M. de Saint-Louis : — Elle m’embrassait comme pour du pain, et le nom de Maurice venait à chaque instant sur ses lèvres ; moi, je ne savais plus où j’en étais ; car ça me déchire le cœur de voir ces deux enfants-là dans la peine. — Vous a-t-elle parlé de Remy d’Arx ? interrompit la marquise. — Ah ! je crois bien ! son frère, comme elle l’appelle maintenant ! Pour folle, c’est bien certain qu’elle est folle. ”
Citations sur “Maman Léo”
Paul Féval, Maman Léo (2e partie du Secret des Habits noirs…
“ Nous devons avouer que M. le baron perdait un peu sa peine. Maman Léo subissait avec énergie le contre-coup des émotions qu’elle venait d’éprouver. Pendant qu’elle traversait les cours, blanches de neige, il y avait un mot qui tintait dans sa cervelle comme un son de cloche. Tout son corps frémissait à la pensée de ces hommes en apparence semblables aux autres hommes, supérieurs même à la plupart des hommes que la dompteuse avait pu voir en sa vie, et qui étaient de vils, d’implacables assassins. ”
“ Et ses paupières ont battu, acheva maman Léo, mais avant de fermer les yeux, elle m’a dit : « J’ai confiance en toi, tu as été ma mère, et tu l’aimes comme s’il était ton fils. Si je lui dis : « Je veux que tu vives, » il se laissera sauver... et il faut qu’il vive pour notre amour comme pour notre vengeance. » La voix faible et douce du colonel Bozzo se fit entendre à l’autre bout de la cheminée, disant : — Drôle de fillette ! Ce fut un regard de colère que la bonne marquise lui jeta. Mais le vieillard lui renvoya un sourire. ”
“ Elle n’est protégée que par son aveuglement. Ce n’était pas la marquise, ce ne pouvait être elle. Du premier coup d’œil, j’avais reconnu l’écriture de Maurice. La lettre disait : « En dehors de toi il n’y a au monde pour m’aimer que l’excellente maman Léo. Ma famille ignore peut-être où je suis, et que Dieu le veuille ! mais si mon père et ma mère m’ont oublié, moi, je pense à eux sans cesse. Je ne veux pas que le nom de mes frères et sœurs soit déshonoré. Cherche maman Léo, trouve-la, et fais qu’elle m’apporte du poison. Je ne suis pas au secret, on peut me voir... » ”
“ Voilà pourquoi Valentine, s'adressant à maman Léo, avait parlé des Habits Noirs sans souligner l'expression et avec la certitude d'être comprise.Voilà pourquoi aussi maman Léo, par-dessus la grande émotion provoquée en elle par la scène qui venait d'avoir lieu et dans laquelle son pauvre bon cœur avait été remué dans ses fibres les plus profondes, gardait cependant un trouble qui n'avait trait immédiatement ni à sa chère Fleurette ni à son adoré Maurice.Les Habits Noirs! les hommes de la puissance inconnue et du crime éternellement impuni! ”
“ J’ai tant pleuré, tant prié, que Dieu aura pitié peut-être. — Quant à ça, fit la dompteuse, Dieu est bon, c’est connu, mais quand on n’a pas quelque autre petite manivelle à tourner, dame !... — Que vous a dit le juge ? demanda Valentine brusquement et comme si elle eût voulu rompre l’entretien. — Un drôle de bonhomme ! répliqua maman Léo, tout chaud, tout bouillant, tout frétillant et qui ne vous laisse pas seulement le temps de parler. Il sait tout, il a tout vu, il est sûr de tout. ”
“ Roblot, mon vieux, tu vas conduire cette dame jusqu’à l’omnibus. Maman Léo venait de reconnaître les larges épaules et la tête hérissée du Marchef, qui se promenait de long en large, les mains dans ses poches, en fumant sa pipe devant la porte. Maman Léo voulut refuser, mais le baron dit en riant : — Pas de compliment, c’est un dogue et il est de bonne garde. Bonsoir, chère madame ! à demain ! La porte donnant sur le chemin des Batailles se referma brusquement. ”
“ Maman Léo respirait comme si on l'eût soulagé du poids qui écrasait sa poitrine.Ceci était manifestement la vérité, car tous les regards attendris confirmaient le dire du colonel, et la marquise elle-même murmura en essuyant une larme:—Le bon ami a de l'esprit plein le cœur! ”
“ Maman Léo resta un instant silencieuse à regarder les deux jeunes gens qui se tenaient par la main pensifs et recueillis. — Ah ça ! dit-elle brusquement, en fronçant le sourcil pour refouler une larme qui venait à sa paupière, il n’y a donc plus que moi de brave, ici ! Vous avez l’air de deux condamnés qui montent à la Roquette. Saquédié ! si nous sommes dans une forêt de Bondy, il y a assez de passants ici autour pour mettre à la raison les brigands et les loups. ”
“ Maman Léo s’approcha et le colonel poursuivit avec une bonté croissante : — Ce que nous voulions tous, c’était le salut de ce jeune homme, Maurice Pagès, puisqu’à son existence est attachée celle de Valentine, notre chère enfant. Il fallait le convertir à nos projets de fuite. Je connais si bien le cœur humain ! Nous aurions eu beau supplier notre bien-aimée fillette, elle se serait entêtée dans son refus, tandis que la pensée d’une escapade, d’une petite révolte, traversant cette pauvre chère cervelle ébranlée, a suffi pour la rendre complice de nos efforts. ”
“ Il y a juste trente-cinq ans de cela, reprit Lecoq ; qui sait si dans trente-cinq autres années le Maître ne continuera pas d’agoniser ? Qui vivra verra ; je vous souhaite une bonne nuit. Plus d’une heure avant le jour, maman Léo sauta hors de son lit et alluma sa chandelle. Elle avait passé toute sa nuit à se tourner et à se retourner entre ses draps, dormant quelques minutes d’un sommeil fiévreux et plein de rêves, puis s’éveillant en sursaut, la poitrine oppressée par une indicible terreur. ”
“ Quand ils regardent en haut le bien leur échappe, ils ne voient que le mal grandir outre mesure. C’est la vengeance des vaincus. On doit leur savoir gré peut-être de ne pas écraser sous le poids de leur multitude cette infime minorité d’heureux à laquelle ils attribuent, faussement il est vrai, l’incurable maladie de leur misère. La comtesse Corona ouvrit la porte du salon et dit : — Voici la bonne Mme Samayoux. Notre Valentine dort. Maman Léo passa le seuil et entendit qu’on refermait la porte. Elle était comme ivre. Autour d’elle tous les objets dansaient en tournoyant. ”
“ La veuve était retombée tout au fond de ses terreurs.Valentine reprit:—Il faut trouver l'homme. Choisis bien. Tu es notre vraie mère, et je trouve tout simple que tu meures avec nous.Maman Léo prit la main, qui pendait hors du lit, et l'appuya contre ses lèvres.—C'est vrai, murmura-t-elle, je suis ta mère. J'ai prié Dieu, qui m'a exaucée; ma tendresse pour toi est la même que ma tendresse pour lui... mais, je t'en prie, parle-moi... explique-moi.Valentine eut un sourire navré. ”
“ La foi est une étrange chose ! il est certain qu’on peut croire et ne pas croire en même temps, puisque les plus crédules sont stupéfaits souvent quand ils se trouvent, à l’improviste, en face de l’objet de leur crédulité. En descendant l’escalier qui menait de la chambre occupée par Valentine au salon du docteur Samuel, maman Léo se disait : — M. Constant en est, et ça ne m’étonne pas, car il a une figure qui ressemble à un masque, mais ces vieux messieurs qui ont l’air si respectable ! un colonel ! un prince ! et que penser de Mme la marquise elle-même ? ”
“ Cette boîte contenait à la fois les archives et la fortune de Mme veuve Samayoux, première dompteuse des capitales de l’Europe. Il lui arrivait assez souvent d’en étaler le contenu sur son lit à ses heures de loisirs, car ceux qui ont acquis en ce monde quelque gloire aiment à feuilleter les pages de leur passé. Maman Léo se croyait de bonne foi une personne célèbre, et peut-être ne se trompait-elle pas tout à fait. Aux Loges, à la fête de Saint-Cloud et à la foire au pain d’épices, peu de réputations pouvaient contrebalancer la sienne. ”
“ Ça veut tout savoir, et c’est incapable de supporter l’énoncé des événements. Pour une brave personne, maman Léo en mérite le titre, mais elle pourrait être la mère de Maurice, et c’est drôle que la passion a survécu chez elle à la maturité. ”
Paul Féval, Maman Léo (2e partie du Secret des Habits noirs…
“ La mort lui est venue par une autre voie ; c’est moi qui ai été son malheur. Mon frère ! mon pauvre noble frère ! Valentine s’arrêta un instant, suffoquée par un spasme. Ses yeux restaient secs, mais maman Léo pleurait pour deux. — Quand on m’a amenée ici, reprit la jeune fille après un silence, c’était le surlendemain de la catastrophe. J’étais bien malade et ma raison chancelait réellement, car j’avais toujours devant les yeux le pâle visage de Remy, apparaissant entre Maurice et moi. Je m’évanouis en descendant de voiture. ”
“ Valentine reprit : — Embrasse-moi, maman Léo, nous irons le voir ensemble. Est-ce qu’on peut se marier dans une prison ? La dompteuse sentit qu’on glissait un papier dans sa main. En même temps la voix de la jeune fille murmura à son oreille : — Dans l’alcôve, si bas que j’eusse parlé, on m’aurait entendue. Ils sont là derrière le rideau. — Qui donc ? balbutia la veuve. — Ceux qui ont tué Remy d’Arx : les Habits-Noirs ! La veuve tressaillit de la tête aux pieds ; mais Valentine lui jeta ses bras autour du cou en riant bruyamment. ”
“ Elle reconnut autour de la cheminée du salon toutes les figures qui naguère étaient rassemblées dans la chambre de la malade. Il y avait en plus un personnage qui lui était inconnu et qui causait tout bas avec le colonel Bozzo. En entrant, elle put entendre la marquise reprocher un retard ou une absence à ce nouveau venu, qu’elle appela : M. le baron de la Périère. À cet instant, maman Léo avait déjà dompté en grande partie son horreur et sa frayeur ; comme il arrive à tout bon soldat, la présence de l’ennemi lui rendait son courage. ”
“ Deux ou trois fois pendant la route, maman Léo essaya de renouer l’entretien, mais Valentine resta silencieuse et absorbée. Quand la voiture s’arrêta à l’entrée de la rue du Mail, devant la maison no 3, Valentine sembla s’éveiller d’un sommeil. — Tu connais quelqu’un ici, fillette ? demanda la dompteuse. Elle s’interrompit pour ajouter : — Mais qu’as-tu donc ? te voilà plus pâle qu’une morte ! ”
“ La marquise, dont la pauvre figure était bouffie par les larmes, fit quelques pas à la rencontre de Valentine et de Maurice. Elle serra Valentine dans ses bras et tendit la main au jeune lieutenant, qui la saluait avec respect. — Entrez, entrez, bonne dame, dit-elle à maman Léo, qui restait en arrière et dont les yeux allaient du lit à l’autel avec une véritable stupeur. — Venez, ajouta la marquise en s’adressant au jeune couple, c’est grâce à lui que M. Maurice Pagès est libre, c’est grâce à lui que vous allez être heureux. Il veut vous voir, vous aurez partagé avec Dieu sa dernière pensée. ”
“ Valentine répondit tout bas : — Avec un mot, un seul mot, ceux que vous venez de désigner feraient de chaque passant un ennemi plus acharné à nous poursuivre que les loups et les brigands. Il y a ici un assassin qui s’évade. En disant cela, elle porta les mains de Maurice à ses lèvres. — C’est vrai ! murmura maman Léo, qui baissa la tête malgré elle. On n’a jamais vu rien de pareil ; tout est contre nous : les voleurs, la justice, le monde entier ! ”
“ Valentine se couvrit le visage de ses mains. — J’ai compris plus tard, prononça tout bas le vieux valet, ce que mon maître entendait par ces mots : l’arme invisible. Il y a sur la terre des hommes plus noirs que le démon. — Moi, dit maman Léo, je devine bien qu’il s’agit d’une infamie grosse comme la maison, mais si on voulait m’expliquer un petit peu... Les deux mains de Mlle d’Arx tombèrent, découvrant son front rougissant. ”
Paul Féval, Maman Léo (2e partie du Secret des Habits noirs…
“ Elle s’approcha et baisa Maurice au front. — Chère ! chère Valentine ! murmura celui-ci. J’aurais été trop heureux. Est-ce que c’était possible d’avoir sur la terre un bonheur pareil ! Le porte-clefs en repassant jeta un regard à l’intérieur de la cellule. Il vit maman Léo assise sur le pied du grabat, les jambes ballantes, le prisonnier toujours à la même place et le jeune garçon debout auprès de lui. — Nous n’avons pas de temps à perdre, dit la dompteuse, et ce n’est pas pour nous amuser que nous sommes ici. ”
“ Montez au premier et ne sonnez pas trop fort, parce qu’il n’aime pas le bruit. Valentine et maman Léo montèrent. À leur coup de sonnette discret, un valet de bonne apparence, sans livrée, mais portant le grand deuil, vint ouvrir. Elles n’eurent même pas besoin de parler. Aussitôt que le valet les eut aperçues, il s’écria : — Entrez, entrez, ma bonne dame, et vous aussi, jeune homme, vous êtes en retard. Voici plus d’une heure que monsieur vous attend. — Nous sommes bien ici chez M. Germain ? dit Valentine, qui crut à une méprise. ”
“ Samuel glissa à l’oreille de M. de Saint-Louis : — Je déchire mon diplôme si cet homme n’est pas à bout, tout à fait à bout. Il n’y a plus d’huile dans la lampe, chacune des minutes qu’il vit encore est un miracle du diable. Maman Léo s’assit dans le fauteuil que venait de quitter le colonel, au chevet du lit de Valentine. — Que faut-il faire ? demanda-t-elle. — Il faut trouver l’homme, répondit Valentine. — As-tu confiance ? demanda encore la veuve. ”
“ Qu’est-ce que vous voulez savoir, maman Léo ? demanda M. Baruque un peu désappointé. Je vous préviens que l’instruction a l’air de patauger pas mal, et que le fin mot de l’histoire est encore tout au fond du pot au noir. ”
Paul Féval, Maman Léo (2e partie du Secret des Habits noirs…
“ Quand on aime bien, on devine. Je savais ce qu’était Coyatier, je devinais que Coyatier avait commis le crime dont Maurice est accusé ; j’entends le premier crime, le meurtre de Hans Spiegel... La dompteuse poussa un soupir grand de détresse, arraché par l’effort épuisant qu’elle faisait pour garder son calme. — Ne bougez pas, maman Léo, murmura Valentine, qui n’avait pas quitté un seul instant son attitude de dormeuse : toutes ces choses, il faut que vous les sachiez. J’ouvris les yeux, et comme le marchef me demanda en fronçant le sourcil : « Avez-vous entendu ? » ”
“ On me déguisa en malade et je fus mis à l’infirmerie, tout cela parce qu’on avait besoin de moi pour vous et pour Maurice, qui étiez alors les deux seules créatures humaines possédant le secret des Habits-Noirs. Maintenant il y en a trois autres qui sont dans le même cas que vous : Maman Léo, le vieux Germain et moi. Allez, on vous écoute ! ”
“ Il y a des moments, moi, où je le prendrais pour un brave homme, car enfin, c’est lui qui l’a voulu, nous serons tous de la noce. — Quelle noce, patronne ? demanda Échalot, que l’inquiétude prenait. Car il y avait de l’égarement dans les yeux de maman Léo. — Tais-toi, fit-elle encore, je te dis que le colonel nous a invités au mariage, et je te réponds bien qu’on ne s’embarquera pas là-dedans sans biscuit. Nous serons tous armés, saquédié ! J’en vaux un autre, et mon Maurice aura une bonne paire de pistolets dans sa poche pour prendre part à la conversation, si on cause comme j’en ai peur. ”
