“ Max Havelaar. Havelaar attendit ce soir-là. Il attendit toute la nuit. Il espéra un moment que le ton de sa lettre lui ferait obtenir l’audience qu’il avait sollicitée vainement par les voies de la douceur et de la patience. Son espoir fut déçu. Le Gouverneur-général s’embarqua sans avoir entendu Havelaar... Encore une fois, une Excellence venait de se retirer pour vivre, en repos et en paix, dans la mère-patrie ! Et Havelaar errait pauvre, délaissé ! Il cherchait Assez ! mon bon Stern ! Moi, Multatuli, je prends la plume. ”
Citations sur “Max Havelaar”
L. Van Keymeulen, Revue des Deux Mondes tome 109…
“ Le trait est net, la couleur sobre, le sentiment contenu et profond. Cette fois, l’écrivain a rencontré le grand art. S’il y avait beaucoup de pages de cette valeur dans Max Havelaar, ce ne serait pas seulement au point de vue de l’humanité, mais aussi au point de vue de la littérature, que Multatuli aurait eu le droit de prononcer cette fière parole : « J’ai écrit ce livre pour léguer un titre de noblesse à mes enfans. » III La publication de Max Havelaar fit l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel sans nuages. Un frisson courut sur ce peuple, si lent d’ordinaire à s’émouvoir. ”
“ Rendre justice aux malheureux Javanais, mais, c’eût été exalter Max Havelaar, et pour la plupart d’entre eux, c’était se condamner soi-même. Il fallait pourtant avoir l’air d’agir autrement que par le passé, et de suivre de nouveaux errements. On jeta un os à ce peuple frémissant d’indignation, non pour apaiser sa faim d’amélioration, mais, pour occuper ses mâchoires. ”
“ Le buffle refusa d’avancer. Il secouait la tête, comme pour se débarrasser de son joug, haletant péniblement, et tremblant de tous ses membres. La terreur obscurcissait son grand œil bleu, et sa lèvre se retroussait frémissante. — Fuis, Saïdjah, sauve-toi ! s’écrièrent les frères d’Adenda, un tigre ! Et tous, enlevant aux buffles leurs jougs de labourage, ils grimpèrent sur leurs larges dos, et partirent au galop. Ils traversèrent ainsi les champs de riz, les madriers, les fossés pleins de boue, les taillis, la forêt, les plaines, et les routes, et ils rentrèrent, hors d’haleine, à Badour. ”
“ Max Havelaar. Sans se prononcer sur ce qu’il y avait de vrai ou d’exagéré dans les soupçons de la veuve Sloterin, sur l’événement, qui avait fait des orphelins, de ses enfants, en admettant plus ou moins la corrélation qu’il pouvait y avoir à Lebac entre l’accomplissement d’un devoir, et le poison, en supposant que cette corrélation n’existât même que dans la tête de la pauvre veuve, il est facile de comprendre qu’après la visite du préfet, Max et Tine ne passèrent pas des jours pleins d’une extrême gaîté. ”
“ Aussi sensible aux jouissances sensuelles qu’aux spirituelles, timide et maladroit quand il se croyait incompris, mais éloquent lorsqu’il voyait tomber ses paroles sur un terrain fertile, indolent quand il n’était pas aiguillonné par une inspiration spontanée, mais zélé, ardent dès que la passion entrait en jeu... de plus, affable, de bonnes manières et d’une conduite irréprochable : tel, à peu près, était Max Havelaar. Je dis : à peu près, car si toute définition est difficile, cela est surtout vrai lorsqu’il s’agit de décrire une personnalité qui s’éloigne du type ordinaire. ”
“ La pensée de Havelaar retourna vers le point d’où elle avait pris son essor. — Sais-tu bien, continua-t-il, que nous n’avons pas encore payé la note de ce médecin... ah ! les temps sont très durs ! — Mon cher Max, nous vivons ici avec tant d’économie, qu’avant peu nous pourrons tout payer. Puis, tu seras préfet un de ces jours, et alors tout sera réglé facilement. — C’est justement cela, qui me rend si triste ! répondit Havelaar. Je quitterai Lebac à contre-cœur. Je vais te dire pourquoi. Ne penses-tu pas que nous sommes bien plus attachés à notre Max depuis qu’il a été malade ? Eh bien ! ”
“ Un écrivain, sous le pseudonyme de Multatuli, inconnu jusqu’à présent dans le monde littéraire, a su donner à ses récits sur l’organisation économique et sociale de Java dans un livre intitulé Max Havelaar, un attrait de style qui l’a placé au rang des écrivains éminents. Ce livre, plaidoyer dramatique, et en quelque sorte poétique en faveur du travail libre des indigènes, a obtenu en Hollande un succès, qui rappela celui de la fameuse publication de Mme Beecher Stowe. ”
“ Cette personnalité vivante est celle de Max Havelaar, envoyé par le gouvernement, pour remplir à Lebac, dans les Indes Hollandaises, les fonctions de sous-préfet. Nos minuscules sous-préfectures et nos infimes sous-préfets, ne peuvent nous donner une idée de ces immenses districts, ou le représentant du roi de Hollande règne presque à l’égal d’un petit souverain. Cependant, il ne possède pas seul le pouvoir. Dans chaque sous-préfecture, il a pour adjoint un chef indigène qui porte le titre de régent, et appartient souvent à la famille des princes jadis régnants. ”
“ À chaque instant, je risque de passer sous silence un point, qui aurait besoin d’être acertainé, aux yeux de quelques lecteurs, ou de donner un éclaircissement inutile, faute qui m’exposerait à subir la fausse interprétation du proverbe connu : Qui s’excuse, s’accuse. Quant à cela, moi, qui ai fait mon devoir, je n’ai à m’excuser de rien. C’est à la Hollande, qui n’a pas fait le sien de faire amende honorable, elle qui a pris le parti d’un tas de gredins contre Max Havelaar. ”
“ Sous le nom de guerre de Multatuli, M. Edouard Douwes Dekker, ancien sous-préfet dans les Indes Hollandaises, a écrit un roman politique, intitulé : Max Havelaar, ou les Ventes de cafés de la Société hollandaise de commerce. Dans ce roman, dont l’auteur est le héros, il met en état d’accusation le Gouvernement des Indes, comme se rendant complice de l’arbitraire, et de la rapacité des chefs indigènes envers la population, et comme tolérant ces abus, afin de s’assurer de leur concours au profit des ventes de cafés de la Société hollandaise de commerce, c’est à dire, du trésor hollandais. ”
“ Mais oui... Havelaar jetait chaque jour ses idées sur le papier : „ Tout cela sera imprimé un jour, disait Tine, et alors on verra ce que c’est que mon Max ! ” En attendant, jamais il n’avait fait mettre sous presse ce qui se passait en lui, retenu qu’il était par un scrupule touchant à la candeur. Il ne savait pas mieux définir ce scrupule, qu’en demandant à ceux qui l’encourageaient à publier son œuvre : — „ Laisseriez-vous marcher votre fille, sans chemise, dans la rue ? ” C’étaient ces boutades-là qui faisaient dire à ceux de son entourage : — Havelaar est un original. ”
“ Mais Saïdjah ne comprenait rien à tout ce qu’on lui disait ; il ne se rendit même pas compte de la mort de son père. Il sentait de tels bourdonnements dans ses oreilles, que par moments il se figurait entendre battre la charge dans sa tête. Les tempes lui battaient à se rompre ; et son sang, bouillonnant furieusement, menaçait de rompre ses artères. Pas un mot ne s’échappait de ses lèvres ; son œil terne lançait de tous côtés des regards fixes ; qui ne voyaient, ni ne percevaient aucun objet. ”
“ De ses lèvres glacées il baise une fleur fanée, Venez l’enlever avec moi pour le porter au ciel, Celui, qui a attendu Adenda jusqu’à la mort, Certes, il ne peut pas être délaissé, là, seul, Lui, dont le cœur eût la force de tant aimer ! Alors mes lèvres glacées appelleront Une dernière fois l’Adenda de mon âme, Elles embrasseront une dernière fois le jasmin, Qu’elle me donna... Adenda... Adenda ! ”
“ Vous vous êtes tout simplement mis sur un piédestal, mon cher Declari ; c’est comme si vous aviez dit : moi, je suis à cheval sur la théorie. Croyez-moi, mes amis, nous ne valons pas mieux les uns que les autres. Je parle de moi, comme de vous. Oui, certes, nous n’avons guère le droit de nous insurger contre un homme méchant, les meilleurs d’entre nous ayant toujours un pied dans le mal ! ”
“ La conversation, roulant sur madame Sloterin, fut interrompue par un choc formidable. C’était la voiture qui sortait du bourbier. Chacun des voyageurs poussa le : hé ! d’usage, en cette occasion ; Max, lancé en l’air par la secousse, retrouva dans la robe de sa mère les bananes qu’il avait laissé échapper, et l’on avait déjà fait une grande partie du chemin séparant le bourbier de la mare boueuse, sa voisine, sans que le préfet se fût décidé, à terminer sa phrase, en y ajoutant ces trois mots : — Une... femme... indigène !... — Oh ! cela m’est tout-à-fait égal ! repliqua madame Havelaar. ”
“ Cette pièce de vers n’a été faite qu’après Max Havelaar, et peut-être même sous l’impression de Max Havelaar. N’ayant pas sous la main le paquet de l’Homme-au-châle, et désirant toutefois mettre le lecteur à même de se faire une idée de l’indignation de Duchaume, je me permets de placer l’œuvre de Sentot sous les yeux de mes concitoyens. L’historien de l’avenir pourra dire que les avertissements n’ont pas manqué à la nation. Quelques uns prétendent que mon ami S. E. W. Roorda van Eysinga a été chassé des Indes pour avoir perpétré cette pièce de vers. ”
“ Havelaar et Dipanon prirent place à table. Tout en prenant le thé, la conversation devint générale, et l’on se mit à parler de choses et d’autres, jusqu’au moment où Dongso vint avertir le préfet que des chevaux frais étaient attelés à la voiture. On s’installa le plus commodément possible, et l’on se mit en route. Il était difficile de parler, à cause des cahots et des soubresauts. On apaisa les cris du petit Max avec des bananes. La mère le tenait sur ses genoux, ne voulant pas convenir que son enfant la fatiguât ; et Havelaar ne put la décider à lui céder ce gros et précieux fardeau. ”
L. Van Keymeulen, Revue des Deux Mondes tome 109…
“ Cet homme sérieux fait un accueil peu empressé à son ancien camarade, qui lui paraît bien extravagant et surtout bien pauvre et bien râpé. Havelaar lui confie une liasse de manuscrits, qu’il feuillette négligemment d’abord. Quelques notes, où il est question de café, excitent cependant son intérêt, et il charge un jeune Allemand employé dans ses bureaux de coordonner les papiers du ci-devant fonctionnaire et d’en résumer le contenu. Le résultat de ce travail, c’est le livre de Max Havelaar. Droogstoppel, qui s’attendait à tout autre chose, ne peut réprimer son indignation. ”
“ Nous tiendrons, tous, et nous ferons connaissance en un tour de main. Qu’en dis-tu, Tine ? Cela marchera bien... Max, ici !... Dipanon, regardez moi un peu ça... Ne trouvez-vous pas que c’est un joli petit bout d’homme ? c’est mon garçon... mon fils... c’est Max. Le préfet monta en voiture, avec le Prince-Régent. Havelaar profita du moment, et s’approchant de Dipanon, il lui demanda à qui appartenait le cheval gris pommelé, à chabraque écarlate ”
L. Van Keymeulen, Revue des Deux Mondes tome 109…
“ Je ferai cela, dit-il, car je leur ai promis aide et secours à ces martyrs, moi, Multatuli. Et s’adressant au roi des Pays-Bas, « souverain de ce bel empire de l’Insulinde qui se déroule le long de l’Equateur comme une ceinture d’émeraude, » il lui demande « si sa volonté impériale est que là-bas ses 30 millions de sujets soient maltraités et dépouillés en son nom. » Si nous avions à juger Max Havelaar comme un roman ordinaire, nous en parlerions avec sévérité et peut-être n’en parlerions-nous pas du tout. ”
“ Quant à la chose elle-même..., je reconnais pleinement que rien n’est amélioré, aux Indes ; mais... changé ? Dès l’apparition de Max Havelaar, les individus, qui, grâce à notre pauvre système de bascule constitutionnelle, profitèrent de l’agitation produite par mon livre pour arriver au pouvoir, n’ont pas fait autre chose que changer. N’était-ce pas cela que je demandais ? Leur métier lui-même, leur métier de saltimbanques politiques les y força. ”
“ Moi, j’aurais préféré la voir tomber raide-morte ! Une pareille profanation ? Est-ce permis ? Est-ce acceptable ? — Mais, Monsieur Havelaar, si la fille, dont vous parlez, était enrhumée... il fallait pourtant bien... s’écria Dipanon. — Il ne fallait pas qu’elle fût enrhumée avec un nez comme le sien ! — Oui, mais... Le diable s’en mêla. Tine se mit à éternuer... et avant même d’y penser, instinctivement elle se moucha. — Cher Max, tu ne m’en veux pas ? fit-elle, se retenant de toutes ses forces pour ne pas rire aux éclats. ”
“ Le préfet se leva et lut le décret du Gouverneur-général, en vertu duquel, Monsieur Max Havelaar était nommé sous-préfet de la régence Bantan-Kidoel, ou Sud de Bantam, nom que les indigènes donnent à Lebac. Cela fait, il prit le numéro du Bulletin des Lois, contenant le serment réglementaire suivant : Le fonctionnaire jure que pour être nommé ou avancé, à l’emploi de... il n’a donné ni promis, ne promettra ni ne donnera rien à personne ; qu’il reconnaît sa majesté, le Roi de Hollande et s’engage à lui être fidèle ; qu’il obéira à son représentant, dans les Indes ”
“ Dans les Indes, avec tous les continuels changements à vue, on irritait les chefs indigènes, on indisposait les fonctionnaires européens, et l’on exaspérait la population... Et l’on osait prétendre que rien ne serait changé après l’apparition de Max Havelaar !... à la suite de Max Havelaar !... allons donc ! Peu de temps après la publication de ce livre, et grâce à ce livre, il est arrivé aux Indes, ce qui arriva à la montre de Polichinelle. ”
“ Moi aussi, je désirais, qu’à Arles, toutes les femmes... — Ne possédassent qu’une tête ? — Oui. — Pour la couper. — Non, pour la baiser... sur le front !... sur le front, grand Dieu ! et encore ! non ? ce n’est pas cela... pour la regarder nuit et jour, pour en rêver et pour... être bon ! Declari et Dipanon cherchaient à comprendre cette conclusion aussi étrange que nouvelle. Max ne s’aperçut pas de leur ébahissement, et il continua : — Leurs traits étaient d’une telle noblesse qu’on ressentait une sorte de honte de n’être qu’un homme !.. et non une étincelle... un rayon !... ”
“ Aujourd’hui, tu m’entends, aujourd’hui je mets le Prince-Régent en état d’accusation. Elle lui sauta au cou, mais, pour la première fois, elle lui désobéit, sanglotant et criant : — Non... non... Max !. Cela, je ne le ferai pas !... Je ne peux pas le faire... Ensemble, nous vivrons et nous mourrons !.. Je mangerai ce que tu mangeras ! Je boirai ce que tu boiras ! Havelaar avait-il tort, en prétendant que sa Tine n’avait pas plus le droit de se moucher que les femmes d’Arles. ”
“ Non, voici une preuve de ce que j’avance : après un de ces entretiens, le Prince-Régent lui envoya son secrétaire, pour le remercier de la bienveillance de ses paroles ; et longtemps après, ce même secrétaire, causant avec le contrôleur Dipanon, à une époque où Havelaar avait cessé d’être sous-préfet de Lebac, et où, par conséquent, il n’avait plus rien à attendre ou à craindre de lui, ce même secrétaire, dis-je, s’écria tout ému au souvenir de sa bienveillance : « Jamais ! non, jamais ! aucun fonctionnaire n’a parlé comme lui !... » ”
“ Elle fuit le monde. Figure-toi qu’elle fait éloigner, renvoyer, par ses domestiques, tous les étrangers qui mettent le pied sur l’esplanade. — Je demande l’histoire ou l’omelette ! recommença Declari. — Moi, itou ! fit Dipanon. Plus de fins de non recevoir. Nous avons droit à un dîner complet ; c’est pourquoi je demande l’histoire du dindon. — Je vous l’ai déjà racontée, celle-là ! répondit Havelaar. Je l’ai volé au général Vandamme et je l’ai mangé... avec une autre personne. — Avant que cette autre personne montât au ciel ! fit malicieusement observer Tine. ”
