“ Morok tressaillit ; ses bras tombèrent le long de son corps. Jacques fut frappé de la pâleur et de la contraction des traits du dompteur de bêtes. — L’Anglais... tu l’as vu ? s’écria Morok en s’adressant à Goliath ; tu en es sûr ? — Très-sûr. Je regardais par le trou de la toile, je l’ai vu dans une petite loge presque sur le théâtre ; il veut voir les choses de près... il est bien facile à reconnaître à son front pointu, à son grand nez et à ses yeux ronds. ”
Morok
Définition et enjeux
Le thème de “Morok” a été abordé par des auteurs tels que Eugène Sue ou Ponson du Terrail. Il est souvent associé à des termes comme le bourgmestre, le prophète, Dagobert, Goliath ou dompteur.
Citations sur “Morok”
“ Ce sombre costume donnait au dompteur de bêtes une physionomie plus sinistre encore. Sa barbe épaisse et jaunâtre tombait à grands flots sur sa poitrine, et il enroulait gravement une longue pièce de mousseline blanche autour de sa calotte rouge. Dévot prophète en Allemagne, comédien à Paris, Morok savait, comme ses protecteurs, parfaitement s’accommoder aux circonstances. ”
“ Pendant le silence qui suivit l’allocution de Morok, le bruit s’entendit de nouveau : il était cette fois plus précipité. — Le locataire est innocent, dit Morok avec un sourire sinistre ; il est incapable de s’opposer en rien aux élans de notre joie. ”
“ Il est impossible de peindre la mêlée désespérée furieuse, qui suivit cette panique de gens effarés se ruant sur l'unique porte de l'antichambre afin d'échapper au péril qu'ils redoutaient, et là, luttant, se battant, se foulant aux pieds, afin de fuir par cette étroite issue. Au moment où le dernier de ces malheureux parvenait à gagner la porte, se traînant épuisé sur ses mains ensanglantées, car il avait été renversé et presque écrasé durant la mêlée, Morok, l'objet de tant d'épouvante... Morok apparut. ”
“ Tout à coup le dompteur de bêtes sembla défaillir, ses genoux fléchirent ; sa tête livide, violacée, se pencha sur ses épaules ; ses yeux se fermèrent... Le missionnaire, pensant qu’une faiblesse passagère succédait à l’accès de rage de ce misérable, et qu’il allait tomber, cessa de le maintenir pour lui prêter secours... Se sentant libre, grâce à sa ruse, Morok se releva tout à coup pour se jeter avec rage sur Gabriel. ”
“ Morok haussa les épaules, et répondit avec une sorte d’exaltation farouche : — As-tu entendu parler de l’âpre désir du joueur qui met son honneur, sa vie, sur une carte ? Eh bien ! moi aussi... dans ces exercices de chaque jour où ma vie est en jeu, je trouve un sauvage et âpre plaisir à braver la mort devant une foule frémissante, épouvantée de mon audace... Enfin, jusque dans l’effroi que m’inspire cet Anglais, je trouve quelquefois malgré moi je ne sais quel terrible excitant que j’abhorre et que je subis. ”
“ Dagobert et les deux jeunes filles avaient, depuis un quart d’heure à peine, quitté en fugitifs l’auberge du Faucon blanc, lorsqu’un violent craquement retentit dans la maison. La porte avait cédé aux efforts du bourgmestre et de Morok, qui s’étaient servis d’une lourde table pour bélier. Guidés par la lumière, ils accoururent dans la chambre des orphelines, alors déserte. Morok vit les draps flotter au dehors, et s’écria : — M. le bourgmestre... c’est par la fenêtre qu’ils se sont sauvés ; ils sont à pied... par cette nuit orageuse et noire, ils ne peuvent être loin. ”
“ La pantomime de Morok devint si expressive, il exprima si naturellement sa joie d’avoir atteint la bête féroce, que les bravos frénétiques éclatèrent dans toute la salle. Jetant alors son arc loin de lui, il tira un poignard de sa ceinture, le prit entre ses dents et se mit à ramper sur ses mains et sur ses genoux, comme s’il eût voulu surprendre dans son repaire la panthère blessée. Pour rendre l’illusion plus parfaite, la Mort, irritée de nouveau par Goliath, qui la frappait avec une barre de fer, la Mort poussa du fond du souterrain des rugissements effroyables. ”
“ Lorsque l’on savait le bizarre et cruel désir qui amenait ce parieur à toutes ces représentations, sa grotesque figure, au lieu d’exciter un rire moqueur, devenait presque effrayante ; l’on comprenait alors l’espèce d’épouvantable cauchemar causé à Morok par ces deux gros yeux ronds et fixes qui semblaient patiemment attendre la mort du dompteur de bêtes (et quelle horrible mort !) avec une confiance inexorable. ”
“ Morok s’approcha du juge en lui désignant du regard les orphelines ; il recommença de lui parler bas. — Ah !... s’écria le bourgmestre avec indignation. Vous allez trop loin. — Je n’affirme rien..., se hâta de dire Morok. C’est une simple présomption fondée sur... Et de nouveau il approcha ses lèvres de l’oreille du juge. — Après tout, pourquoi non ? reprit le juge en levant les mains au ciel, ces gens-là sont capables de tout ; il dit aussi qu’il vient de la Sibérie avec elles ; qui prouve que ce n’est pas un amas d’impudents mensonges ? ”
“ Ignace Morok est converti ; les bêtes féroces rampent à ses pieds. Non loin de ces tableaux se trouvent plusieurs ballots de petits livres, aussi imprimés à Fribourg, dans lesquels on raconte par quel étonnant miracle l’idolâtre Morok, une fois converti, avait tout à coup acquis un pouvoir surnaturel, presque divin, auquel les animaux les plus féroces ne pouvaient échapper, ainsi que le témoignaient chaque jour les exercices auxquels se livrait le dompteur de bêtes, moins pour faire montre de son courage et de son audace, que pour glorifier le Seigneur. ”
“ Déjà plusieurs fois, Morok, le dompteur de bêtes, avait impatiemment ouvert le volet de la lucarne du grenier donnant sur la cour de l’auberge du Faucon blanc, afin de guetter l’arrivée des deux orphelines et du soldat ; ne les voyant pas venir, il se remit à marcher lentement, les bras croisés sur sa poitrine, la tête baissée, cherchant le moyen d’exécuter le plan qu’il avait conçu ”
“ À l’aspect de la sinistre figure du dompteur de bêtes, Rose et Blanche, effrayées, reculèrent d’un pas et se rapprochèrent du soldat. Le front de celui-ci se rembrunit ; il sentit de nouveau sourdement bouillonner sa colère contre Morok, cause de ses cruels embarras (il ignorait pourtant que Goliath eût, à l’instigation du Prophète, volé le portefeuille et les papiers) . — Que voulez-vous, Morok ? lui dit le bourgmestre d’un air moitié bienveillant, moitié fâché. Je voulais être seul, je l’avais dit à l’aubergiste. ”
“ Puis, reconnaissant l'inutilité de ses tentatives; il poussa des cris sauvages et se mit à tourner rapidement autour de cette salle, comme un animal féroce qui cherche en vain l'issue de sa cage. Mais ceux des spectateurs de cette scène qui collaient leurs visages aux vitres de la fenêtre poussèrent une grande clameur d'angoisse et d'épouvante.Morok venait d'apercevoir la petite porte qui communiquait au cabinet occupé par la soeur Marthe, et dans lequel Rose et Blanche venaient d'entrer quelques instants auparavant. ”
“ Croisant ses bras sur sa poitrine, Morok lui dit d’une voix sèche et insolente : — Décidément, vous n’êtes pas poli... l’homme au savon ! Puis, se tournant vers les spectateurs, il continua en allemand : — Je dis à ce Français à longues moustaches qu’il n’est pas poli... Nous allons voir ce qu’il va répondre ; il faudra peut-être lui donner une leçon ; me préserve le ciel d’être querelleur ! ajouta-t-il avec componction, mais le Seigneur m’a éclairé, je suis son œuvre, et, par respect pour lui, je dois faire respecter son œuvre... ”
“ Rose et Blanche, interdites, et ne comprenant rien à cette scène muette, regardaient le soldat avec une anxiété croissante. — Diable !... dit le bourgmestre en se levant brusquement, je n’avais pas songé à tout cela ; où donc avais-je la tête ? Mais que voulez-vous, Morok, lorsqu’on vient, au milieu de la nuit, vous éveiller, on n’a pas toute sa liberté d’esprit ; c’est un grand service que vous me rendez là, vous me le disiez bien. — Je n’affirme rien, cependant... — C’est égal ; il y a mille à parier contre un que vous avez raison. ”
“ Je n’en suis plus... — Nous aurons le temps de prévenir à la fabrique... Nous les quitterons en route, lui dit Morok. Puis il cria tout haut en s’adressant à l’hôte, effrayé de ce désordre : — De l’eau-de-vie ! que l’on puisse boire à la santé des braves Loups. C’est moi qui régale ! Et il jeta de l’argent au cabaretier, qui disparut et revint bientôt avec plusieurs bouteilles d’eau-de-vie et quelques verres. — Allons donc ! des verres ? s’écria Morok ; est-ce que des camarades comme nous boivent dans des verres ?... ”
“ Il ne s’agit pas de Karl, mais de toi ; quoique affamé comme un loup, tu es malin comme un renard, et quand tu veux... aussi malin que Karl... Et Morok frappa cordialement sur l’épaule du géant, changeant tout à coup de physionomie et de langage. ”
“ Un homme est seul dans ce grenier.Cet homme est Morok, le dompteur de bêtes féroces, surnommé le Prophète. Il a quarante ans, sa taille est moyenne, ses membres grêles, sa maigreur extrême; une longue pelisse d'un rouge de sang, fourrée de noir, l'enveloppe entièrement; son teint, naturellement blanc, est bronzé par l'existence voyageuse qu'il mène depuis son enfance; ses cheveux, de ce blond jaune et mat particulier à certaines peuplades des contrées polaires, tombent droits et raides sur ses épaules; son nez est mince, tranchant, recourbé ”
“ Voyez... voyez... le dompteur de bêtes va tirer sa flèche sur la panthère ! dit tout à coup le marquis ; c’est sans doute après, qu’il simulera le combat corps à corps. Morok était à ce moment sur le devant du théâtre, mais il lui fallait le traverser dans sa largeur pour arriver jusqu’à l’entrée de la caverne. Il s’arrêta un moment, ajusta une flèche sur la corde de son arc, se mit à genoux derrière un bloc de rocher, visa longtemps ;... le trait siffla et alla se perdre dans la profondeur de la caverne où la panthère s’était retirée après avoir un instant montré sa tête menaçante. ”
“ Mon tigre Caïn a déjà failli une fois me dévorer le bras... pendant une distraction que me causait cet Anglais que l’enfer confonde !... Tonnerre et sang ! s’écria Morok, cet homme me sera fatal... Et Morok marcha dans la loge avec agitation. — Sans compter que la Mort a ce soir ses oreilles aplaties sur son crâne, reprit brutalement Goliath. Si vous vous obstinez... c’est moi qui vous le dis... l’Anglais gagnera son pari ce soir... ”
“ Et c’est tout..., dit impérieusement Morok en interrompant Karl, et en accompagnant ces mot d’un tel regard, que l’autre baissa la tête et resta muet. — Pourquoi celui que le Seigneur soutient dans sa lutte contre les bêtes ne serait-il pas aussi soutenu par lui dans ses luttes contre les hommes... quand ces hommes sont pervers et impies ? ajouta le Prophète d’un air triomphant et inspiré. ”
Ponson du Terrail, Les misères de Londres, 3. La cage aux oiseaux
“ Le teneur de livres comprit que son supérieur ne parlerait plus, et il retourna se planter debout devant son pupitre.—Que tous ces gens-là sont bêtes! pensait M. Morok; que peut-il donc y avoir de curieux à voir une prison dans laquelle est un homme qu'on va pendre?Et comme il faisait cette réflexion, on frappa au grillage de la caisse.M. Morok s'approcha et ouvrit le guichet supérieur.Il se trouva alors en présence d'un homme qui portait des habits de voyage et qui lui dit:—Parlez-vous français, monsieur?—Oui, monsieur, répondit M. Morok, avec un accent britannique. ”
“ En effet, un jeune homme d’une figure ouverte, hardie et intelligente, entra dans le cabinet. — Tiens... Couche-tout-Nu ? s’écria-t-il à la vue du convive de Morok. — Moi-même. Il y a des siècles qu’on ne t’a vu, Olivier. — C’est tout simple... mon garçon, nous ne travaillons pas au même endroit. — Mais vous êtes seul ? reprit Morok. Et montrant Couche-tout-Nu, il ajouta : — On peut parler devant lui... il est des nôtres. Mais comment êtes-vous seul ? — Je viens seul, mais je viens au nom de mes camarades. — Ah ! fit Morok avec un soupir de satisfaction, ils consentent. ”
“ Tous moyens sont bons pour les gens qui voudraient mettre l'Europe en feu.— Je ne suis qu'un pauvre diable... monsieur le bourgmestre... Vous avez si bon coeur, ne soyez pas impitoyable!...— Ah! tu m'arraches mon bonnet!— Mais vous, ajouta le soldat en se tournant vers Morok, vous qui êtes cause de tout... ayez pitié de moi... ne montrez pas de rancune... Vous qui êtes un saint homme, dites au moins un mot en ma faveur à monsieur le bourgmestre.— Je lui ai dit... ce que je devais lui dire... répondit ironiquement Morok. ”
“ Morok ne sourcilla pas ; sa face de marbre resta impassible ; il replaça d’une main ferme son verre sur la table. Mais Jacques, en déposant son verre, ne put cacher un léger tremblement convulsif causé par une souffrance intérieure. — Voici qui est bravement bu..., cria Nini-Moulin ; avaler d’un seul trait le quart d’une bouteille d’eau-de-vie, c’est triomphant !... Personne ici ne serait capable d’une telle prouesse... et si vous m’en croyez, dignes champions, vous en resterez là. ”
“ Un carrier d’une taille et d’une force herculéennes, coiffé d’un mauvais mouchoir rouge dont les lambeaux flottaient sur ses épaules, misérablement vêtu d’une peau de bique à moitié usée, brandissait une lourde pince de fer, et paraissait diriger le mouvement ; les yeux injectés de sang, la physionomie menaçante et féroce, il s’avança vers le cabinet, faisant mine de vouloir repousser Morok, et s’écriant d’une voix tonnante : — Où sont les Dévorants ?... les Loups en veulent manger ! ”
“ Que l’on se figure donc les deux sœurs arrivant dans ces vastes salles d’un aspect si effrayant, déjà affreusement émues par la terreur que leur avait inspirée Morok, et commençant leur triste recherche parmi ces infortunées dont les souffrances, dont l’agonie, dont la mort, rappelaient à chaque instant aux orphelines la souffrance, l’agonie, la mort de leur mère. Un moment pourtant, à l’aspect de cette salle funèbre, Rose et Blanche sentirent leur résolution faiblir ; un noir pressentiment leur fit regretter leur héroïque imprudence ”
“ Il y a trois jours, on a amené ici un homme que l’on croyait seulement atteint du choléra ;... vous avez sans doute entendu parler de ce personnage, c’est un dompteur de bêtes féroces qui a fait courir tout Paris à la Porte-Saint-Martin. — Je sais de qui vous voulez parler... un nommé Morok ; il jouait une espèce de scène avec une panthère noire apprivoisée ? — Précisément ; j’étais même à une représentation singulière, à la fin de laquelle un étranger, un Indien, par suite d’un pari, dit-on, a sauté sur le théâtre et a tué la panthère... — Eh bien ! figurez-vous que chez Morok... ”
“ En 1810, Morok est idolâtre, il fuit devant les bêtes féroces. Dans le second compartiment, Morok, candidement revêtu de la robe blanche de catéchumène, est agenouillé, les mains jointes, devant un homme portant une longue robe noire et un rabat blanc ; dans un coin du tableau, un grand ange à mine rébarbative tient d’une main une trompette et de l’autre une épée flamboyante ; les paroles suivantes lui sortent de la bouche en caractères rouges sur un fond noir : Morok l’idolâtre fuyait les bêtes féroces ”
“ Céphyse, agenouillée devant son amant, couvrait ses mains de larmes, de baisers, et s’écriait d’une voix entrecoupée de sanglots : — Jacques... c’est moi... Céphyse... Je te retrouve... Ce n’est pas ma faute si je t’ai abandonné... Pardonne-moi... — Malheureuse ! s’écria Morok irrité de cette rencontre peut-être funeste à ses projets, vous voulez donc le tuer ;... dans l’état où il se trouve, ce saisissement lui sera fatal ;... retirez-vous. ”
