“ Céphyse, agenouillée devant le réchaud, le visage penché vers le noir charbon au-dessus duquel voltigeait déjà çà et là une petite flamme bleuâtre... Céphyse soufflait avec force sur un peu de braise allumée, qui jetait sur la pâle figure de la jeune fille des reflets ardents. ”
Céphyse
Définition et enjeux
Citations sur “Céphyse”
“ La Mayeux, vêtue de haillons, était assise au bord de la paillasse, ses coudes sur ses genoux, son visage caché entre ses mains fluettes et blanches. Lorsque Céphyse rentra, la soeur adoptive d'Agricol releva la tête; son pâle et doux visage semblait encore amaigri, encore creusé par la souffrance, par le chagrin, par la misère: ses yeux caves, rougis par les larmes, s'attachèrent sur sa soeur avec une expression de mélancolique tendresse.— Soeur... j'ai ce qu'il nous faut, dit Céphyse d'une voix sourde et brève. Dans ce panier, il y a la fin de nos misères. ”
“ Ma sœur... attends-moi... attends-moi... La Mayeux ne répondit pas ; sa tête, que Céphyse abandonna un moment, retomba doucement sur la paillasse. — Mon Dieu ! je te le jure... ce n’est pas ma faute si nous ne mourons pas ensemble !... s’écria Céphyse avec désespoir, agenouillée devant la couche où était étendue la Mayeux. — Morte !... murmura Céphyse épouvantée, la voilà morte... avant moi ;... c’est peut-être que je suis la plus forte... Ah !... heureusement... je commence... comme elle... tout à l’heure... à voir d’un bleu sombre... oh !... je souffre... quel bonheur !... Oh ! ”
“ Oh ! je ne veux pas mourir seule. — Tu le vois donc bien, sœur chérie... nous avons raison de ne pas nous quitter, et pourtant, ajouta Céphyse d’une voix émue, j’ai parfois le cœur brisé quand je songe que tu veux mourir comme moi... — Égoïste ! dit la Mayeux avec un sourire navrant, quelles raisons ai-je plus que toi d’aimer la vie ? quel vide laisserai-je après moi ? — Mais toi, sœur, reprit Céphyse, tu es une pauvre martyre... Les prêtres parlent de saintes ! en est-il seulement une qui te vaille ?... Et pourtant, tu veux mourir comme moi... oui, comme moi... ”
“ Et ne pouvant prononcer un mot de plus, la reine Bacchanal se jeta au cou de la Mayeux en fondant en larmes, et au milieu de ses sanglots elle ajouta:— Pardon!... pardon!...— Qu'as-tu, ma bonne Céphyse? dit la jeune ouvrière, profondément émue, et se dégageant doucement des étreintes de sa soeur. Tu me demandes pardon... et de quoi?— De quoi? reprit Céphyse en relevant son visage inondé de larmes et pourpre de confusion. N'était-il pas honteux à moi d'être vêtue de ces oripeaux, de dépenser tant d'argent en folies... lorsque tu es ainsi vêtue, lorsque tu manques de tout... ”
“ Viens là-haut, sœur ;... les hommes n’y sont rien, Dieu y règne seul ;... viens là-haut, sœur, on y est mieux ;... partons vite... car il est tard. Ce disant, la Mayeux montra les rouges lueurs du couchant qui commençaient à empourprer les carreaux de la fenêtre. Céphyse, entraînée par la religieuse exaltation de sa sœur, dont les traits, pour ainsi dire transfigurés par l’espoir d’une délivrance prochaine, brillaient doucement colorés par les rayons du soleil couchant, Céphyse saisit les deux mains de sa sœur, et, la regardant avec un profond attendrissement, s’écria : — Oh ! ”
“ Céphyse... dit Jacques d'un ton de reproche.— Au choléra! reprit intrépidement la reine Bacchanal: qu'il épargne ceux qui ont envie de vivre... et qu'il fasse mourir ensemble ceux qui ne veulent pas se quitter!...Jacques et Céphyse échangèrent rapidement un regard, qui échappa à leurs joyeux compagnons, et pendant quelque temps la reine Bacchanal resta muette et pensive.— Ah! comme ça... c'est différent, reprit Rose-Pompon d'un air crâne. Au choléra!... afin qu'il n'y ait plus que de bons enfants sur la terre. ”
“ Céphyse, émue, tendit les bras à la Mayeux, qui s’y jeta en pleurant de douces larmes. — Et maintenant, dit-elle à sa sœur, quand te reverrai-je ? — Bientôt... quoique rien ne me fasse plus de peine que de te voir dans une misère que tu ne veux pas me permettre de soulager... — Tu viendras ? tu me le promets ? — C’est moi qui vous le promets pour elle, dit Jacques, nous irons vous voir, vous et votre voisin Agricol. — Allons... retourne à la fête, Céphyse... amuse-toi de bon cœur... tu le peux... car M. Jacques va rendre une famille bien heureuse... ”
“ Puis se reprenant aussitôt sans laisser parler la Mayeux, Céphyse ajouta d’une voix brève et saccadée : — D’ailleurs, à quoi bon discuter ?... je suis décidée ; rien au monde ne m’empêcherait d’en finir, puisque toi... toi... sœur chérie, tout ce que tu as pu obtenir... de moi... c’est un retard de quelques jours... espérant que le choléra nous épargnerait la peine... Pour te faire plaisir, j’y consens ; le choléra vient... tue tout dans la maison... et nous laisse... Tu vois bien, il vaut mieux faire ses affaires soi-même, ajouta-t-elle en souriant de nouveau d’un air sardonique. ”
“ Oh ! je t’en conjure, ma sœur, fais que je puisse m’en aller seule... sans être vue de tout ce monde. Au moment où la porte s’ouvrait, Céphyse y courut. Elle vit dans le corridor une députation à la tête de laquelle marchaient Nini-Moulin, armé de sa formidable crécelle, Rose-Pompon et Couche-tout-Nu. — La reine Bacchanal ! ou je m’empoisonne avec un verre d’eau ! cria Nini-Moulin. — La reine Bacchanal ! ou j’affiche mes bans à la mairie avec Nini-Moulin ! cria la petite Rose-Pompon d’un air déterminé. — La reine Bacchanal ! ou sa cour s’insurge et vient l’enlever ! dit une autre voix. ”
Louis Huart,
Parodie du Juif errant : complainte constitutionnelle en dix parties
(1844)
“ La reine Bacchanal promenait ses regards, et semblait dire : C'est toujours avec un nouveau plaisir que je reçois l'expression des bons sentiments de ma populace. Tout à coup ses yeux, écarquillés de joie et de gaieté, rencontrèrent les yeux tristes et imbibés de la Mayeux. — Ma sœur! s'écria Céphyse (c'était le sobriquet que la reine Bacchanal avait reçu en naissant) , ma sœur!. et, leste comme un saltimbanque dont elle avait l'air et le costume, elle s'élança du landau dans les bras de la pauvre bossue. ”
Jean Racine,
Livre:Racine - Œuvres, Didot, 1854…
“ Parle-lui tous les jours des vertus de son père ; Et quelquefois aussi parle-lui de sa mère. Mais qu’il ne songe plus, Céphise, à nous venger : Nous lui laissons un maître, il le doit ménager. Qu’il ait de ses aïeux un souvenir modeste : Il est du sang d’Hector, mais il en est le reste ; Et pour ce reste enfin j’ai moi-même, en un jour, Sacrifié mon sang, ma haine et mon amour. CÉPHISE. Hélas ! ANDROMAQUE. Hélas ! Ne me suis point, si ton cœur en alarmes Prévoit qu’il ne pourra commander à tes larmes. On vient. Cache tes pleurs, Céphise ”
Thomas Corneille,
Poèmes dramatiques de Thomas Corneille
“ Zéphire. Je prendrois grand plaisir à ne te rien cacher ; Mais veux-tu, parce que je t’aime. Que l’Inconnu me vienne reprocher Que ma langue ait fait tort à son amour extrême ? C’est de tous les amans le plus passionné, Rien ne sauroit égaler sa tendresse ; Mais il veut être sûr du cœur de sa maîtresse, Avant que son secret lui soit abandonné. Céphise. Qu’il ne craigne rien, Psyché l’aime. Tant de soins de lui plaire ont vaincu sa fierté. Zéphire. ”
“ Tenez, monsieur, Céphise et moi nous ne sommes que de pauvres filles ; il y en a de plus vertueuses, c’est encore vrai ; mais nous avons, j’ose le dire, bon cœur ; aussi voyez-vous, si jamais vous étiez malade, appelez-nous ; il n’y a pas de bonnes sœurs qui vous soigneraient mieux que nous... C’est tout ce que nous pouvons vous offrir, sans compter Philémon, que je ferais se scier en quatre morceaux pour vous ; je m’y engage sur l’honneur ; comme Céphise, j’en suis sûre, s’engagerait aussi pour Jacques, qui serait pour vous à la vie, à la mort. ”
Florent Carton dit Dancourt,
Céphale et Procris
“ Philacte.Dépêchez-vous d'en faire une réalité.Céphale.Un simple mortel n'est pas digneQu'il devienne une vérité.L'aurore.Aimez, Céphale, aimez, mais avec confiance ;Méritez par vos soins et par votre constance, [820] D'être l'unique objet de mes voeux les plus doux :Je ne veux être aimable que pour vous.Et si l'auteur de la lumière,Le Soleil, le plus beau des Dieux,À qui tous les matins, pour sa vaste carrière, [825] J'ouvre la barrière des Cieux,M'offrait ses soins et ses plus tendres voeux,Céphale aurait sur lui la préférence entière.Céphale. ”
Pierre Du Ryer, Anaxandre trage-comedie
“ ASTÉRIE. Oui, Céphise vous aime,Lorsque je vous le dis, elle le dit de même,Et la voix qui vous parle, et qu'entend son vainqueur,Ne vient pas de ma bouche, elle vient de son coeur. ANAXANDRE. Céphise m'aimerait ! ASTÉRIE. Et pour vous faire croire [655] Que son coeur généreux est conduit par la gloire,Et qu'elle ne veut pas par des desseins couvertsNi par de faux appas vous faire aimer vos fers,Elle veut dissiper vos mortelles tempêtes,Elle veut ouvrir les prisons où vous êtes [660] Et puis demander si pour plus que le jourSi pour la liberté l'on doit moins que l'Amour. ”
Théodore de Banville,
Oeuvres de Théodore de Banville…
“ Comme Cypris, qui porte un ciel d’amour Dans son âme étoilée, Et qui, malgré ses délires d’un jour, Demeure inviolée, Cruelle et rose et répandant l’effroi, Femme au front de Déesse, Tu sais que rien ne peut faner en toi L’immortelle jeunesse. ”
Pierre Corneille,
Œuvres complètes tome 1
“ La topographie moderne de ces contrées-là n’est pas fort connue, et celle du temps de Céphée encore moins : je me contenterai donc de vous dire qu’il fallait que Céphée régnât en quelque pays maritime, que sa ville capitale fût sur le bord de la mer, et que ses peuples fussent blancs, quoique Éthiopiens. Ce n’est pas que les Maures les plus noirs n’aient leurs beautés à leur mode ; mais il n’est pas vraisemblable que Persée, qui était Grec, et né dans Argos, fût devenu amoureux d’Andromède si elle eût été de leur teint. ”
Camille Grollet, Le ciel et ses merveilles (1884)
“ Cassiopée, femme de Céphée, roi d'Ethiopie, eut un. jour la vanité de se croire plus belle que les Néréides, malgré la couleur africaine de son teint. Ces nymphes mises en fureur par une telle prétention, supplièrent Neptune de les venger d'un affront aussi colossal; le souverain des mers ordonna à un monstre marin de ravager les côtes de Syrie. Pour conjurer le fléau, Céphée enchaîna sa fille Andromède sur un rocher, et l'offrit en sacrifice au terrible monstre. Mais le jeune Persée, touché de tant de malheurs, enfourcha le cheval Pégase, modèle des coursiers, et partit pour le rocher fatal. ”
Henri Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie (1885)
“ « Oh ! me disait souvent ce bon roi, que n'ai-je ici quelque fameux chantre de la Grèce ou de l'Égypte pour policer l'esprit de mes sujets ! Rien n'adoucit le cœur des hommes comme de beaux chants. Quand on sait faire des vers et de belles fictions, on n'a pas besoin de sceptre pour régner. » Il me mena voir avec Céphas le lieu où il avait fait planter les arbres et les graines réchappées de notre naufrage. C'était sur les flancs d'une colline exposée au midi. Je fus pénétré de joie quand je vis les arbres que nous avions apportés pleins de suc et de vigueur. ”
Louis Racine,
Oeuvres de Jean Racine, précédées des Mémoires sur sa vie…
(1870)
“ Allons trouver Pyrrhus. Mais non, chère Céphise, Va le trouver pour moi. CÉPHISE. Que faut-il que je dise? ANDROMAQUE. Dis-lui que de mon fils l'amour est assez fort... Crois-tu que dans son coeur il ait juré sa mort? L'amour peut-il si loin pousser sa barbarie? CÉPHISE. Madame, il va bientôt revenir en furie. ANDROMAQUE. Eh bien! va l'assurer... CÉPHISE. De quoi? de votre foi? ANDROMAQUE. Hélas! pour la promettre est-elle encore à moi?. O cendres d'un époux! ô Troyens ! ô mon père! O mon fils! que tes jours coûtent cher à ta mère! Allons. ”
Jean-Joseph Vadé,
Œuvres de Vadé
“ CÉPHISE, GROSSEL.Grossel, riant avec éclat. Ah ! ah ! ah ! hé bien, ma sœur. Céphise, d’un air froid. Hé bien ! mon frère. Grossel, d’un ton de bonne humeur. Convenez que Sophie votre fille n’aura pas le temps de s’ennuyer avec Plaisantin son futur, car parbleu, c’est un drôle de corps. Céphise. Ah ! fort drôle : est-ce parce qu’il est familier jusqu’à l’impertinence, et qu’il joue éternellement sur le mot ? Grossel. Et sur quoi donc voulez-vous qu’il joue, puisque c’est son caractère ? ”
Pierre Corneille,
Œuvres de P. Corneille
“ Voici le Roi qui vient. 326 SCÈNE II. CÉPHÉE, CASSIOPE, PHINÉE, PERSÉE, suite du Roi et de la Reine.CÉPHÉE. N'en parlons plus, Phinée,Et laissons d'Andromède aller la destinée,Votre amour fait pour elle un inutile effort:Je la dois comme une autre au triste choix du sort. 255Elle est cause du mal, puisqu'elle l'est du crime:Peut-être qu'il la veut pour dernière victime,Et que nos châtiments deviendroient éternels,S'ils ne pouvoient tomber sur les vrais criminels.PHINÉE.Est-ce un crime en ces lieux, Seigneur, que d'être belle?CÉPHÉE.Elle a rendu par là sa mère criminelle. ”
Florent Carton dit Dancourt,
Céphale et Procris
“ Céphale, à genoux.Sur le coeur des mortels quels droits n'a point, Madame,Une aimable Divinité ?En est-il que votre beautéDes feux les plus ardents n'enflamme ? [800] Vous rallumez ceux du flambeau du jour,L'Univers vous doit la lumière,Vous pouvez de ceux de l'amourEmbraser la nature entière ;Maîtresse de nos libertés, [805] De tous nos voeux arbitre souveraine?L'aurore.Céphale, levez-vous, tant de respect me gêne,Et l'amour n'admet point ces inégalitésEntre deux coeurs unis d'une égale tendresse.Philacte, à part.La bonne pâte de Déesse ! [810] Céphale. ”
Adelphe Nouville, Le monde poétique (1844)
“ Mais, fuyant sur les mers le sol qui l'a vu naitre, Le nautonnier de loin cherche à le reconnaître ; Et de loin, s'il n'est point le plus grand des ingrats, Après l'avoir perdu, lui tend encor les bras! IV A UNE PRÊTRESSE DE CYPRIS. Prêtresse de Cypris, chère Cymodocée, Tu me suis ! tu veux lire en mes yeux ma pensée ! Mon sourire souvent paraît t'inquiéter' Que crains-tu, ton amie est-elle à redouter? Va! je connais l'amour : il suit toutes les belles!. Tu pâlis! trouves-tu ces paroles cruelles? Le moindre mot te cause un saisissant effroi : Prêtresse de Cypris, Cypris veille sur toi! ”
“ La tête de méduse ! Ô cieux !Céphée.Ma fille est le prix qu’il demande.cassiope et céphée.Quel prix peut trop payer cet effort glorieux ?Phinée.Le succès n’est pas sûr, souffrez que je l’attends :Souffrez que cependant mon amour se défendre [375] D’abandonner un bien si précieux ;persée encor n’est pas victorieux.Il sort. Scène IV III. céphée, cassiope, mérope. céphée.L’espoir dans nos cœurs doit renaître...Dieux, que Junon engage à servir son courroux,Dieux irrités, apaisez-vous ! [380] La vengeance du ciel n’a que trop au paraître. ”
Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort,
Fables de La Fontaine. Tome 2
(1825)
“ Des mages aussitôt consultant la science, D'un feint adolescent il prend la ressemblance, S'en va trouver Procris, élève jusqu'aux cieux Ses beautés, qu'il soutient être dignes des dieux; Joint les pleurs aux soupirs, commeun amant sait faire ; Et ne peut s'éclaircir par cet art ordinaire. Il fallut recourir à ce qui porte coup, Aux présents : il offrit, donna, promit beaucoup, Promit tant, que Procris lui parut incertaine. Toute chose a son prix. Voilà Céphale en peine : Il renonce aux cités, s'en va dans les forêts; Conte aux vents, conte aux bois ses déplaisirs secrets ”
Jacques Rivière,
Études: Baudelaire, Paul Claudel…
“ Il s'affole et blasphème, il affirme que l'homme sorti de la terre, doit revenir à la terre. Il ne comprend pas le sens de la mort de Cébès.—Cébès meurt de son inquiétude, mais dans cette inquiétude il trouve la certitude et la paix; il a si fort et si longtemps tiré sur ses chaînes terrestres qu'il obtient enfin le détachement suprême, l'attraction délicieuse, le ravissement en Dieu.—Tête-d'Or assiste, désolé et révolté, à sa béatitude et ne devine rien. ”
