“ Il a presque de la haine pour l’intrus qui fait de l’amante une pauvre malade sans grâce. Et, par excès d’élégance, il la délaisse vilainement. Puis, sans préméditation, parce qu’il a vu pleurer une fillette et voulut la consoler, il se laisse entraîner à un mariage qui navrera la pauvre femme douloureuse dont la chair sera déchirée par l’enfant, dont l’âme agonisera, torturée par le père. Et le livre se termine sur une scène d’une poignante émotion. Christiane, par les souffrances de l’amour et de la maternité, arrive à la juste compréhension de toute la vie. ”
Renée d’Ulmès
Élements biographiques
Citations de Renée d’Ulmès
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Un être à longue barbe, au visage tanné par le soleil de l'automne dernier, durci par la gelée de Vhiver actuel, un étre vêtu d'une tunique qui semble en terre glaise, un être qui semble subir tine mytérieuse pétrification comme si, homme de chair, il allait devenir homme de roche, voici, chère amie, ce que des mois de guerre ont fait de ton mari. Un homme de roche insensible au froid, au chaud, et, il faut bien le croire, aux éclats d'obus qui nous arrosent quotidiennement. Et l'âme et le cœur sont aussi changés, plus sensibles parce qu'ils comprennent davantage. ”
“ Mais sa Jeanne n’est pas de la race des serves, elle juge son mari et condamne sa mesquinerie par cette jolie phrase : « Quand on n’est pas sûr de donner assez, on donne trop ». Plus tard, après l’effroyable banqueroute de ses illusions, lorsqu’elle comprend que celui qui a été tout ne sera plus rien, Jeanne se résigne avec le courage des natures fières, et le pardon qu’elle accorde n’est que du dédain, son mari l’a faite mère, elle le tient quitte du reste. Maupassant a peint admirablement la profonde différence de l’amour paternel et de l’amour maternel. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ J'étais un soldat, ma vie devait servir à défendre. Je ressentis la haine de l'ennemi. On n'éloigne pas le loup avide de carnage, on le tue afin qu'il ne détruise plus les troupeaux inoffensifs. Alors je suis devenu un bon ouvrier de guerre, faisant le plus de besogne possible. Je n'ai risqué mavie que pour en sauver d'autres. Mon bras a été la rançon du lieutenant que j'ai pu sauver et j'ai abattu trois Allemands avant d'attraper une balle dans la jambe. ”
“ Car, vis à vis du mari, l’épouse a des droits, la trahison revêt un aspect de vengeance, mais, en face de l’enfant désarmé, elle a des devoirs, et elle y manque en l’élevant dans une atmosphère de mensonge. La tare des amours soi-disant libres, c’est qu’ils sont dans une société point libérale. Une femme, en donnant son corps, se trouve, de par la fatalité de sa nature, exposée à créer un être qui, conçu en dehors du mariage, portera un nom qui ne sera pas le sien, ne pourra jamais dire « mon père » à l’homme qui a éveillé sa vie. ”
“ Mais alors que Christiane sera pour Paul une aventure parmi des aventures, il est pour elle vraiment l’initiateur. Parce qu’il a posé sur elle un regard ardent, la cendre qui recouvrait son âme s’est envolée, l’âme somnolente s’est réveillée. Christiane devient soudain fine, coquette, adroite, variée, une femme au lieu d’une petite poupée. Elle qui subit le mariage sans ennui et sans joie, accepte la banalité des hommages qui glissaient sur son âme sans la pénétrer, rencontre un de ces hommes pour lesquels la préoccupation de l’existence est la Femme. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Mais nous connaissons des ennemis sournois, pareils aux moustiques et aux mouches qui harcèlent nos soldats, ce sont les oisifs qui n'ont eu ni la volonté, ni le dévouement d'accomplir une tâche et se vengent en cherchant un motif mesquin à toutes les abnégations. Comme on chasse à coups de serviette les essaims noirs des mouches bourdonnantes, qu'on disperse les bavards malfaisants. Car à l'heure actuelle, toutes les forces sont nécessaires pour persévérer. Certes, il fut méritoire d'entrer à l'hôpital et à l'ouvroir dans un bel élan d'abnégation. ”
“ L’amour paternel n’est pas instinctif, car l’homme s’enorgueillit de ses enfants légitimes parce qu’il voit en eux les continuateurs de sa race, tandis qu’il n’a pour le bâtard qui grandit sous un nom trompeur qu’une indifférence hostile. Légitime ou illégitime, la mère aime pareillement son petit. Guy avait montré l’amour maternel dans l’âme grande et profonde de Jeanne. Avec un art délicat, il note l’évolution de la petite âme puérile de Christiane qui, sensibilisée par l’amour, se perfectionne dans la maternité. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Mais nous connaissons l'angoisse de toutes les heures de savoir les nôtres là-bas, dans les tranchées, menant la vie rude et violente des combattants exposés aux obus meurtriers. Leurs lettres sont bien lentes à nous parvenir, alors nous les évoquons blessés, tués. Nous avons comme toutes les femmes de France notre part de douleur. Et un grand devoir s'impose à nous, soigner les blessés, accueillir les réfugiés, nous pencher sur tous les deuils et sur toutes les misères. ”
“ À Allevard où Guy accompagnait Mme de Maupassant, il eut la première idée d’écrire Mont Oriol, et lorsque son plan fut rigoureusement arrêté, il revint travailler à Cannes. Mais, dans le décor nouveau, il ne retrouva pas ses impressions, et artiste consciencieux, retourna à Allevard terminer l’ouvrage. Christiane et Paul sont de la même race de mondains attirés l’un vers l’autre par la curiosité, ce ferment d’amour. Car, en se révélant l’un à l’autre leur chair, deux êtres se révèlent l’âme secrète que chacun dissimule avec une pudeur morale peut-être plus grande que la pudeur physique. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Et tous ces combats glorieux, la Marne, les Eparges, elles les ont appris par les héros eux-mêmes. Elles ont leur part d'efforts et de responsabilités. Dans la lutte de la science contre la mort, le chirurgien, général en chef, dirige les infirmières, bons soldats qui combattent la fièvre et la souffrance. Et orsqu'un grand blessé, après des soins longs et pénibles, est enfin guéri, elles ressentent l'allégresse d'une victoire gagnée. ”
“ Car Jeanne eut, pour son fils, un amour passionné, mais un peu puéril ; elle s’attarda trop aux soins matériels et ne songea pas à lui façonner une âme. Combien cruellement elle expie cette imprévoyante tendresse ! Le fils, sans force morale, se laisse entraîner jusqu’à l’indélicatesse, puis, à l’heure de la détresse, lui écrit humblement. Et la femme qui a tenu rancune au mari pardonnera au fils. Parmi les héroïnes de Maupassant, Jeanne se dresse, pure et grave, symbole de la maternité. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Dans cette atmosphère mystérieuse, malgré leurs souffrances cruelles, ces blessés croyaient au miracle qui les ressusciterait tels qu'ils étaient avant la guerre. Ils gardaient l'espoir. Maintenant, ils ont franchi une étape. Leur sort est définitif. Demain, ils rentreront dans la vie civile, interrompue depuis des mois. Le paralysé résume ses pensées : — On serait retourné à la guerrre, faire son devoir, mais on ne peut plus. Avec ma jambe, je ne suis pas leste. ”
“ Certes, l’épouse mal mariée est libre de se reprendre, mais elle ne doit pas élever près de son fils aîné un enfant adultérin. Elle n’a pas songé, la triste femme, à l’heure de l’expiation, non pas la rupture, douleur ardente qui retire son apaisement de sa violence même, l’expiation, c’est le moment où son fils devra la juger. La mère apparaît divinisée à l’homme le plus sceptique. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ En voyant arriver la fillette, les convalescents ont un bon sourire qui détend leurs traits rudes. Ils songent à leurs enfants que, demain, ils vont retrouver, et aussi à tous les enfants de France que leur effort contribue à délivrer de l'ennemi. La fillette est d'abord interdite devant cet imposant groupe de soldats, puis lisant en leurs bons regards une vraie sympathie, rassurée, joyeuse, elle reprend de sa voix claire : « Allons ! enfants de la Paaie 1 » Et d'un irrésistible élan, la voix mâle des convalescents continue : « Le jour de gloire est arrivé! » ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Un docteur, les manches retroussées, se hâte vers la salle de pansements. Une odeur de chloroforme et d'eau phéniquée se mêle à l'acre senteur de boue et de drap mouillé qui, pour nous, évoque le champ de bataille. Et tous et toutes se demandent anxieusement : « De quels combats viennent-ils ? Quels spectacles de villes bombardées, d'agonisants et de morts ont-ils contemplés ? Quelles furent leurs souffrances passées, quand les engins meurtriers ont déchiré leur chair, et quelles souffrances futures leur seront imposées pour les guérir ? » ”
“ Maupassant, qui a compris toute la grandeur d’âme des mères, montre la comtesse sans colère et sans jalousie contre l’enfant innocente. Mère désespérée. Elle gravit chaque jour son calvaire, sans hostilité contre Annette, n’ayant qu’une tristesse résignée. Ainsi chacun est l’instrument inconscient de la fatalité. Annette est venue, et l’âme de la mère a été désespérée. Et l’amante passionnée envoie elle-même Olivier vers la mort brutale. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ D'autres palaces sont transformés en hôpitaux, et, à leur façade flotte le drapeau de la Croix-Rouge. Parmi ces demeures ainsi ennoblies est le Grand-Hôtel, devenu hôpital militaire temporaire, sous l'admirable direction de Mme M. Malgat. Un chirurgien en chel et des médecins sont secondés par des infirmières volontaires. L'entretien de l'hôpital est assuré par le ministère de la guerre. Les blessés sont arrivés souillés de boue et de sang, hâves, exténués. Ce sont les héros qui ont sacrifié leur vie, simplement, pour la défense de la patrie. ”
“ Ainsi qu’il lui plaît de parer son salon de bibelots précieux, elle aime orner son souvenir d’hommes intelligents et charmeurs. C’est une collectionneuse, pas une femme. Et cet être si factice donnera les émotions les plus ardentes, apportera la vie en l’âme jadis sommeillante de Mariolle. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ C'est avec orgueil qu'il a revêtu l'uniforme de simple soldat et a pris son poste à notre hôpital. Il a vu arriver les premiers blessés et, tous ses nerfs tendus, les a soulevés, leur évitant des secousses. Cet homme du monde a le dos un peu voûté, la poitrine creuse, le visage sillonné de petites rides. Avec ses yeux trop rapprochés, ses gestes vifs, il ressemble à un singe. ”
“ La femme est une impulsive, ses instincts sont voilés, non pas supprimés par la civilisation. Aux heures graves, elle redevient un être sincère. Or, le but de l’amour est l’enfant, et la femme aura une joie orgueilleuse à créer un être qui sera à la fois elle et l’homme qu’elle a passionnément aimé. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Sa mère est fière de lui, mais en bonne ménagère, elle regrette ses meubles, son linge qu'on a mis en lambeaux, sous ses yeux. Elle dit : — Ici, on ne se doute pas qu'il y a la guerre ! Alors une des dames de l'ouvroir, vêtue de deuil, réplique doucement : — Il n'est pas un coin de France où l'on ne souffre pas. nous avons notre part de peine ! En effet, cette mère a perdu son fils unique, tué à la guerre. Elle ne trouve d'apaisement à sa grande douleur qu'en se dévouant aux autres. ”
“ Guy devina que la vie soi-disant heureuse de la mondaine recèle souvent bien des tristesses inapaisées. Car, pour la femme qui a trouvé sa raison de vivre dans un amour, l’agonie de la jeunesse sera l’agonie de la vie sentimentale, dont la chaîne est tissée de minutes amoureuses que sa chair fanée ne pourra plus donner. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Je ne vous parlerai pas de toutes les étapes douloureuses et glorieuses que vous avez suivies en voyant arriver chaque convoi de blessés. Moi, simple soldat, j'ai vu que toutes les séparations de classes sont conventionnelles. Là-bas, le plus fort aide le plus faible. Celui qui reçoit des colis partage avec celui qui n'en a pas. Et la fraternité naît de la communauté de devoirs et de souffrances entre ces cultivateurs, ces rentier, ces professeurs, ces ouvriers. ”
“ Les héroïnes ne sont pas des exceptionnelles, mais de celles que nous rencontrons chaque jour, qui partagent nos préoccupations, sont tendres et menteuses, puériles et sublimes. Et ces êtres si divers ont un trait commun, la maternité. Nul mieux que Maupassant n’a peint la tendresse passionnée des mères, leur inlassable dévouement, leur renoncement sublime. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Cette année, tout ce monde s'occupe des blessés. Les fillettes tricotent et cousent pour eux. La mère leur confectionne des confitures, et le père se prive de tabac, ne boit plus de vin, économise afin d'apporter des douceurs, chaque dimanche, aux blessés que sa fille Marthe soigne avec un admirable zèle. Elle est le dévouement incarné dans une apparence de jeune fille. ”
“ Voici que, soudain, elle comprend qu’elle est la fée puissante qui peut, à son gré, faire haleter d’angoisse ou rayonner de joie cet homme, elle connaît l’enivrement de la domination, puis, vaincue par l’amour, elle connaît l’annihilation de la volonté, les heures où le corps, les nerfs, l’intelligence, tout l’être est volontairement asservi. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Soldats de France à l'âme héroïque et patiente, avec quelle admiration nous vous considérons ! Soldats combattants, soldats blessés, soldats morts, vous nous apparaissez tous, si héroïques, qu'il nous semble que jamais nous ne pourrons. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Elles se disent: « Le gouvernement le soignera ». Mais les mères s'inquiètent, pensent : « Ces dames de la Croix-Rouge, elles ne savent pas, peut-être, que mon petit aime à boire son café au lait bien sucré. S'il n'avait pas de sucre ! » Elles se privent et elles envoient toutes des mandats à leurs enfants. Raoul expédiait souvent des cartes postales à sa mère. Il écrivait péniblement quelques lignes : « Ça va très bien, le bras fracturé seulement. Ton fils pour la vie ». Or une neuvième opération fut nécessaire pour enlever un éclat d'obus qui avait déterminé un abcès au genou. ”
“ Ils sont les victimes inconscientes de la fatalité qui trouble la quiétude d’un amour parvenu à l’heure sereine. C’est aussi la Fatalité qui amène la mort d’Olivier. Et, cet acquiescement à une volonté surnaturelle prend une grandeur émouvante. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Cette besogne volontaire associe les enfants à la grande tâche patriotique. C'est le haut enseignement de la guerre. En cousant la flanelle des plastrons, elles songent aux pères et aux frères qui ont froid dans les tranchées. Les chemises qu'elles rapiècent sont pour les grands blessés, dont on leur parle avec respect. Une femme me dit : — Mon mari est mobilisé, moi je n'ai pas le temps de lire le journal. On serait comme des sauvages si les petites ne nous disaient pas ce que Madame la directrice leur raconte de la guerre. ”
“ Après son œuvre de début, Boule de suif qui, d’emblée, consacra sa gloire, le jeune romancier publiait, en 1882, Une vie, atteignant le plus noble succès auquel un artiste puisse prétendre : faire une œuvre qui, par sa forme raffinée, contente les lettrés et, en même temps, dégage assez d’humanité pour être comprise de tous. ”
Renée d’Ulmès, Auprès des blessés (1916)
“ Le hall est décoré de plantes vertes, le vaste escalier de marbre brillamment éclairé, et sur les tables des vestibules, œillets, roses et mimosas, enlevés des chambres de malades, mêlent leurs parfums délicats aux effluves de chloroforme, d'éther, d'iodoforme. Au lieu de jeunes femmes et de jeunes filles en robes de soie et gazes multicolores, aux cheveux blonds et bruns, ornés d'aigrettes, de perles et de diamants, ce sont les silhouettes uniformes, jen blouses de toile blanche, aux voiles blancs, qui, silencieuses et rapides, se rendent dans les salles. ”
