“ Je sens parfaitement, Cyrus, que j’ai deux âmes : c’est une philosophie que vient de m’enseigner l’amour, ce dangereux sophiste : car enfin une seule et même âme ne peut être à la fois bonne et mauvaise, aimer à la fois le bien et le mal, vouloir tout ensemble une chose et ne la vouloir point. Oui, sans contredit, nous avons deux âmes ; quand la bonne est maîtresse, elle fait le bien ; quand c’est la mauvaise, elle fait le mal : maintenant que ma bonne âme est forte de ton secours, elle a sur l’autre un empire absolu. ”
Xénophon
Élements biographiques
Xénophon, historien, philosophe et stratège grec du Ve siècle av. J.-C., incarne la synthèse de la pensée socratique et de l’expérience militaire. Son œuvre, marquée par l’Anabase — récit épique de la retraite des Dix Mille — et la Cyropédie, un traité idéologique sur le leadership, traite des enjeux de la guerre, de la politique et de l’éthique.
Proche de Socrate, il développe une philosophie pratique, illustrée dans les Mémorables et le Banquet, tout en critiquant les régimes démocratiques et les tyrannies. Son héritage, à la croisée de l’histoire et de la réflexion stratégique, influence durablement la pensée antique et les conquêtes hellénistiques.
Citations de Xénophon
Xénophon,
Retraite des Dix-Mille
“ Les Grecs lui répondirent, Cléanor d’Orchomène portant la parole : « Ô le plus méchant des hommes, Ariée ! Ô vous tous qui étiez dans l’intimité de Cyrus ! pouvez-vous lever les yeux sans rougir vers les Dieux ou sur les hommes ; vous qui ayant juré d’avoir les mêmes amis et les mêmes ennemis que nous, avez depuis machiné notre perte avec Tissapherne, le plus impie et le plus scélérat des mortels ; avez égorgé les généraux mêmes qui avaient reçu votre serment, et nous ayant tous trahis, marchez contre nous avec nos ennemis ? » ”
“ Mes amis, voici qu’il nous arrive un excellent homme, et il est temps que tout le monde sache ce qu’il a fait. Ce n’est ni la honte du crime, ni la crainte de ma colère, qui l’a fait partir ; c’est moi qui l’ai envoyé dans le camp des ennemis, pour pénétrer dans leurs tentes et nous instruire nettement de ce qui est. Oui, Araspe, je me souviens de nos promesses, et nous nous unirons tous pour les remplir. Il est juste, camarades, que vous honoriez avec moi la vertu d’un homme qui, pour nous servir, a eu le courage d’affronter le danger et le poids apparent d’un crime. ”
