“ Araspe, je te vois tremblant et confus ; rassure-toi. J’ai ouï dire que des Dieux ont été vaincus par l’amour ; et je sais dans quels écarts il a souvent entraîné les hommes réputés les plus sages : moi-même je sens, quand je me trouve avec de belles femmes, que je n’ai pas assez d’empire sur moi pour les regarder d’un œil indifférent. C’est moi d’ailleurs, qui suis cause de ton malheur, moi qui t’ai enfermé avec cet invincible ennemi. — Ah ! Cyrus, tu es toujours toi-même, bon et indulgent pour les faiblesses de l’humanité, tandis que les autres hommes ne cherchent qu’à m’accabler. ”
Résumé
Xénophon, dans La Cyropédie, raconte avec un mélange de récit historique et de réflexion politique l'ascension au pouvoir de Cyrus, fondateur de l’Empire perse. À travers des dialogues et des discours, l’œuvre aborde les thèmes de la guerre, de la fidélité et de la vertu du chef, illustrés par les actes de Cyrus envers ses troupes, ses alliés et ses adversaires.
Les groupes comme les Perses, les Mèdes ou Gobryas structurent une réflexion sur l’art de la conquête et l’importance de l’unité. L’œuvre, rédigée en grec, combine narration et enseignements éthiques, soulignant que la vraie force réside dans le courage et le désir de partager les risques avec ses soldats.
Citations de La Cyropédie (Xénophon)
“ Cyrus, reprit Chrysante, si tu assemblais de même tes soldats, si tu les haranguais, tu en as encore le temps, est-ce que tes discours ne redoubleraient pas leur ardeur ? — Mon cher Chrysante, ne te mets point en peine des harangues du roi d’Assyrie ; il n’y en a point d’assez puissantes pour transformer subitement en braves soldats les poltrons, en archers habiles ceux qui manqueraient d’exercice, en bons lanciers, en cavaliers instruits ceux qui ne seraient ni l’un ni l’autre. On n’en ferait pas même de bons esclaves, s’ils n’étaient accoutumés à la fatigue. ”
“ Jusqu’à présent vous vous êtes servis, ainsi que nous, de l’arc et du javelot ; mais, moins exercés que des guerriers qui avaient puis de loisir, il n’est pas étonnant que vous fussiez moins adroits. Avec cette armure que voici, nous n’aurons sur vous aucun avantage : chacun aura la poitrine garnie d’une cuirasse, la main gauche armée d’un bouclier tel que nous le portons, et la droite, d’une épée ou d’une hache pour frapper l’ennemi sans craindre que nos coups portent à faux. Quelle autre différence peut-il donc y avoir entre nous que celle de la bravoure ? ”
“ Aussi Gobryas, se levant pour s’en retourner, dit à Cyrus : « Je ne suis plus surpris, Cyrus, qu’avec tout notre or, nos vases précieux, nos vêtemens, nous valions moins que vous. Nous mettons, nous, tous nos soins à les amasser ; vous ne travaillez, vous et vos Perses, qu’à vous rendre meilleurs. — À demain, Gobryas, reprit Cyrus ; viens nous joindre dès le matin avec tes cavaliers tout armés : j’examinerai l’état de tes forces ; puis tu dirigeras notre marche à travers ton pays, en nous indiquant ce qui appartient à nos amis, ce qui est à nos ennemis. » ”
“ Quel homme, s’il n’est dépourvu de sens, tournerait le dos à des ennemis en fuite ? Qui refuserait, ou leurs armes quand ils les livrent, ou leurs fortunes et leurs personnes lorsqu’ils les abandonnent, surtout ayant un général comme le nôtre, qui, j’en prends les Dieux à témoin, trouve plus de plaisir à nous faire du bien qu’à grossir son trésor ? » À ces mots, tous les Mèdes s’écrièrent : « C’est toi, Cyrus, qui nous as fait sortir de notre patrie ; c’est avec toi que nous y rentrerons quand tu le jugeras à propos. » ”
“ Le cheval se relève ; Cyrus gagne la plaine, atteint le cerf qu’il perce de son dard. Grand et magnifique exploit ! Il s’en applaudissait, lorsque ses gardes l’ayant joint, le réprimandèrent, et lui dirent le danger qu’il avait couru ; ils ajoutèrent qu’ils en avertiraient le roi. Cyrus ayant mis pied à terre, se tenait debout devant eux, chagrin de cette réprimande, lorsque soudain il entend un cri : hors de lui‐même, il saute sur son cheval, voit un sanglier venir droit à lui, court au‐devant, lui lance son dard avec tant de justesse, qu’il le frappe entre les yeux et l’étend mort. ”
“ Dès que Panthée eut appris la retraite d’Araspe, elle fit dire à Cyrus : « Prince, que la défection d’Araspe ne te chagrine point ; si tu me permets d’envoyer un courrier à mon mari, je te promets un ami plus fidèle qu’Araspe, et qui, j’en suis certaine, viendra suivi d’autant de troupes qu’il en aura pu rassembler : Abradate était aimé du père de celui qui occupe le trône d’Assyrie ; mais le fils ayant tout fait pour semer la discorde entre lui et moi, nul doute que mon époux, qui le regarde comme un homme sans mœurs, ne l’abandonne volontiers pour s’attacher à un prince tel que toi. » ”
“ Soldats, leur dit-il, vous êtes tous nés et élevés dans le même pays que nous ; vos corps ne sont pas moins robustes, vos âmes doivent être aussi courageuses. Il est vrai que dans notre patrie vous ne partagiez pas nos prérogatives ; non par aucun motif d’exclusion, mais parce que vous étiez contraints de travailler peur vivre. Aujourd’hui, avec l’aide des Dieux, je m’occuperai de vos besoins. Il ne tient qu’à vous de prendre des armes semblables aux nôtres, de partager les mêmes dangers, et de prétendre aux mêmes récompenses si la victoire couronne notre valeur. ”
“ Si tu as à cœur de laisser à ton départ l’Arménie tranquille, comptes-tu y parvenir plus sûrement avec un nouveau gouvernement qu’en laissant subsister l’ancien ? Si tu veux emmener d’ici un corps d’armée, qui sera plus capable de choisir les soldats que celui qui les a souvent employés ? S’il t’arrive d’avoir besoin d’argent, qui pourra mieux t’en procurer que celui qui connaît les ressources de l’état et qui en dispose ? Ô brave Cyrus, prends garde, en nous perdant, de te faire plus de tort à toi-même que mon père n’eût voulu t’en faire. ”
“ Il prit donc le parti de les mener à l’ennemi. Il savait qu’un sentiment d’affection mutuelle attache l’un à l’autre des hommes qui partagent les mêmes périls : bien loin de porter envie à celui qui a de plus belles armes, à celui qui a la passion de la gloire, on le loue, on l’affectionne, on ne voit plus en lui que ce qu’il fait pour le bien général. Après avoir donc armé ses soldats le mieux qu’il put, et les avoir rangés en bataille, il appela les myriarques, les chiliarques, les taxiarques et les chefs d’escouade. ”
“ Ceux-là même envient aujourd’hui mon sort, et demandent à tous les Dieux de pouvoir montrer un jour qu’ils sont aussi fidèles que moi envers leurs amis ; qu’ils ne cèdent jamais à l’ennemi tant qu’ils ont un souffle de vie, à moins qu’ils n’aient le ciel contre eux ; et qu’ils font plus de cas de la vertu et de la bonne renommée, que de ton opulence jointe à celle des Syriens et des Assyriens. Ce sont des hommes de ce caractère que tu vois ici. — Au nom des Dieux, Seigneur, reprit Gobryas en souriant, indique-les moi, afin que je t’en demande un pour mon gendre. ”
“ Tous ceux qu’elles rencontrent dans les rues de la ville, ou sont passés au fil de l’épée, ou se sauvent dans les maisons, ou jettent l’alarme par leurs cris : les soldats de Gobryas répondent à ces cris, comme s’ils étaient leurs compagnons de débauche, et, prenant le chemin le plus court, arrivent au palais, où ils se réunissent à la troupe de Gadatas. Les portes étaient fermées, et les soldats de la garde buvait autour d’un grand feu : ceux qui avaient ordre de les attaquer, en les chargeant avec impétuosité, leur font sentir qu’ils ne viennent pas les visiter comme amis. ”
“ Que ceux d’entre vous qui craindraient d’être envoyés en garnison loin de leur pays, n’aient pas d’inquiétude : nous autres Perses, qui sommes déjà loin de notre patrie, nous nous chargerons de la garde des lieux les plus voisins de l’ennemi. Pour vous, défendez et cultivez les cantons de l’Assyrie, limitrophes de vos habitations. Si nous réussissons à défendre ceux qui avoisinent l’ennemi, vous qui en êtes à une si grande distance, vous vivrez dans une paix profonde : car les Assyriens, je crois, ne fermeront pas les yeux sur des périls prochains, pour aller au loin vous attaquer. ”
“ Toutes ces richesses que tu vois, je les tiens de la libéralité de Cyrus. — Que je te trouve heureux, s’écria le Sace, surtout parce que tu as été pauvre avant que d’être riche ! je m’imagine qu’ayant éprouvé la disette, tu goûtes beaucoup mieux le plaisir de l’abondance. — Tu crois donc que mon bonheur s’est accru en proportion de ma fortune ? Ignores-tu que je n’ai pas plus de plaisir à manger, à boire, à dormir, que je n’en avais étant pauvre ? Ce que je gagne à ma nouvelle fortune, c’est d’avoir plus de choses à garder, plus de gens à payer, d’être embarrassé de plus de soins. ”
“ Mes amis, en vous voyant ainsi armés et impatiens de vous mesurer avec l’ennemi, en considérant que les Perses qui vous suivent n’ont des armes, que pour combattre de loin, j’ai craint que si, en petit nombre, vous rencontriez, sans être soutenus, un corps nombreux, il ne vous arrivât quelque malheur. Comme les Perses que vous amenez sont robustes, ils auront des armes semblables aux vôtres : c’est à vous d’exciter leur courage. Un chef doit non seulement se montrer brave, mais encore s’efforcer d’inspirer sa bravoure à ceux qu’il commande. ”
“ « Tigrane, ne témoigne point à ton père aucun ressentiment de ma mort ; c’est par ignorance, non par méchanceté qu’il m’ôte la vie : or, j’estime que les fautes commises par ignorance sont involontaires. » — L’infortuné ! s’écria Cyrus. — Seigneur, répliqua le roi, quand un mari tue celui qu’il surprend dans un commerce criminel avec sa femme, c’est moins pour la détourner du crime que pour punir un ennemi qui lui ravit un cœur que lui seul avait droit de posséder. ”
“ Gobryas, répliqua Cyrus, tu me parais surpris que dans le temps où je suis venu ici, avec des troupes moins considérables, je les aie conduites jusque sous les murs, et que dans ce moment où leur nombre est augmenté, je ne veuille plus les en approcher : cesse de t’étonner. Il est différent, Gobryas, de mener une armée à l’ennemi, ou de vouloir seulement passer à sa vue. Dans le premier cas, on avance en suivant l’ordonnance la plus avantageuse pour le combat : dans le second, un général prudent songe moins à la célérité qu’à la sûreté de la marche. ”
“ L’ambition d’exécuter des entreprises difficiles, la multiplicité fatigante des affaires, un genre de vie ennemi du repos, un désir inquiet d’imiter mes actions, des embûches à dresser ou à éviter ; voilà le partage de celui qui régnera : tu seras exempt de tous ces soins, qui sont autant d’obstacles au bonheur. Toi, Cambyse, n’oublie jamais que ce n’est point ce sceptre d’or qui conservera ton empire : les amis fidèles sont le véritable sceptre des rois, et leur plus ferme appui. ”
“ Le Mède Rambacas suivra les Perses avec sa cavalerie. Toi, Tigrane, tu marcheras après lui, à la tête de la tienne ; puis les autres hipparques, chacun avec les troupes qu’ils ont amenées. Saces, vous les suivrez. Les Cadusiens, qui sont arrivés les derniers, fermeront la marche. Et toi, Alceuna, qui les commandes, tu veilleras sur l’arrière-garde ; et qu’il ne reste personne derrière tes cavaliers. Que les chefs et tous les bons soldats marchent en silence : la nuit on a plus besoin des oreilles que des yeux pour être instruit de ce qui se passe, et pour agir. ”
“ À l’égard de la science et des exercices de la guerre, gardons-nous d’y jamais initier ceux que nous destinons à labourer nos terres et à nous payer tribut. Conservons notre supériorité dans cet art : nous savons que les Dieux l’ont donné aux hommes pour être l’instrument de la liberté et du bonheur. Enfin, par la même raison que nous avons dépouillé les vainqueurs de leurs armes, nous ne devons jamais quitter les nôtres, bien pénétrés de cette maxime, que plus on est près de son épée, moins on éprouve de résistance à ses volontés. ”
“ Vous le savez, disait-il ailleurs ; poursuivre l’ennemi, frapper, tuer, s’emparer de tout, s’entendre louer, être libres, commander, voilà le partage des vainqueurs : un sort tout contraire attend les lâches. Que ceux qui s’aiment combattent donc avec moi ; je ne donnerai l’exemple ni de la lâcheté ni d’aucune action honteuse. S’il rencontrait quelques-uns des soldats qui s’étaient trouvés à la première bataille : Amis, leur disait-il, qu’est-il besoin de vous parler ? vous savez comment les braves et les lâches passent leur temps un jour de combat. ”
“ J’ai souvent ouï dire à mon père, à vous-même, et tout le monde en convient, que le courage décide du sort des combats bien plus que la force. » Ainsi parla Cyrus. Cyaxare lui répondit en ces termes : « Cyrus, et vous Perses ici présens, ne me soupçonnez pas de vous fournir à regret des subsistances : je pense néanmoins, ainsi que vous, qu’il n’y a rien de mieux à faire que d’entrer en Assyrie. — Puisque c’est l’avis général, reprit Cyrus, préparons nos équipages ; et si les Dieux sont pour nous, partons sans différer. » ”
“ Je ne nourrissais qu’un sentiment au fond de mon cœur ; je me demandais impatiemment quand enfin je me vengerais d’un barbare, abhorré des Dieux et des hommes, qui porte une haine irréconciliable, non à ceux qui l’offensent, mais à celui qu’il soupçonne valoir mieux que lui. Aussi, pervers comme il est, jamais il n’aura pour alliés que des hommes encore plus pervers que lui : si parmi ces alliés il en découvre un dont le mérite lui fasse ombrage, crois, Cyrus, que tu n’auras point à combattre cet homme de mérite ; laisse agir le roi, il tentera tout pour le perdre. ”
“ Ceux qui ont mis en fuite vos archers et vos gens de trait, arrivent avec un renfort considérable de troupes qui ne leur cèdent point en bravoure. Leur infanterie, pesamment armée, mit la vôtre en déroute ; aujourd’hui leur cavalerie, armée de même, va se mesurer avec la vôtre : ce n’est ni avec l’arc et le dard, ni de loin, que chaque cavalier prétend combattre, mais de près, et un redoutable javelot en main. Ils ont des chars construits non pour fuir comme autrefois, mais pour se faire jour à travers les bataillons. ”
“ On vit alors combien il importe à un chef d’être aimé de ceux qu’il commande. Un cri général se fait entendre ; on se précipite avec fureur sur l’ennemi ; on pousse, on est repoussé ; on porte des coups, on en reçoit : enfin, un garde de Cyrus saute de son cheval, et remonte le prince, qui reconnaît que les Égyptiens sont battus de toutes parts. Hystaspe et Chrysante venaient d’arriver avec la cavalerie perse : Cyrus leur ordonne de ne pas presser davantage la phalange égyptienne, mais de la fatiguer de loin à coups de flèches et de dards. ”
“ Ainsi, que la couronne soit à toi, Cambyse : les dieux te la défèrent ; et ton père, autant qu’il est en son pouvoir. Toi, Tanaoxare, tu auras le gouvernement de la Médie, de l’Arménie et du pays des Cadusiens. Si je lègue à ton frère une autorité plus étendue avec le titre de roi, je crois t’assurer une condition plus douce et plus tranquille. Que manquera-t-il à ta félicité ? Tu jouiras de tous les biens qui peuvent rendre les hommes heureux ; et tu en jouiras sans trouble. ”
“ Je crois avoir remarqué dans la conduite de Cyrus, qu’une de ses maximes était qu’un prince, pour s’attacher ses sujets, ne doit pas se contenter de les surpasser en vertu, mais qu’il doit encore user d’une sorte d’artifice. Il prit donc l’habillement des Mèdes, et engagea les grands à l’imiter ; parce que cet habillement a le double avantage de cacher les défauts du corps et de faire paraître les hommes plus grands et plus beaux : car la chaussure médique est faite de manière qu’on peut placer en dedans, sans qu’on s’en aperçoive, de quoi hausser la taille. ”
“ Amis, qu’un tel malheur ne nous arrive point : et puisque la conscience nous dit que nous avons, dès l’enfance, contracté l’habitude du courage et de la vertu, marchons à l’ennemi, que je sais, pour l’avoir vu de près, être incapable de tenir contre nous. On n’est point bon soldat, pour savoir tirer de l’arc, lancer le javelot, ou manier un cheval si dans les grandes occasions on se laisse vaincre par la fatigues et les veilles : or les Assyriens, peuple mou, ne peuvent ni soutenir les travaux, ni résister au sommeil. ”
“ Si vous jugez qu’à cheval nous soyons plus utiles, je me flatte que notre ardeur ne sera point en défaut : si vous nous croyez plus propres à vous seconder en combattant à pied, nous serons bientôt descendus et devenus fantassins ; nous trouverons alors des gens qui garderont nos chevaux. — Seigneur, répondirent les Mèdes et les Hyrcaniens, nous n’avons personne à qui nous destinions ces chevaux ; et quand nous aurions l’intention de les donner, nous y renoncerions, puisque vous les désirez : disposez-en comme il vous plaira ; ils sont à vous. — Je les accepte, dit Cyrus ”
“ Tu ajoutais encore, qu’il n’est pas même permis de demander aux Dieux de sortir victorieux d’un combat à cheval, lorsqu’on n’a point appris l’équitation ; de l’emporter sur d’habiles archers, quand on ne sait pas tirer de l’arc ; de gouverner sagement un vaisseau, lorsqu’on ignore la manœuvre ; d’avoir une abondante moisson, quand on n’a point semé ; d’échapper aux périls de la guerre, lorsqu’on ne pourvoit pas à sa défense. ”
“ Cyrus à Cyaxare, salut. Nous ne vous avons point abandonné ; car on n’est point abandonné de ses amis lorsque, par leur courage, on triomphe de ses ennemis. Loin que notre départ vous ait exposé à quelque danger, nous avons assuré votre repos d’autant plus sûrement que nous nous sommes plus éloignés de vous. Ce n’est pas en restant oisifs auprès de ses amis qu’on pourvoit à leur sûreté ; c’est en repoussant leurs ennemis le plus loin qu’il est possible qu’on les met à l’abri du péril. Vous vous plaignez, Cyaxare ”
“ À votre premier ordre, dit Gobryas, je vous livrerai mes châteaux ; je vous paierai pour mes terres le même tribut que je payais au roi d’Assyrie : lorsque vous serez en guerre, je vous accompagnerai avec toutes les forces de mon pays. J’ai de plus une fille nubile, que j’aime tendrement ; j’espérais, en l’élevant, la voir un jour l’épouse du prince régnant : elle-même, Seigneur, est venue, fondant en larmes, me supplier de ne la pas livrer au meurtrier de son frère ”
“ Cyrus et tous les convives rirent beaucoup de cette question : on en riait encore quand Hystaspe dit au prince : « Seigneur, de ta royauté je n’envie qu’une seule chose. — Eh quoi ? — Le secret que tu as, froid comme tu es, de faire rire les autres. — Tu donnerais donc beaucoup pour que tu fusses l’auteur de ces plaisanteries, et qu’on pût dire à celle à qui tu veux plaire, que tu as le même talent ? » ”
“ S’ils sont méchans, c’est pour tout autre que le maître qui les gouverne et qui vit à leurs dépens, tandis que les hommes ne s’élèvent contre personne avec plus de violence que contre ceux en qui ils aperçoivent le projet de dominer. Je concluais de ces réflexions qu’il n’est pas pour l’homme d’animal plus difficile à gouverner que l’homme. Mais quand je considérai que le Perse Cyrus maintint sous ses lois un grand nombre d’hommes, de cités, de nations, alors contraint de changer d’avis, je reconnus qu’il n’est ni impossible, ni même difficile, avec de l’adresse, de commander à des hommes. ”
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