“ La Dryade regarde au ciel silencieux... — La blanche Séléné laisse flotter son voile, Craintive, sur les pieds du bel Endymion, Et lui jette un baiser dans un pâle rayon... — La Source pleure au loin dans une longue extase... C’est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase, Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé. — Une brise d’amour dans la nuit a passé, Et, dans les bois sacrés, dans l’horreur des grands arbres, Majestueusement debout, les sombres Marbres, Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid, — Les Dieux écoutent l’Homme et le Monde infini ! ”
Arthur Rimbaud
Résumé
Poésies, recueil d'Arthur Rimbaud publié en 1895, rassemble les poèmes écrits entre 1870 et 1872, majoritairement rédigés durant sa jeunesse. Publié posthume par Léon Vanier, accompagné d'une préface de Paul Verlaine, il inclut des œuvres comme Le Bateau ivre ainsi que des textes de la période classique de l'auteur, marquée par une évocation intense de la nature, du divin et de la jeunesse.
Les thèmes récurrents — ciel, flots, parfums — révèlent une quête poétique à la fois lyrique et révolutionnaire, tandis que les Derniers vers annoncent une rupture stylistique. Ce recueil, loin d'être « complet », reste un témoignage fondamental de l'émergence d'un génie en pleine débâcle créative.
Citations de Poésies (Arthur Rimbaud)
“ L'ardeur de l'été fut confiée à des oiseaux muets et l'indolence requise à une barque de deuils sans prix par des anses d'amours morts et de parfums affaissés.Après le moment de l'air des bûcheronnes à la rumeur du torrent sous la ruine des bois, de la sonnerie des bestiaux à l'écho des vals, et des cris des steppes.Pour l'enfance d'Hélène frissonnèrent les fourrés et les ombres, et le sein des pauvres, et les légendes du ciel.Et ses yeux et sa danse supérieurs encore aux éclats précieux, aux influences froides, au plaisir du décor et de l'heure uniques. ”
“ L'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes; La soie, en foule et de lys pur des oriflammes Sous les murs dont quelque pucelle eut la défense; L'ébat des anges;—non... le courant d'or en marche, Meut ses bras, noirs, et lourds, et frais surtout, d'herbe. Elle, Sombre, ayant le ciel bleu pour ciel de lit, appelle Pour rideaux l'ombre de la colline et de l'arche. II Eh! l'humide carreau tend ses bouillons limpides! L'eau meuble d'or pâle et sans fond les couches prêtes. Les robes vertes et déteintes des fillettes Font les saules, d'où sautent les oiseaux sans brides. Plus pure qu'un louis, jaune et chaude paupière ”
