Camille Lemonnier

Camille Lemonnier

Happe-Chair (1886)

Résumé

Portrait de Camille Lemonnier Camille Lemonnier Happe-Chair (1886)

Puis la meute des flammes écarlates replongeait aux gueules des fours, ne laissant de son passage qu’une traînée rose, furtive, qui allait mourir dans les fonds apaisés, tout baignés de la bleue lueur des lampes.
C’était pour Huriaux, comme un peu de sa vie qui remuait là-bas dans l’espace, sous les sérénités profondes du ciel : tout petit, il avait respiré les haleines de la fournaise ; il avait grandi dans la flamme ; il ne se souvenait que de jours pareils entre eux, tous consumés dans l’effort haletant et l’éternel labeur de l’usine.
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Portrait de Camille Lemonnier Camille Lemonnier Happe-Chair (1886)

Après les scandales et les déboires de sa vie conjugale, le passeur était venu échouer à la Californie, n’emportant de son ménage à vau-l’eau que des restes de mobilier laissés par Félicité et une fillette de dix ans, la petite Clara, poussée à travers les ignominies du mariage d’un jet de jolie fleur saine sur un fumier. Elle avait grandi dans la débauche et le désordre maternels, sous les injures à pleine gueule d’un père ivrogne et violent qui la battait, battait la mère, cassait tout dans la maison, lâché comme une bête fauve.
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Portrait de Camille Lemonnier Camille Lemonnier Happe-Chair (1886)

Puis brusquement ce fut, dans les chambres aux cadavres, une bousculade d’allées et venues qui, pendant trois immenses quarts d’heure, remplit l’infirmerie de cris déchirants. Mme Jamioul, à l’entrée, d’un mot informait les arrivants, son mouchoir aux lèvres pour étouffer les sanglots qui, devant toutes ces infortunes, lui montaient à la gorge. Et dès qu’ils savaient que celui pour lequel ils venaient n’était plus, ils avaient un han effrayant, leur souffle et leur vie tout à coup coupés au ras de la bouche. Ensuite on les entendait s’affoler, criant : Miséricorde ! Jésus mon Dieu !
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