“ Voici que je quitte l’autel ; je me livre entre vos mains pour être égorgée, massacrée, pendue par le cou ! Ô fils, moi, ta mère, afin que tu ne meures pas, je vais dans le Hadès ! Si tu échappes à la mort, souviens-toi de ta mère et de ce que j’ai souffert en périssant, et dis à ton père, tandis qu’il t’embrassera, dis-lui, en versant des larmes et en l’entourant de tes bras, quels maux j’ai soufferts. Pour tous les hommes, les enfants sont la vie. Si quelqu’un les en blâme, ne connaissant pas le bonheur d’avoir des enfants, et s’il n’en souffre pas, il est heureux dans le malheur. ”
Euripide
Résumé
“ANDROMAKHÈ”, est une œuvre de Euripide . Des thèmes tels que demeure, Troia ou Akhilleus y sont abordés.
Citations de ANDROMAKHÈ (Euripide )
“ À cause d’elle, ô Troia, le rapide Arès, venu avec les mille nefs de la Hellas, te ravagea par le fer et le feu, et le fils de la maritime Thétis traîna derrière son char, autour des murailles, Hektôr, mon mari, à moi malheureuse, et moi-même, arrachée de mon lit nuptial, je fus emmenée sur le rivage de la mer, la tête couverte du voile servile. D’abondantes larmes ruisselèrent de ma face, quand je laissai ma ville et mon lit nuptial, et mon mari dans la poussière. Hélas ! malheureuse ! que me servait de voir encore la lumière pour être esclave d’Hermionè ? ”
“ N’êtes-vous pas toujours surpris disant une chose de la langue et en pensant une autre ? Puissiez-vous périr ! Mourir n’est pas pour moi aussi cruel que tu le crois. Tout m’a fait mourir depuis que la malheureuse Ville des Phryges a été consumée et que mon illustre mari est mort, lui dont la lance a souvent fait de toi un lâche marin au lieu d’un hoplite de terre. Et maintenant, brave contre une femme, tu me tues ! Tue-moi donc, car, certes, ma langue ne vous flattera jamais, ni toi, ni ta fille. ”
“ Ou j’échapperai à la mort, et tu tueras mon fils. Mais comment son père supportera-t-il d’une âme égale la mort de son fils ? Troia ne l’a point nommé un lâche comme toi ; il va où il faut qu’il aille, et il se montrera digne de Pèleus et de son père Akhilleus. Il chassera ta fille de ses demeures. Et toi, en mariant celle-ci à quelque autre, que diras-tu ? Qu’elle a fui un mauvais mari par pudeur ? Mais ce sera faux. Qui l’épousera ? La garderas-tu sans mari, veuve et vieillissant dans ta demeure ? ô homme misérable ! ne vois-tu pas les maux innombrables qui t’attendent ? ”
“ Je veux vivre une vie honorée qui n’acquière la puissance, en dehors du droit, ni dans le mariage, ni dans les affaires publiques. Épôde. Ô vieillard Aiakide, je crois que tu as été très célèbre par ta lance, avec les Lapithes, contre les Kentaures, et que, sur la nef Argô, pour une expédition illustre, tu as passé les Symplègades maritimes et inhospitalières, et quand, autrefois, l’illustre fils de Zeus ravagea la ville d’Ilios, que tu revins en Europa, jouissant d’une gloire égale. ”
“ PÈLEUS. Hélas ! Quelles mauvaises mœurs sont dans la Hellas ! Quand une armée élève des trophées sur des ennemis, on ne songe pas qu’ils sont dus aux fatigues des guerriers, mais le stratège en emporte toute la gloire, lui qui, seul, avec mille autres, vibrant la lance, n’a fait rien de plus que chacun d’eux et possède la plus grande renommée. Siégeant, avec arrogance, dans les magistratures de la Cité, ils respirent l’orgueil, au-dessus du peuple, bien qu’ils soient des hommes de rien. ”
“ Est-ce toi qui, commandant aux plus vaillants des Hellènes, as enlevé autrefois Troia à Priamos, lâche que tu es ? Toi, qui, d’après les paroles de ta fille encore enfant, montres une telle arrogance, et qui luttes contre une malheureuse femme esclave ? Je ne te juge ni digne de Troia, ni vainqueur de Troia. Il en est qui brillent au dehors et sont tenus pour sages, mais qui, au dedans, sont tels que tous les autres hommes, à moins qu’ils ne l’emportent par les richesses, car cela est toujours très puissant. Ménélaos, allons ! ”
“ Si nous souffrons de cette maladie du désir beaucoup plus que les hommes, nous en usons avec retenue, Ô très cher Hektôr ! si Kypris te troublait parfois, j’aimais, à cause de toi celles qui te plaisaient. Et, souvent, j’offrais ma mamelle à tes bâtards, sans te faire aucune peine. Et, ainsi, je me conciliais mon mari par ma vertu ; mais toi, par jalousie, tu ne permets pas qu’une seule goutte de rosée aithérée arrive à ton mari. Femme ! prends garde de surpasser ta mère en désirs de l’homme. Les enfants qui ont l’esprit sain doivent éviter les mauvaises mœurs de leurs mères. ”
“ Que m’importait, en effet, de m’inquiéter de mon mari, à moi qui avais tout ce dont j’avais besoin ? Je possédais d’abondantes richesses, je commandais dans ces demeures, j’aurais enfanté des enfants légitimes, et elle n’aurait eu que des bâtards à demi esclaves de mes fils. Jamais, jamais, je le répète, il ne faut que les hommes sages permettent que d’autres femmes entrent dans la demeure de l’épouse, car elles sont des instigatrices de malheurs. L’une, pour un gain, la corrompt ; l’autre, qui a déjà failli, veut qu’on faillisse avec elle, et beaucoup agissent ainsi par impudeur. ”
“ C’est pourquoi je te réprimerai, et la demeure de la Nèrèis ne te sera d’aucun secours, ni l’autel, ni le temple, et tu mourras ! Et si quelqu’un des hommes, ou des Dieux, veut te sauver, il te faut, au lieu de ton ancien orgueil, devenir humble, te prosterner à mes genoux, et balayer ma demeure, et répandre la rosée d’Akhéloos des vases d’or, et reconnaître sur quelle terre tu es. En effet, il n’y a ici ni Hektôr, ni Priamos, ni richesse, mais une cité de la Hellas. ”
“ Tu en es venue à ce point de démence, misérable que tu es ! d’oser coucher avec le fils d’un père qui a tué ton mari, et de concevoir des enfants de son meurtrier ! Telle est la race des Barbares : Le père s’unit à sa fille, et le fils à sa mère, et la sœur à son frère ; et les plus chers s’entretuent, et la loi ne défend rien de tout cela ! N’introduis rien de tel parmi nous. Il n’est pas honnête, en effet, qu’un homme tienne les rênes de deux femmes ; mais quiconque ne veut pas habiter une demeure honteuse doit se contenter d’une seule Kypris nuptiale. ”
“ Mais pourquoi me lamenter sur ces choses et non sur les misères présentes, moi qui ai vu le cadavre de Hektôr traîné derrière un char, et Ilios misérablement incendiée, et moi-méme traînée par les cheveux sur les nefs des Argiens, et, dès mon arrivée à Phthia, mariée aux tueurs de Hektôr ? En quoi donc m’est-il doux de vivre ? Vers quoi me faut-il regarder ? Vers ma destinée passée ou présente ? Un seul fils m’était resté, œil de ma vie, et ils vont le tuer, parce que cela leur plaît. Non, certes, il ne périra pas pour sauver ma misérable vie ! ”
“ Les calamités de tous les mortels, fussent-ils étrangers, sont dignes de pitié. Il te fallait, Ménélaos, ménager une réconciliation entre ta fille et celle-ci, afin de la délivrer de ses maux. MÉNÉLAOS. Esclaves, saisissez-la et liez ses mains, car elle n’entendra pas d’agréables paroles. En effet, afin que tu abandonnes l’autel de la Déesse, j’ai annoncé la mort de ton fils, et, par là, je t’ai poussée à te remettre entre mes mains pour être tuée. Sache bien qu’il en sera ainsi de toi. En ce qui concerne ton fils, ma fille décidera s’il faut le tuer, ou non. ”
“ Il ne faut pas, pour peu de chose, se préparer de grands maux, et si nous, femmes, nous sommes un tel fléau, les hommes ne doivent pas ressembler aux femmes. Pour moi, en effet, si j’ai empoisonné ta fille à l’aide de philtres, comme elle le dit, et rendu son ventre stérile, le voulant ainsi et n’y étant point contrainte, je ne m’attache plus à cet autel, et je me soumettrai au jugement de ton gendre qui ne m’infligera pas un moindre châtiment, à moi qui le prive de postérité. ”
“ Elle eût épargné à la Hellas les travaux douloureux que ses jeunes hommes ont endurés en errant pendant dix années autour de Troia ; les lits ne fussent pas restés déserts, et les vieillards n’eussent pas été privés de leurs enfants. MÉNÉLAOS. J’arrive, ayant pris ton fils que tu avais caché dans une autre demeure, à l’insu de ma fille. Tu pensais que cette image de la Déesse te protègerait et celui-ci chez ceux qui l’avaient caché, mais voici que tu es moins avisée que Ménélaos, femme ! À moins que tu ne quittes ce lieu, celui-ci sera tué à ta place. ”
“ En effet, si quelqu’un de ceux qui sont bien nés souffre de quelque difficulté, il n’est pas sans aide. C’est dans les familles illustres que sont l’honneur et la gloire. Le temps n’emporte jamais les traces des hommes illustres, et la vertu resplendit aussi pour les morts. ”
“ La jeunesse est mauvaise pour les mortels, et il est mauvais que, dans la jeunesse, un homme ait des désirs iniques. Pour moi, je crains qu’étant ton esclave, cela ne fasse repousser ce que j’ai à dire, bien que j’aie de bonnes raisons à donner, et que, si j’ai raison, il m’en arrive malheur. Les grands qui ont beaucoup d’orgueil, supportent avec peine les raisons supérieures des petits. Cependant, je ne me résignerai pas à me trahir moi-même. Dis, ô jeune femme, par quelle bonne raison aurais-je l’espoir de te chasser de tes noces légitimes ? ”
“ Pour toi, si tu es blessée de quelque chose, tu dis que la cité Lakainienne est grande et que Skyros n’est rien, et tu te vantes de tes richesses au milieu des pauvres, et pour toi Ménélaos est plus grand qu’Akhilleus. C’est pour cela que ton mari te hait. Il faut qu’une femme, même si elle est donnée à un mauvais mari, lui complaise et ne lutte pas d’orgueil. Si tu avais été donnée à un mari roi de la Thrèkè, terre toute couverte de neige, où le même homme fait entrer tour à tour plusieurs femmes dans son lit, les aurais-tu donc tuées ? ”
“ MÉNÉLAOS. Femme, ceci est peu de chose en effet, peu digne de ma puissance, comme tu le dis, et de la Hellas ; mais, sache bien que, pour quelque homme que ce soit, obtenir ce qu’il veut, vaut mieux que prendre Troia. Et mot, je viens à l’aide de ma fille car je pense que c’est un grand outrage que d’être privée du lit nuptial. Une femme peut supporter d’autres maux moindres, mais qui perd son mari, perd la vie. ”
“ Tu combats contre tes maîtres, une fille Ilienne contre les filles de Lakédaimôn. Laisse ce temple qui reçoit les brebis offertes à la Déesse de la mer. Quelle utilité y a-t-il à consumer ton corps à cause des violences de tes maîtres ? Leur puissance te convaincra. Pourquoi tant d’efforts et de peines, quand tu ne peux rien ? Strophe II. Allons ! Quitte la splendide demeure de la divine Nèrèis, et reconnais que tu es esclave sur une terre étrangère, dans une ville étrangère, où tu ne vois aucun de tes amis, ô très malheureuse, ô très misérable épouse ! ”
“ Et, de là, sortant à pied sec de la mer, tu verras notre très cher fils Akhilleus habiter les demeures insulaires de Leukè, dans la mer Euxénienne. Va donc dans la Ville divine des Delphiens, portant ce mort ; et, après que tu l’auras enfermé sous la terre, reviens dans l’antique caverne rocheuse de Sépias ; et attends jusqu’à ce que je vienne de la mer, avec le chœur des cinquante Nèrèides, pour t’emmener. En effet, il te faut supporter ce qui est fatal. Ceci est voulu par Zeus. Cesse de gémir sur les morts. C’est la destinée que les Dieux ont faite à tous les hommes : ils doivent mourir. ”
“ Cependant, le mari et la femme ont le même droit, celle-ci outragée par son mari, et l’homme ayant dans sa demeure une femme impudique. La force de l’homme réside dans ses bras, et celle de la femme est dans l’appui de ses parents et de ses amis. N’est-il donc pas juste que je vienne en aide aux miens ? Tu es vieux, vieux, et, en parlant ainsi de moi comme stratège, tu me loues plus que si tu te taisais. Pour Héléna, elle a subi ces calamités, non volontairement, mais par l’ordre des Dieux, et ceci a grandement servi à la Hellas. ”
“ Strophe I. Ô femme, assise depuis longtemps sur ce sol et dans ce temple de Thétis que tu n’abandonnes pas, moi qui suis de Phthia je viens cependant vers toi qui es de race asiatique, afin, si je le puis, de trouver un remède aux maux inextricables qui vous ont jetées, toi et Hermionè, en une querelle odieuse, à cause du lit nuptial du fils d’Akhilleus, que tu possèdes avec elle. ”
“ MÉNÉLAOS. Allez sous la terre, car vous êtes venus de murailles ennemies. Vous mourrez l’un et l’autre pour des raisons différentes. Toi, c’est mon arrêt qui te tue, et c’est ma fille Hermionè qui tue cet enfant. En effet, c’est une grande folie à des ennemis d’épargner les fils de leurs ennemis, quand ils peuvent les tuer et délivrer leur demeure de cette crainte. ANDKOMAKHÈ. Ô mari, mari ! Plût aux Dieux que j’eusse ta main et ta lance pour me secourir, ô fils de Priamos ! ”
“ C’est donc ainsi, ô très lâche, que tu as meurtri ses mains ? Pensais-tu lier un bœuf ou un lion ? Ou as-tu craint qu’ayant saisi une épée, elle t’en repoussât ? Viens dans mes bras, ô enfant ; dénoue avec moi les liens de ta mère. Je te nourrirai dans Phthia, pour être le grand ennemi de ceux-ci. Si la gloire de la guerre et le courage de la mêlée manquaient aux Spartiates, ils ne seraient, sachez-le, supérieurs en aucune autre chose. LE CHŒUR. La race des vieillards est sans frein et ne peut être contenue qu’avec peine à cause de leur nature irritable. ”
“ PÈLEUS. Ne profère pas de timides paroles de femmes. Marche. Qui vous atteindra ? Certes, celui-là en gémirait, car, par la faveur des Dieux, je commande dans Phthia à des troupes de cavalerie et à de nombreux hoplites. Je possède encore une vigueur intacte et ne suis pas consumé de vieillesse, comme tu le penses. Mais, en regardant seulement un tel homme, je triompherai de lui, bien que je sois vieux. Un vieillard courageux l’emporte sur beaucoup de jeunes hommes, car à quoi sert à un lâche d’avoir un corps robuste ? ”
“ Sans expérience des armes et de la guerre, les Hellènes en sont revenus plus aguerris ; car, en toutes choses, l’expérience est la maîtresse des hommes. Si, quand je me retrouvai en présence de ma femme, je me retins de la tuer, je fis sagement. ”
“ Il vaut mieux ne point remporter une victoire déshonorante que de vaincre la justice à l’aide de la violence et de l’envie. Cela plaît pour le moment aux hommes, mais, avec le temps, cela se flétrit et devient une opprobre pour les familles. ”
“ Voilà comment les demeures des hommes sont troublées. Contre ces calamités, fermez de serrures et de verrous les portes de vos demeures, car la venue des femmes du dehors n’amène rien de bon, mais, au contraire, beaucoup de maux. ”
“ Souvent un sol aride l’emporte sur une terre grasse, et beaucoup de bâtards l’emportent sur des enfants légitimes. Mais emmène ta fille. Il vaut mieux pour les hommes avoir un gendre pauvre, honnête et ami, qu’un gendre vicieux et riche. Pour toi, tu es un homme de rien ! LE CHŒUR. D’un petit commencement, la langue excite de grandes querelles parmi les hommes. Les sages redoutent cela et n’ont point de discussion avec leurs amis. MÉNÉLAOS. Pourquoi donc dirais-tu que les vieillards sont sages, eux qui semblent tels aux Hellènes ? ”
“ Car son père n’est pas auprès de moi pour me protéger, ainsi que son enfant, étant allé dans la terre des Delphiens, où il va pour l’expiation de sa fureur contre Apollôn, quand, parti pour Pythô, il demanda que Phoibos vengeât le meurtre de son père. Or, implorant le Dieu par sa faute passée, il s’efforce de se le rendre propice désormais. LA SUIVANTE. Maîtresse, je ne crains pas à la vérité de te nommer de ce nom, puisque je t’en jugeais digne dans ta demeure, quand nous habitions la terre de Troia. ”
