G. Maisonneuve

Résumé

G. Maisonneuve 1893 : moeurs de demain (1882)

Emmeline s'exaltait en parlant, l'âme blessée et la voix brève : — Si ma mère n'était pas morte, continua-t-elle, je ne serais pas ici ; j'avais besoin de croire, moi; j'avais besoin de prier, j'étais faite pour la vie simple et douce, j'aurais vécu dans l'ombre tiède d'un foyer, fière de l'amour d'un honnête homme, sans m'embarrasser l'esprit de tout ce fatras de sciences vides, décevantes, qui nous dessèchent le cœur et qui me fatiguent le cerveau. Et maintenant, c'est fini ; le mal est fait, je suis blasée; je suis lasse; je commence à peine à vivre, et ma vie est manquée.
Source : Gallica

G. Maisonneuve 1893 : moeurs de demain (1882)

La violence naturelle de Lachesnaye, cette violence qui s'éveillait en lui devant les résistances et devant les obstacles, éclata tout à coup, fouettée par le refus de Marthe. Une bouffée de colère envahit son cerveau : — Tant que j'aurai sur toi le pouvoir que me donne la loi, jamais, tu m'entends bien, jamais, je ne te livrerai à ta mère; je te l'ai déjà dit : tu n'as qu'un moyen de sortir d'ici, c'est de te marier. Daresme a la folie de te vouloir, malgré ton éducation détestable et tous les préjugés dont on a farci ta cervelle.
Source : Gallica

G. Maisonneuve 1893 : moeurs de demain (1882)

Elle avait très nettement suivi la scène qui s'était passée entre la jeune fille et Daresme. Elle avait compris tout ce qu'il y avait de révolte superbe dans l'accablement douloureux de Marthe; elle comprenait qu'elle ne briserait jamais la résistance de cette âme remplie d'un culte unique; elle se disait, enfin, que la présence de cette enfant consumée de douleur, mais inébranlable dans sa fidélité passionnée au souvenir de l'absente, ferait éternellement revivre entre elle et Lachesnaye l'image courroucée et menaçante de celle dont elle venait d'usurper la place et le nom.
Source : Gallica

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