Gaston Carraud

Résumé

Gaston Carraud Revue des Deux Mondes

La musique n’a distingué généralement, dans un si grand poème, que la féerie rebattue d’un vieillard qui vend son âme au diable pour se rajeunir, et l’anecdote sentimentale. Schumann alla plus au fond, parut comprendre que le vrai pivot de l’action était ce moment où Faust, ayant sondé successivement le néant de la science abstruse et des passions, et comme jeté sa gourme, s’éveille, et se détourne du soleil levant, non plus désormais pour frapper aux funèbres portes, mais pour éviter l’éblouissement de l’inconnaissable, et n’en considérer que le reflet dans l’action humaine supérieure.
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Gaston Carraud Revue des Deux Mondes

Ainsi que faisait Gœthe, la musique, mieux comprise, retrouve sous le monde phénoménal, infiniment divers, ce monde intérieur où toutes les particularités s’effacent ; elle le traduit : elle est le geste de l’âme. N’est-ce pas dans cet esprit généralisateur qu’un Beethoven avait dû lire Faust, quand il médita d’en faire un opéra ? Sans doute, en l’état où se trouvait à son époque la musique dramatique, n’y eût-il qu’imparfaitement réussi. Mais l’œuvre de Beethoven est comblé de ces mêmes sentimens qui agitent l’âme de Faust.
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C’est le noir et blanc de la musique : le mouvement et la valeur créés par des moyens limités, dangereusement précis.
Est-il exact que Schumann ait conçu le projet gigantesque et fou de mettre en musique les deux Faust tout entiers ? Plus vraisemblablement, a-t-il voulu de quelques fragmens capitaux élever son monument à Gœthe, tel, ou à peu près, que nous le possédons ? Ce drame d’élans inachevés, d’amertumes recreusées, de radieux espoirs, cette philosophie nébuleuse, cette rêverie bouillonnante, cette humanité grandiose et misérable devaient éveiller en lui bien des échos.
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