Gustave Flaubert,
Rêve d’enfer
“ Et toi, Satan, tu voudrais mon corps, n’est-ce pas ? — Un corps ? Oh ! oui, quelque chose de palpable, qui sente, qui se voie, car je n’ai qu’une forme, un souffle, une apparence. Oh ! si j’étais un homme ! si j’avais sa large poitrine et ses fortes cuisses... aussi je l’envie, je le hais, j’en suis jaloux... Oh ! mais je n’ai que l’âme, l’âme, souffle brûlant et stérile, qui se dévore et se déchire lui-même ; l’âme ! mais je ne peux rien, je ne fais qu’effleurer les baisers, sentir, voir, et je ne peux pas toucher, je ne peux pas prendre ; je n’ai rien, rien, je n’ai que l’âme. ”
