Émile Livet

Résumé

Émile Livet Les agonisants : 1917-1922 (1924)

Dans ton cœur qu'un désir
De vivre vieux sans plaisir
Et sans rêve d'aucune sorte,
Oh ! ne descends pas cet escalier
Dallé de toute ta jeunesse morte,
Cimenté de plus d'un espoir familier,
Oh ! ne descends pas au fond de ce labyrinthe
Si tu n'as pas bien tari toute source de crainte,
Et soigneusement arraché toute fleur de souci
De ton âme, oh ! ne descends jamais l'escalier que voici:
Vers le Néant, vers la Nuit, et — par delà la Vieillesse obscure,
Vers la Mort ! — si tu n'es pas le fidèle disciple d'Épicure.
Source : Gallica

Émile Livet Les agonisants : 1917-1922 (1924)

Où j'étais proscrit :
Mal et maladie, Doute, anxiété,
Morne tragédie, —
Je l'ai donc été,
Cette âme affadie,
Ce cœur hébété ?
V
Hélas ! même encore Aujourd'hui le mal Décevant, fatal,
Qui brûle et dévore Mon sang et ma chair, — Ce mal est d'enfer !
Et ma vie étique Toujours ci-inclus Est de plus en plus Molle et frénétique : Mon corps n'en peut plus !
VI
Mais si l'âme libre, Qu'importe, ô mon Dieu ? Faites, ô mon Dieu,
Que cet équilibre Que j'ai, peu à peu,
Avec maladresse,
Mais avec tendresse, Humblement conquis, Me demeure acquis!...
Source : Gallica

Émile Livet Les agonisants : 1917-1922 (1924)

C'est votre tendresse bénie
Qui fit ce miracle !
— Cœur de ma mère, ô tabernacle D'amour infini !...
CI
ULTIME
Seigneur, me voici donc au bout de ma carrière. L'horizon est fermé. La Mort me crie : « Arrière !...
Vivre, tu ne peux plus.
Les Temps sont révolus,
Tes pleurs sont superflus... »
— Je sais. — Mais Vous, Seigneur, écoutez ma prière !
J'ai vécu follement,
Dans quel isolement !
Sans le savoir, voici longtemps que j'agonise.
Je meurs dans mon péché que mon âme éternise.
Je meurs dans mon esprit que ma chair tyrannise, Et réciproquement.
Ah ! mourir jeune est dur : hélas !
Source : Gallica

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