Résumé

Armand Renaud Recueil intime/Lemerre, 1881

A prendre tout est bon, ayant le moindre charme ;
Rien n’est bon qu’à chasser, qui vous coûte une larme.
Pourtant je suis rêveur à regarder la mer.
Avec son flux grondant, le vaste gouffre amer
Me fait peur et m’attire. Implacable à qui l’aime,
Il m’a jadis tout pris, en m’attirant de même.
Mais mon cœur bouillonnait ; et, dussé-je en mourir,
J’y veux sentir encor l’ancien frisson courir.
Je veux, la chevelure éparse, l’œil en flamme,
M’élancer de nouveau vers l’horizon de l’âme,
Et voir si, cette fois, faisant mon cœur plus fort,
De mon rêve inconnu je toucherai le port.
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Armand Renaud Recueil intime/Lemerre, 1881

Une hirondelle heureuse, inoffensive et libre,
Forme ailée et charmante au vol capricieux,
Éprise comme moi de la clarté des cieux.
Et je l’avais frappée, et j’avais sur la grève,
Avec son corps saignant, précipité son rêve.
Je m’étais renié, j’avais persécuté,
Homme, l’indépendance, artiste, la beauté,
Au lieu de saluer l’hôte que Dieu m’envoie,
Au lieu de respecter la faiblesse et la joie,
J’en avais eu mépris, et, le front haut, l’œil fier,
En face du soleil, en face de la mer,
Sur l’oiseau qui chantait j’avais commis le crime.
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Armand Renaud Recueil intime/Lemerre, 1881

Pour endormir le cœur, leur baume tout puissant ;
Mais mon cœur brûlait trop, les roses en sont mortes,
Et sur leurs vains débris où rampent les cloportes,
A poussé d’elle-même une mystique fleur,
Enivrante avec calme et belle avec pâleur.
Son calice profond s’ouvre pour toute larme.
De sommeil et d’oubli son parfum verse un charme :
Sommeil chassant l’orgueil, oubli du mal passé,
Où par l’espoir et par le rêve on est bercé.
Si haut, dans l’infini, plane sa tête fière
Qu’il ne peut jusque-là monter vent ni poussière.
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