J.-J. Jusserand

Résumé

J.-J. Jusserand Revue des Deux Mondes

C’est là qu’il rentrait, son labeur terminé, commençant chaque soir son autre vie, sa vie de poète, lisant, pensant, se souvenant. C’est alors que tout ce qu’il avait connu en Italie lui revenait à la mémoire, campaniles, fresques d’azur, bois d’oliviers, sonnets de Pétrarque, poèmes de Dante, contes de Boccace. Il avait rapporté de quoi émouvoir et égayer merry England elle-même. Sitôt rentré dans sa tour, où il revenait sans parler à personne, « muet comme une pierre, » dit-il, c’en était fini avec le monde réel.
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Les deux ordres d’idées sont exposés parallèlement par Chaucer, ce rêveur qui avait tant vécu de la vie réelle, cet homme d’action qui avait tant rêvé.
Troïlus dédaignait l’amour et se moquait des amoureux, un jour il aperçoit Cressida au temple, et c’en est fait de lui ; il ne peut détacher ses regards d’elle ; le vent d’amour a passé, toute sa force a disparu ; sa fierté s’est effeuillée comme s’effeuille une rose. Il a peine à respirer tant son émotion est grande, il boit à longs traits un invincible poison. Loin d’elle son imagination achève ce qu’avait commencé la réalité
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À mesure qu’on s’est avancé vers la catastrophe, le ton du poème est devenu plus mélancolique et plus doux. Le conteur ne peut se défendre d’aimer ses deux héros, même l’infidèle Cressida ; il lui garde du moins sa pitié, et par pitié, au lieu de nous la montrer comme jadis, de près, dans les allées, ou à son balcon rêvant aux étoiles, il ne la fait plus voir que de loin, perdue dans la foule où elle a voulu se mêler, la foule de toute manière, celle des hommes et des sentimens, tous vulgaires.
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