Résumé

Portrait de Henry Cochin Henry Cochin Revue des Deux Mondes

Il a découvert enfin le champ de la pensée tant désiré. La dernière perfection de l’esprit humain lui apparaît dans la poésie, qui n’est point la versification et l’art d’aligner les mots, mais une sorte de haute maîtrise intellectuelle et morale. « La poésie, dit-il, est une solide science fondée sur les choses éternelles. » Aussi il n’a pas l’orgueil de se prétendre poète : Pétrarque ne pensait pas l’être non plus. Le poète est le maître du monde : il doit tout savoir et tout enseigner. Il a horreur du vulgaire, il n’aime que les pensées chastes.
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Portrait de Henry Cochin Henry Cochin Revue des Deux Mondes

Un jour, à Lyon, voyant couler le Rhône en sa force précipitée, il parle au fleuve et lui donne un message : qu’il aille en Avignon, où la présence sacrée du soleil d’amour rend l’herbe plus verte et le ciel plus serein : il trouvera Madame et lui baisera le pied.
Un autre jour, l’image est inverse. Un autre fleuve, aussi rapide, le Pô emporte le poète vers l’Occident, l’éloignant de ses amours. Mais l’esprit de l’amant, plus fort que le fleuve « orgueilleux et superbe, » s’envole en arrière :
Il force l’eau, le vent et la voile, et la rame.
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Portrait de Henry Cochin Henry Cochin Revue des Deux Mondes

Nous avons toutes les précisions : Madame avait des yeux d’ébène, dans un visage de lis et de perle, sous des cheveux d’or, ce qui est un assemblage assez rare. Mais le poète nous a laissé autre chose et mieux qu’un signalement poétique ; il a donné la vie. C’est là le secret de son art infini : il exprime le mouvement. Laure n’est pas une statue. Ce qu’il aime dans ses yeux, ce n’est pas une fixe étoile, c’est le tour et le retour du regard :
Ma gentille dame, je vois,
quand se meuvent vos yeux, une douce lumière.
Cette lumière mouvante est ce qui fait battre son cœur.
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