J. P. Rossignol

Résumé

J. P. Rossignol Revue des Deux Mondes

Quelle civilisation élégante et polie n’annonce point tant de perfection dans l’art le plus difficile ! Et, lorsqu’on sait combien l’esprit humain est lent à s’avancer, que de milliers d’années ne doit-on pas croire que ces progrès ont demandées ! Le monde est donc assez vieux pour avoir vu d’autres institutions que les institutions des premiers monumens de l’histoire ; et c’est sans aucune raison, ou plutôt contre toute vraisemblance, que M. Granier de Cassagnac suppose que, pendant la longue période qui a précédé le Pentateuque et l’Iliade, l’esclavage n’a pu être établi de main d’homme.
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Mais peut être ne sera-t-il pas fâché de voir à présent par quel ingénieux raisonnement M. Granier de Cassagnac motive l’exclusion des affranchis du domaine de l’histoire : « Faire l’histoire, même d’après autrui, c’est toujours se mettre dans la nécessité de juger les hommes, et, par conséquent, quelquefois de les condamner. Or, il eût paru intolérable aux capitaines ou aux hommes d’état de l’antiquité d’être appréciés par des esclaves. L’histoire devait donc être exclusivement écrite par des gentilshommes ; à peine trouverait-on à citer une ou deux exceptions. »
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Mais de là faut-il inférer qu’il ne vint jamais à l’esprit des anciens que ces milliers de malheureux gémissant sous le joug de l’esclavage, étaient injustement déshérités des droits du citoyen et des bienfaits de la liberté ? Est-il surtout croyable que tant de nobles intelligences, qui se dévouèrent à la recherche de la vérité, qui discutèrent tous les principes, examinèrent tous les droits, n’aient pas dénoncé l’esclavage comme un horrible attentat contre l’humanité ?
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