Résumé

Portrait de Lucie Brû Lucie Brû La Forêt du Haut-Niger

Comment le noir peut-il être si frais ? Le noir est une source, un puits des couleurs. C’est le seul que la lumière de Kérouané n’épuise pas et où, seule, elle sait puiser les couleurs des fleurs et de l’arc-en-ciel. Dans un pays où le vert est gris, où le rouge, le bleu, le blanc sont gris ; où le vert des arbres, le rouge du sol, le bleu du ciel, le blanc des étoffes sont gris ; seul le noir de la peau des nègres est tout à la fois véronèse, violet, rose, et bleu à la façon d’un bouquet de pivoines d’iris et de lilas.
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Portrait de Lucie Brû Lucie Brû La Forêt du Haut-Niger

La tristesse du paysage n’a fait que s’aggraver depuis que nous avons quitté Bissandougou. De Faranfi à Kérouané, le sol est calciné par les feux de brousse. Les écorces, les arbustes sont carbonisés, sinon les arbres, et il semble que de la cendre s’est envolée pour couvrir toute la verdure déjà pâlie, tout le paysage jusqu’à l’horizon et aussi le ciel qui se plombe.
Aucune couleur nulle part, ni aucune forme ; la clarté, après le feu, dévore tout ; le blanc même, le blanc des boubous de mes porteurs, s’enterre dans la lumière comme dans une espèce de nuit métallique.
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Kérouané. — C’est une place forte indigène qui fut le quartier général de Samory, le conquérant noir. Ses remparts d’argile, épais et géométriques couronnent une courte colline trapue, dressée en pain de sucre sur la dépression environnante qui s’accroît vers le nord, se relève au sud.
De la porte du village, la vue est illimitée, mais c’est sans profit. La morne verdure que l’on y découvre jusqu’au bord du ciel, semble aussi inhabitable aux hommes et aux yeux qu’une couche de badigeon gris sur une cimaise.
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