Résumé

M. Galusky Revue des Deux Mondes

Tout en partageant l’admiration de M. Schlegel pour l’Hippolyte grec, nous ne pouvons accorder que tout l’intérêt se concentre sur lui ; que Phèdre ne soit, comme le dit le critique, qu’un mal nécessaire. La jouissance que fait éprouver le personnage d’Hippolyte est plus esthétique que dramatique ; les yeux y ont plus de part que le cœur. Si loin que soit la Phèdre grecque de la Phèdre française, c’est d’elle surtout que naît l’émotion, et il devait déjà en être ainsi chez les Grecs : il était plus facile de proscrire la peinture de l’amour que de n’en pas être charmé en la voyant.
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Aussi M. Schlegel s’en est-il mieux préservé que ceux qui ont voulu faire des théories à son exemple. Il ne se dissimule pas l’abus qu’on peut faire de la liberté dans l’art ; s’il s’en fie volontiers au génie, c’est qu’il n’est pas prodigue de ce nom ; il ne comprend pas le génie sans le goût. « C’est en vain, dit-il, qu’on a voulu établir entre le goût et le génie une séparation absolue qui ne saurait jamais exister ; car le génie, de même que le goût, est une impulsion involontaire qui force à choisir le beau, et il n’en diffère que par un plus haut degré d’activité.. »
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Si Racine eût pu conserver dans sa fraîcheur primitive cette fleur de la Grèce, s’il eût uni la naïveté antique à cette intelligence du cœur, fruit de la lente expérience des siècles, il eût surpassé du même coup Euripide, Sophocle et lui-même. Du moins a-t-il eu soin de rappeler Hippolyte tel qu’il était, en le montrant tel qu’il est devenu. Le héros est déchu, mais il est encore entouré du prestige de sa gloire :
Hercule à désarmer coûtait moins qu’Hippolyte,
dit Aricie à Ismène, et c’est cette fierté même qui l’a séduite.
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