M. Levy-Bruhl

Résumé

M. Levy-Bruhl Revue des Deux Mondes

Dès que l’inconnaissable est nommé, il a commencé déjà à être connu.
L’idée d’une réalité à jamais inaccessible à la pensée est donc équivoque. C’est pour l’esprit un moyen de se faire illusion à lui-même. C’est une manière de contenter un besoin métaphysique en se donnant l’air d’y renoncer. S’il était définitif, l’agnosticisme équivaudrait à une fin de non-recevoir opposée à nos curiosités sur l’au-delà. Mais la métaphysique, « comme tendance naturelle », disait Kant, est indestructible. Il ne dépend pas de l’homme de poser ou de ne pas poser les questions suprêmes : elles s’imposent à lui.
Source : Wikisource

M. Levy-Bruhl Revue des Deux Mondes

L’art antique était, en un sens, plus impersonnel. L’art moderne veut exprimer non-seulement la nature, mais le « moi, » et, plus encore, la souveraineté du « moi » sur la nature. C’est pourquoi l’esprit et l’ironie y tiennent tant de place.
Voilà, certes, une façon cruellement germanique et métaphysique d’expliquer la chose du monde la plus légère et la plus insaisissable. Que sera-ce quand les romantiques voudront passer de la théorie à la pratique ? L’ironie tournera à l’allégorie fatigante, l’esprit à la plaisanterie épaisse, le paradoxe à l’énormité.
Source : Wikisource

M. Levy-Bruhl Revue des Deux Mondes

Faut-il croire que l’imagination du poète peut créer arbitrairement, en vertu de sa liberté souveraine, un univers poétique ? Peut-elle, par la puissance de sa magie, évoquer un monde nouveau, et cependant véritable ? Le métaphysicien arrive à tout tirer du moi, parce qu’il a pu tout y mettre : il n’y faut qu’un effort ou peut-être un artifice logique. L’artiste doit se garder de cette témérité, sous peine d’échouer misérablement. Il doit revenir toujours à la nature, l’aimer, l’étudier, la comprendre, pénétrer l’âme des choses, se retrouver en elles, et non vouloir les tirer de soi.
Source : Wikisource

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature