“ Lorsque l’aïeule eut obéi, grand-père saisissant le chandelier et le tenant devant lui, comme un soldat son fusil, se mit à crier d’une voix ironique : — Eh ! Mikhaïl, voleur nocturne, chien enragé, galeux ! Un carreau du haut de la fenêtre vola aussitôt en mille éclats et un fragment de brique tomba sur la table près de grand’mère. — Coup manqué ! hurla grand-père, et il eut un rire qui ressemblait à un sanglot. Grand’mère le prit dans ses bras, comme un enfant, et elle le porta sur le lit, en murmurant avec effroi : — Que fais-tu ? Que fais-tu ? Que Dieu soit avec toi ! Ne le tente pas. ”
Maxime Gorki
Résumé
Ma vie d’enfant, autobiographie semi-fictionnelle de Maxime Gorki, plonge dans les turbulences d’une enfance russe à travers les relations conflictuelles d’une famille. Le narrateur, accompagné de personnages comme le grand-père autoritaire, la grand-mère résiliente et le frère Mikhaïl, explore les tensions domestiques, les violences physiques et les querelles, tout en interpellant les thèmes de la foi, de la souffrance et de la survie.
L’œuvre, publiée au début du XXe siècle, mêle récits intimes et universalité des luttes humaines, illustrée par des scènes mémorables comme les disputes autour du poêle ou les coups échangés dans la cuisine.
Citations de Ma vie d’enfant (Maxime Gorki)
“ Grand-père gémissait et sanglotait, grand’mère bougonnait, une porte claqua, puis un silence angoissant plana sur la maison. Je me souvins de ce qu’on m’avait commandé et partis puiser de l’eau avec une jarre de cuivre : en traversant le corridor, je rencontrai l’horloger. La tête baissée, il toussotait et de la main lissait sa casquette de fourrure. Grand’mère, les doigts croisés sur le ventre, le saluait, lui faisait des révérences qu’il ne voyait pas et disait à mi-voix : — Vous le savez vous-même, l’amour est une chose qui ne se commande pas... ”
“ Je me précipitai derechef à la cuisine ; grand-père, le torse nu, une chandelle à la main, se tenait au milieu de la pièce ; sa chandelle tremblait et lui, traînant les pieds sur le plancher, râlait sans pouvoir avancer : — Mère ! Jacob ! qu’est-ce qui se passe ? Je bondis sur le poêle où je me pelotonnai, et l’agitation régna de nouveau dans la maison ; comme pendant l’incendie, une plainte douloureuse et cadencée retentissait et reprenait avec une force croissante. Grand-père et l’oncle allaient et venaient, l’air effaré ; grand’mère grondait et les expédiait je ne sais où. ”
