“ Novembre, c’est plus que l’article-Paris en marivaudage, c’est bien l’ennui qui suinte avec la pluie, c’est la clarté du jour qui baisse comme une lampe qui s’éteint et fuligine, c’est l’arbre désolé que la bise dénude. Novembre, c’est une lettre de cachet qu’on nous signifie d’avoir à se claquemurer jusqu’à l’avril, c’est l’adieu des oiseaux qui nous quittent, c’est la nature qui entre au cloître pour y prendre le voile neigeux. Novembre, c’est aussi la pierre du cimetière, blanche comme un bristol, où se lit l’invitation fatale à laquelle il faudra, quelque jour, se rendre... ”
Oscar Massé
Résumé
Massé… doine, d’Oscar Massé, explore les paysages et les légendes des Cantons de l’Est, entre Granby et Saint-Georges, à travers une prose poétique et troublante. L’œuvre combine nature, folklore et histoire locale, avec des personnages comme Père Édouard ou Antoinette Croteau, dans un cadre où le lac et l’îlot flottant deviennent des symboles de mystère.
Les thèmes de l’exil, de la résistance et des luttes patriotes émergent, ancrés dans un contexte historique marqué par les événements de 1837-1838. Le texte oscille entre le réalisme et le fantastique, illustré par des descriptions saisissantes comme celle de l’îlot mouvant ou des empreintes énigmatiques.
Citations de Massé… doine (Oscar Massé)
“ Reconnaissez qu’il y a là quelque chose d’extraordinaire, qu’il s’agit bel et bien d’un phénomène. Une île qui se moque de la géographie elle-même, une île qui défie la définition classique puisque qu’elle cesse parfois de s’entourer d’eau d’un côté sinon par en-dessous, une île qui erre à l’aventure d’un bout à l’autre du lac cherchant peut-être une issue par où déguerpir tout à fait, comme un ours captif du Parc Lafontaine, a-t-on jamais entendu parler de chose pareille ? Pourtant, je n’invente rien. L’ilôt flottant ou mouvant de Waterloo est une curiosité connue et constatée. ”
“ Il est du reste à présumer que des hommes de la valeur de Johnson, Mercier, Bourgeois et Racicot ne durent pas manquer de jeter sur cette cause un peu de leur prestige. Sans donner dans la pose et l’ampoule, il sied qu’un decorum de bon aloi préside aux séances des tribunaux. Le ton et la tenue ne sont pas de luxe dans l’appareil judiciaire et si la dignité de la justice s’offusque d’un cérémonial qui, en cherchant à être pompeux, réussit plutôt à être pompier, elle s’accommode toutefois d’un decorum discret qui impose par la distinction des personnages plutôt que par l’austérité de leur mine. ”
