Philippe Lautrey

Résumé

Philippe Lautrey La Revue de Paris

Et, le voyant souffrir, elle trouvait des consolations délicates et ingénues :
— Mon ami, — lui dit-elle une fois, — tu seras moins riche, que m’importe ? Ai-je besoin de tout ce luxe que tu m’offrais ? Nous irons le long de ce ruisseau auprès duquel tu désirais vivre l’été dernier, un ruisseau où il n’y aura pas de télégraphe, et nous serons heureux encore.
Il l’écoutait, fermait les yeux, comme pour suivre un rêve. Mais ce qui lui apparaissait, ce n’était pas l’humble paysage évoqué par la petite Louise, c’étaient les mirages fuyants de ses visions magnifiques qui se dissipaient...
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Philippe Lautrey La Revue de Paris

Parfois Louise de son pied frappait le sol pour être assurée qu’elle le foulait encore.
Ils couraient le pays, heureux, insoucieux, oublieux de tout. Et Jacques Lenoël disait :
— Il me semble que nous n’avons plus de nom ni d’histoire : nous sommes le bonheur.
Quand venait la nuit, ils s’accoudaient au balcon de leur chambre et respiraient l’odeur du jasmin éparse dans l’air. Un soir, comme la lune la faisait toute pâle et surnaturelle, il dit à Louise :
— Ce qui me ravit, c’est qu’à tout instant, et sans que tu t’en doutes, tu deviens allégorique.
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Tout à coup le vent, semblable à un jeu d’orgue, passa dans les hautes ramures, en tira des accents sonores.
— On dirait de la musique, — fit Louise tout bas.
— Oui, du Wagner ! — répondit Lenoël. — C’est l’orchestre et le décor, il ne manque que les artistes... Mais n’êtes-vous pas fatiguée, la route est un peu plus longue que je ne pensais.
Louise n’était pas fatiguée : elle aussi avançait d’un pas allègre, et sa robe blanche glissait rapide, fuyait, reparaissait, claire tunique de chasseresse, lune brillante se jouant à travers les nuages.
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