Résumé

Portrait de Pierre Corrard Pierre Corrard Le Journal d’une femme du monde

Je ne conçois pas en effet que l’amitié puisse subsister, si l’on s’écarte de la vertu qui en est la raison, alors que, au contraire, le principe du bien n’est en rien nécessaire à l’existence de l’amour, qui souvent même trouve un aliment dans le fruit défendu.
Et c’est pourquoi je suis heureuse, parfaitement heureuse, et c’est pourquoi mon cœur déborde de joie, et c’est pourquoi j’adresse à Dieu, en ce jour de félicité toute pure, sans nuage, une prière de reconnaissance, puisque, après m’avoir douloureusement éprouvée, il m’a récompensée au-delà de toute espérance !
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Portrait de Pierre Corrard Pierre Corrard Le Journal d’une femme du monde

Sera-t-elle plus forte que la passion ?
Raymonde, je vous jure...
— Point de serment. J’ai confiance en vous, mon ami, j’ai confiance en votre honnêteté : je sais que vous n’êtes pas une âme commune. Quant à moi — à quoi bon vous le cacher — je suis à un de ces tournants de la vie, où la femme, quelle qu’elle soit, n’est plus qu’une loque, que le plus mauvais vent peut emporter. Votre puissance sur moi est sans limite : je suis moins qu’une esclave à vos pieds, puisque je n’ai même plus la liberté de jugement.
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Portrait de Pierre Corrard Pierre Corrard Le Journal d’une femme du monde

Elle se mit à rire.
Son rire me fit mal et me glaça. L’ironie, l’ironie partout, jusque dans la bouche de ma mère ! En cette minute, je compris à quel point j’étais seule, abandonnée, sans secours. Je compris toute l’étendue du malheur que je venais d’épouser. Le silence irritant, dans lequel résonnaient encore ces derniers mots et ce rire innocemment cruel, me pesait : pour le rompre, je jetai au hasard, sans savoir ce que je disais :
— Alors, vous partez ?
— Il le faut, mais demain je viendrai te voir, et je gage que ma chère petite Raymonde n’aura plus ses idées noires.
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