Robert Charbonneau

Résumé

Robert Charbonneau Aucune créature

Georges souffrait aussi dans sa vanité. Il s’était toujours interdit de croire à la durée de cette passion, de s’abandonner à son instinct comme ces hommes primitifs qui attachent leur vie à un être, le laissant prendre sur eux un tel ascendant qu’au moment de la rupture il leur faut tuer ou se tuer.
Maintenant, il s’effrayait de cette pensée qui venait de le traverser comme un bolide lumineux. Au cours de leurs relations, Sylvie ne lui avait jamais demandé de quitter sa femme. Et ce silence indiquait sans doute que pour elle cet amour différait peu des passades.
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Robert Charbonneau Aucune créature

Chaque écrivain, pensait-il, refait un livre, reprend une histoire qu’il a aimée. Non seulement l’écrivain ne donne-t-il, sous des formes différentes qu’un seul livre, mais il y a en chacun de nous un de ces livres. Ce livre quand il est grand devient la voix d’une génération dans un pays. Dans ces cas, le personnage échappe au livre et devient un symbole, une légende. Il y avait une vieille légende de Faust, qui avait intéressé les écrivains, mais après Goethe, le Faust de la légende c’est le sien. De même Candide ou Peer Gynt, ils dépassent le livre ou la scène, ils vivent sans eux.
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Robert Charbonneau Aucune créature

« Suis-je capable de tenir ce pari ? » se demanda Georges. « Qu’est-ce qui m’a empêché de prendre parti sur les grandes questions ? Pourquoi me suis-je replié sur moi-même ? Où ai-je manqué ? »
Lucien avait raison. Il devait reprendre son œuvre là où il l’avait laissé tomber : à la fin de sa jeunesse. Il ressentait le choc en retour de la révélation qu’il venait de comprendre. « J’arrive à la maturité, diminué par le confort, vidé de l’angoisse qui me poussait en avant et je n’ai rien fait. Et pour commencer, je ne vis pas ».
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