Résumé

Portrait de Simone Weil Simone Weil Lettre à un religieux

Géographiquement, il ne peut guère s’agir que d’Israël. Si on admettait qu’Israël était regardé par les anciens comme un peuple maudit parce qu’ayant refusé la notion du Dieu médiateur, souffrant et rédempteur révélée à l’Égypte, on comprendrait ce qui autrement est inexplicable : à savoir qu’Hérodote, si avide de toutes les curiosités d’ordre religieux, n’ait jamais parlé d’Israël. Remarquer qu’Israël était prédestiné pour servir de berceau au Christ — mais aussi pour l’assassiner. Remarquer aussi que d’après de nombreux témoignages Dionysos est le même Dieu qu’Osiris.
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Comme en Occident le mot Dieu, dans son sens usuel, désigne une Personne, des hommes dont l’attention, la foi et l’amour portent presque exclusivement sur l’aspect impersonnel de Dieu peuvent se croire et se dire athées, bien que l’amour surnaturel habite dans leur âme. Ceux-là sont sûrement sauvés.
Ils se reconnaissent à leur attitude à l’égard des choses d’ici-bas. Tous ceux qui possèdent à l’état pur l’amour du prochain et l’acceptation de l’ordre du monde, y compris le malheur, tous ceux-là, même s’ils vivent et meurent en apparence athées, sont sûrement sauvés.
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La conception scientifique du monde, bien comprise, ne doit pas être séparée de la vraie foi. Dieu a créé cet univers comme un tissu de causes secondes ; il semble y avoir de l’impiété à supposer des trous dans ce tissu, comme si Dieu ne pouvait parvenir à ses fins sans attenter à sa propre œuvre.
Si on admet de tels trous, il devient scandaleux que Dieu n’en fasse pas pour sauver les innocents du malheur. La résignation au malheur des innocents ne peut surgir dans l’âme que par la contemplation et l’acceptation de la nécessité, laquelle est l’enchaînement rigoureux des causes secondes.
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