“ Anxieux, Hubert l’interrogeait du regard. — Et rien, non ! rien n’est monté de la terre, rien n’a tressailli en moi. Ah ! c’est fini, il est trop tard, nous avons voulu notre malheur. Alors, il trembla, il demanda : — Tu m’accuses ? — Oui, tu es le coupable, j’ai commis la faute aussi en te suivant... Nous avons désobéi, toute notre vie en a été gâtée. — Et tu n’es pas heureuse ? — Non, je ne suis pas heureuse... Une femme qui n’a point d’enfant n’est pas heureuse. Aimer n’est rien, il faut que l’amour soit béni. Il était tombé sur une chaise, épuisé, les yeux gros de larmes. ”
Émile Zola
Résumé
Le Rêve, seizième volume de la série Les Rougon-Macquart d'Émile Zola, publié en 1888, explore la foi populaire et le mysticisme en France au cours du second XIXe siècle. L'histoire suit Angélique Rougon, orpheline adoptée par une famille dévouée, les Hubert, et son amour tragique pour Félicien d'Hautecœur, un noble.
Développé dans un cadre précis de Beaumont-sur-Oise, le roman mêle spiritualité et passions humaines, culminant dans la mort d'Angélique après son mariage, symbolisant la tension entre innocence et destin. Zola y aborde les enjeux sociaux et religieux avec une rigueur naturaliste, illustrant comment les croyances et les structures familiales modelent les vies.
Citations de Le Rêve (Émile Zola)
Émile Zola,
Le Rêve
(1888)
“ Car sa détresse était de se sentir seule, à ces moments, dans l'ombre. Elle avait rêvé de Félicien, elle tremblait de s'habiller, d'aller le rejoindre, sans que personne fût là pour l'en empêcher. C'était la grâce qui se retirait d'elle, Dieu cessait d'être à son entour, le milieu l'abandonnait. Désespérément, elle appelait l'inconnu, elle prêtait l'oreille à l'invisible. Et l'air était vide, plus de voix chuchotantes, plus de frôlements mystérieux. Tout semblait mort : le Clos-Marie, avec la Chevrotte, les saules, les herbes, les ormes de l'Evêché, et la cathédrale elle-même. ”
“ Celle dont le souvenir le torturait après vingt ans de pénitence, avait cette jeunesse odorante, ce col d’une fierté et d’une grâce de lis. Elle renaissait, c’était elle-même qui sanglotait, qui le suppliait d’être doux à la passion. Les larmes étaient venues, Angélique continuait pourtant, voulait tout dire. — Et, Monseigneur, ce n’est pas seulement lui que j’aime, j’aime encore la noblesse de son nom, l’éclat de sa royale fortune... Oui, je sais que, n’étant rien, n’ayant rien, j’ai l’air de le vouloir pour son argent ; et, c’est vrai, c’est aussi pour son argent que je le veux... ”
