“ LA FAISANE, voyant la gorge ensanglantée de Chantecler. Du sang ! UNE POULE, se dressant sur la pointe des pattes,derrière le Padoue Doré. Du sang ! Je voudrais voir le sang ! LE PILE BLANC, fonçant furieusement. Du sang ! Je voudrais voir le sang ! J’aurai ta peau ! LA POULE QUI VEUT VOIR. Le chapeau du Padoue est devant moi ! LE MERLE. Le chapeau du Padoue est devant moi ! Chapeau ! On sent que Chantecler est perdu. Il se met en boule, comme pour mourir.UNE VOIX. Quel coup ! C’est à la crête ! CRIS PERÇANTS DE LA FOULE EN DÉLIRE. Quel coup ! C’est à la crête ! Arrache ! — Égorge ! ”
Chantecler
Définition et enjeux
Le thème de Chantecler, central dans l'œuvre d'Edmond Rostand, incarne une exploration poétique et dramatique des tensions entre le monde animal et l'humain. À travers des dialogues vifs et des scènes chargées de symbolisme, Rostand présente le coq Chantecler comme un personnage oscillant entre la grandeur de ses actes et les enjeux de sa situation.
Les extraits révèlent une réflexion sur le sacrifice, la beauté fragile et les rapports de domination dans la basse-cour, où le chant du coq devient à la fois un acte de défi et un symbole de l'effort humain. L'œuvre, ancrée dans la tradition des fables, mêle ainsi lyrisme et critique sociale.
Citations sur “Chantecler”
Edmond Rostand,
Chantecler
(1910)
“ Prenez mon aile. LA FAISANE. Voyons ! CHANTECLER, s'arrêtant devant l'abreuvoir. Ça, c'est affreux. C'est l'abreuvoir modèle, L'abreuvoir siphoïde en fer galvanisé. Mais tout le reste est beau, noble, charmant, usé, Le toit du poulailler, la porte de l'étable... LE MERLE, rentrant, à part. La Pintade est dans un état épouvantable ! LA FAISANE, à Chantecler, en regardant autour d'elle. Vous vivez là tranquille et sans rien craindre ? CHANTECLER. Rien. Car le propriétaire est un végétarien. C'est un homme étonnant. Il adore les bêtes. ”
“ Je te dédie encor ces fermes rallumées : L’homme offre des rubans, moi j’offre des fumées ! LA FAISANE, regardant la plaine. Je vois grandir ton œuvre au loin ! CHANTECLER, la regardant. Je vois grandir ton œuvre au loin ! Moi, dans tes yeux ! LA FAISANE. Sur les prés ! CHANTECLER. Sur les prés ! Sur ton col ! Et, tout d’un coup, d’une voix étouffée : Sur les prés ! Sur ton col ! Ah ! c’est délicieux ! LA FAISANE. Quoi ? CHANTECLER. Quoi ? Je fais mon devoir en te rendant plus belle : Je redore à la fois mon vallon et ton aile ! ”
