Elstir

Définition et enjeux

Portrait de Marcel Proust Marcel Proust À l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919)

Ce qu’un tel idéal inspirait à Elstir, c’était vraiment un culte si grave, si exigeant, qu’il ne lui permettait jamais d’être content, c’était la partie la plus intime de lui-même, aussi n’avait-il pu le considérer avec détachement, en tirer des émotions, jusqu’au jour où il le rencontra, réalisé au dehors, dans le corps d’une femme, le corps de celle qui était par la suite devenue Mme Elstir et chez qui il avait pu — comme cela ne nous est possible que pour ce qui n’est pas nous-même — le trouver méritoire, attendrissant, divin.
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Portrait de Marcel Proust Marcel Proust Sodome et Gomorrhe (1921-1922)

Vous comprenez que je ne regrette pas Elstir, me dit Mme Verdurin, celui-ci est autrement doué. Elstir, c’est le travail, l’homme qui ne sait pas lâcher sa peinture quand il en a envie. C’est le bon élève, la bête à concours. Ski, lui, ne connaît que sa fantaisie. Vous le verrez allumer sa cigarette au milieu du dîner.
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Portrait de Marcel Proust Marcel Proust À l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919)

J’avais cru Elstir modeste, mais je compris que je m’étais trompé, en voyant son visage se nuancer de tristesse quand dans une phrase de remerciements je prononçai le mot de gloire. Ceux qui croient leurs œuvres durables — et c’était le cas pour Elstir — prennent l’habitude de les situer dans une époque où eux-mêmes ne seront plus que poussière. Et ainsi en les forçant à réfléchir au néant, l’idée de la gloire les attriste parce qu’elle est inséparable de l’idée de la mort.
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