Marcel Proust,
Albertine disparue
(1925)
“ Une telle richesse de souvenirs empruntés au répertoire de sa vie, une telle profusion de sentiments évoquant, impliquant sa vie, semblaient rendre incroyable qu’Albertine fût morte. Une telle profusion de sentiments, car ma mémoire, en conservant ma tendresse, lui laissait toute sa variété. Ce n’était pas Albertine seule qui n’était qu’une succession de moments, c’était aussi moi-même. Mon amour pour elle n’avait pas été simple : à la curiosité de l’inconnu s’était ajouté un désir sensuel, et à un sentiment d’une douceur presque familiale, tantôt l’indifférence, tantôt une fureur jalouse. ”
