“ Kourroglou se revêt du costume blanc des mollahs, entoure sa tête de plusieurs aunes de linge blanc, cache sa guitare dans sa poche, son poignard dans son sein, et, le rosaire dans une main, le bâton de voyage dans l'autre, il franchit, grâce à la feinte lettre et au sceau apocryphe du sultan, les portes sacrées du palais. «De cette manière, dit le rapsode avec un mélange de sympathie et d'indignation, il fut permis à ce larron des larrons d'entrer dans le harem... à cet homme capable de couper le sein d'une mère nourrissant son enfant!» ”
Citations sur “Kourroglou”
“ Kourroglou dit: «Pacha, je me rappelle un air; écoute-moi:Improvisation.—«Le cheval est à moi. Je ferai couvrir son précieux dos de housses de soie. Je le ferai baigner dans toute une rivière de vin rouge. C'est l'élu de Kourroglou, l'élu entre cinq cents chevaux. Le coeur met en lui ses délices. Quand le chef des palefreniers, Daly-Mehter, s'approche de lui, il se lève sur ses jambes de derrière, et le palefrenier, pour le panser, est obligé de le frapper sur la bouche avec un bâton.» ”
“ C'est le nomade dans toute sa poésie plaisante et terrible, c'est le guerrier asiatique dans toute son exagération fanfaronne, c'est le brigand de la Perse dans toute sa ruse, dans toute sa férocité et dans toute son audace. Kourroglou est cruel, ivrogne, glouton, libertin; c'est le plus grand pillard et le plus grand vantard que nous ayons jamais rencontré, même chez nous, où ces qualités sont si fort répandues par le temps qui court. Il est entreprenant, vindicatif, insatiable de richesses et de plaisirs, fourbe, brutal et impitoyable dans la colère. ”
George Sand,
Le Poëme de Myrza
(1855)
“ Kourroglou dit dans son coeur : « Le maudit se raille de moi. » Il reprit ainsi : Improvisation. — « O mon Dieu, tu l'as créé sans défaut. Il n'est le serviteur que de toi seul ; mais envers tout le reste du monde, il est impérieux et superbe. Il a amassé des montagnes de marchandises, et il s'est reposé. Il a jeté un regard à son compagnon, et il a souri. Il a baissé la tête, et il a joué au trictrac. » Le Turc dit : « Guerrier Kourroglou, pour ta poésie, je te paierai un tribut de cinq cents tumans. » Kourroglou pensait qu'il n'aurait rien de cet homme qui l'avait vaincu. ”
“ Ayant fini ce chant, Kourroglou commença à promener Kyrat. Reyhan l'Arabe le vit d'en bas, et, devinant que Kourroglou préparait son cheval à franchir le ravin, il dit à ses hommes: «Voulez-vous parier que Kourroglou sera assez hardi pour sauter ce précipice? Son grand courage me plaît. Je vous prends à témoin que s'il franchit le ravin, je me garderai de persécuter un homme si brave. Je lui pardonnerai et lui laisserai emmener Ayvaz; s'il succombe, je rassemblerai leurs membres dispersés et les ensevelirai avec honneur.» ”
“ Mais Burji-Sultan, résolu à reconquérir sa soeur, s'élance seul contre lui. «Que faire? dit Kourroglou dans son coeur; si je tue le frère de ma bien-aimée, elle ne me le pardonnera jamais et remplira ma vie d'amertume.» Nighara se prend à pleurer. «O Kourroglou! je n'ai qu'un frère, ne le tue pas.—Mon amie, ne crains rien,» dit Kourroglou. Et, s'adressant au prince: «Le chef de tes écuries ne gagne pas le pain qu'il mange; il n'a pas seulement serré les sangles de ton cheval. Je t'avertis que tu roules sur ta selle. Descends et raccourcis tes sangles, tu combattras ensuite contre moi.» ”
“ Kourroglou répliqua: «En vérité, nul autre homme que moi n'osera te poursuivre, J'ai pitié de toi, et n'ai pas envie de te tuer. J'ai seulement lié tes mains et tes jambes. Si une armée me poursuivait, elle ne serait pas assez hardie pour continuer après t'avoir vu ainsi garrotté.»Kourroglou lia donc Reyhan avec une corde sur sa jument, et, ayant remonté sur Kyrat, il conduisit la jument avec une corde. Il plaça Ayvaz derrière lui, et ils arrivèrent ainsi à Chamly-Bill. Les sentinelles de Kourroglou le virent venir de loin et informèrent les bandits de l'arrivée de leur maître. ”
“ Tes yeux brillants soufflent la fraîcheur sur mon coeur embrasé! Mon cher amour est couvert d'habits couleur de rose; elle est tout entière d'une teinte rose. L'eau qu'elle boit est aussi pure que l'azur du ciel. Ses yeux sont enivrés d'amour et de vin.«Je suis Kourroglou. Ne suis-je pas libre de me promener dans ces bosquets? Je ne puis marcher en liberté dans le monde, car le monde est trop étroit pour moi.»Kourroglou ayant combiné son plan avec la princesse, reprit ses habits de mollah et sortit du harem comme il y était entré. ”
“ Je pars pour Orfah, dit Kourroglou. Que personne ne de vous ne se hasarde de boire de façon à s'enivrer jusqu'à ce que je sois de retour. Malheur a celui dont la demeure retentira des sons de la musique ou du tambourin. Souvenez-vous de cette défense, ou je vous arracherai de la terre, et vous jetterai au vent, comme un chardon nuisible. Je pars seul pour chercher mon futur enfant, pour chercher Ayvaz. Je mourrai ou je reviendrai avec lui. ”
“ Il dit ces mots, et il regarda la montagne tout le temps à travers un télescope. Kourroglou continuait à promener Kyrat jusqu'à ce que l'écume parût dans ses naseaux. Enfin, il choisit une place où il avait assez d'espace pour sauter; et alors, fouettant son cheval, il le poussa en avant.Le brave Kyrat s'élança et s'arrêta sur le bord même du précipice; ses quatre jambes étaient rassemblées entre elles comme les feuilles d'un bouton de rose. Il hésita un instant, prit de l'élan, et sauta de l'autre côté du ravin; il retomba même deux métres plus loin qu'il n'était nécessaire. ”
“ Lorsque Kourroglou, toujours fidèle aux lois qu'il a instituées, a répondu aux marchands: «Oh non! c'est bien assez!» il revient vers ses compagnons, et Daly-Hassan, qui l'attend au pied de la montagne en léchant ses moustaches comme un tigre qui a soif, lui demande la permission d'essayer le tranchant de son sabre sur ces marauds, afin de leur arracher quelques barils de vin par-dessus le marché. Mais Kourroglou lui répond: «Vous connaissez le proverbe arabe: la justice constitue la moitié de la religion!» Et il rentre à Chamly-Bill les poches pleines d'or et le coeur de bons sentiments. ”
“ Tu as vengé ton père, mais tu l'as laissé périr; tu seras le plus grand guerrier de ton siècle, mais tu seras maudit; tu porteras la peine de ton orgueil au milieu de tes prospérités, et, comme ton père, tu finiras misérablement.Jusqu'ici nous avons vu réussir, comme par miracle, toutes les audacieuses tentatives de Kourroglou. Il a rassemblé mille hommes de chaque tribu, il s'est bâti une forteresse que nul souverain n'ose plus attaquer. Il a enlevé Ayvaz et Nighara, ces deux objets de sa tendresse ”
“ Pour Kourroglou, son bonnet ne remua pas de dessus sa tête; il ne regarda pas même en arrière, comme s'il ne fût rien arrivé d'extraordinaire, et il s'en alla tranquillement avec Ayvaz.Reyhan l'Arabe dit à ses hommes: «Mes amis, mes enfants! un loup à qui l'on n'ôte pas sa première proie s'enhardit et revient plus rapace que jamais. Kourroglou a enlevé aujourd'hui le fils de mon beau-frère; demain, il viendra saisir ma femme jusque dans mon lit. Il faut lui montrer que notre orteil est aussi assez fort pour tendre un arc.» ”
“ Le pacha dit: «Tu deviens trop familier, Aushik. Je t'ai déjà dit que nous en avions assez; descends. Je désire monter Kyrat moi-même.» Kourroglou sourit avec mépris, et dit:«Pacha sans cervelle! je couvrirai ton turban de boue! Comment peux-tu penser à monter ce coursier? il a plus d'esprit que toi.» Le pacha dit: «Hamza-Beg, dis-lui de descendre.—Je le lui ai dit, mais il refuse d'obéir. J'ai peur, en vérité, que cet homme ne soit Kourroglou. Pourquoi lui as-tu donné le cheval?» Le pacha dit: «Allons, vite, descends, Aushik, es-tu sourd?» ”
“ Kourroglou dit: «Puisse le pacha nager dans le bonheur, et puisse son règne être long! Je suis content. Si je meurs, puisses-tu vivre de longs jours, seigneur!» Le pacha donna ordre au vizir d'aller chercher Kyrat.Le rusé Hamza-Beg pourvut à tout: voyant que Kourroglou n'avait point d'armes avec lui, il réussit, en sellant Kyrat, à cacher une massue sous les housses et suspendit un sabre au pommeau de la selle. Il le brida ensuite et lui noua la queue. Six hommes suffisaient à peine pour conduire Kyrat hors de l'écurie, tant il était devenu gras et sauvage, après six mois de repos. ”
“ Kyrat était tendu comme un arc, sous la pression de la puissante main de Hamza; et sa robe était toute luisante, par le fait de son excellent pansement. Kourroglou trembla de toutes ses jambes, et pensa dans son coeur: «L'homme sous le bras duquel Kyrat est plié ainsi ne peut pas être un homme ordinaire.» Il cria: «Chien pelé, tu vas emporter la peau du cheval: est-ce là la manière de l'étriller?» Hamza prit un gros marteau de fer dans une niche, et, le levant sur Kourroglou, il cria: «Que viens-tu faire dans cette écurie? Va-t'en, vagabond.» ”
George Sand,
Le Poëme de Myrza
(1855)
“ Les prières et les promesses de Kourroglou ne servirent à rien. Hamza jura par la plus pure essence de Dieu qu'il ne rendrait pas le cheval. Kourroglou poussa un profond soupir du fond de sa poitrine, et dit : « HamzaBeg ! permets-moi de chanter un air qui me vient à la mémoire. » Improvisation. — « Sans Kyrat, la vie et le monde ne sont qu'un fardeau pour moi. Pauvre Kourroglou! maintenant que Kyrat a quitté tes mains, tu dois te frapper la tète de douleur, Kourroglou ! » ”
George Sand,
Lucrezia Floriani
“ Il avait encore le talent de chanter en improvisant ; sa poésie et sa voix résonnaient de la Perse à la Turquie, de Khoï à Erzeroum, et sa guitare faisait presque autant de miracles que son cimeterre. Mais qu’était-ce donc que Kourroglou ? C’était bien plus qu’un poëte, bien plus qu’un barde, bien plus qu’un lettré, bien plus qu’un pontife, bien plus qu’un roi, bien plus qu’un philosophe. Il était ce qu’il y a de plus grand... en Perse : il était bandit. Quand vous aurez fait connaissance avec lui, vous verrez que ce n’est pas peu de chose ”
“ Le Turc, comme s'il dédaignait de profiter de sa victoire, lâcha la ceinture de Kourroglou, quitta son armure, et, descendant de cheval, il invita Kourroglou à entrer sous sa tente et à devenir son hôte.Kourroglou descendit avec soumission de dessus Kyrat, se glissa dans la tente comme un rat, et prit humblement un siége. Il se sentait si honteux, qu'il osait à peine respirer. Le Turc baissa la tête comme auparavant, et se remit à jouer au trictrac avec son compagnon. Kourroglou vit que le Turc était un homme plein de courage et de noblesse. ”
“ Un seul amour pénètre jusqu'au fond de son âme, et fait de lui un être sympathique par quelque endroit, c'est sa tendresse exaltée pour son fils adoptif, Ayvaz, le Benjamin, le Renaud du poëme. Mais le véritable héros de la vie de Kourroglou, ce n'est point Kourroglou, ce n'est pas le bel Ayvaz, ce n'est pas même le spirituel marmiton Hamza-Beg; ce n'est pas un homme, ce n'est pas une femme: c'est un cheval, c'est la divin Kyrat, près duquel les coursiers d'Achille et tous les palefrois renommés de la chevalerie ne sont que de pauvres poneys. ”
“ Kourroglou dit à Ayvaz de faire venir Daly-Mehter devant lui, et d'envoyer la fille du pacha dans son propre harem. Aussitôt que Daly-Mehter parut, Kourroglou dit: «Écoute-moi, écuyer, j'ai été irrité contre toi à cause de Kyrat. Faisons la paix. J'ai amené la fille de Hassan-Pacha pour toi.» Alors, se tournant vers Ayvaz, il dit: «Qu'aucune dépense ne soit épargnée. Il faut que tu prépares des noces splendides; car c'est la fille d'un homme d'un rang élevé; elle doit être honorée.» ”
George Sand,
Le Poëme de Myrza
(1855)
“ Je compte mille hommes de chaque tribu sous ma bannière. Je puis seul montrer cent mille ingénieuses devises. » Le pacha commanda alors à ses hommes de le saisir. Kourroglou, sur cela, s'écria : « O Ali ! » Et tirant l'épée du fourreau, il fondit sur les nomades, comme un loup affamé sur un troupeau. Des monceaux de cadavres s'élevèrent autour de lui, et le pacha prit la fuite. Kourroglou dit dans son coeur : « Hamza-Beg m'a rendu de tels services qu'il faut que je lui montre ma gratitude d'une manière sensible. Je tuerai son beau-père, afin qu'il règne désormais sur la tribu de Haniss. » ”
“ «Montre-moi un homme qui puisse tendre mon arc! Montre-moi un homme qui, comme un bélier, vienne frapper sa tête contre mon bouclier! Je puis broyer l'acier entre mes dents et le cracher contre le ciel. Oh! ne combattrons-nous donc pas aujourd'hui?»Pendant que Kourroglou chante ses trophées, Daly-Hassan examine Kyrat, l'incomparable Kyrat, le fils de l'étalon-spectre, le coursier fidèle, l'ami, le porte-bonheur de Kourroglou, et il en devient épris. ”
George Sand,
Lucrezia Floriani
“ « Elle est venue pour m’apprendre la beauté. Nighara est venue pour tuer Kourroglou ; elle est venue ! » La princesse le regardait toujours ; mais, comme les femmes de chez nous, elle se montrait toujours plus cruelle pour se faire aimer davantage ; seulement, ses façons d’agir étaient un peu plus énergiques. Elle le fit battre de nouveau, et cette fois si sérieusement, que Kourroglou, vaincu par la souffrance, se roulait par terre. ”
George Sand,
Le Poëme de Myrza
(1855)
“ « O Kourroglou , nous ne craignons pas la mort; là où tu iras, nous irons. » Ils partent; ils arrivent dans la vallée de Gazly-Gull, située dans le voisinage de Khoï, et débutent par l'extermination et le pillage d'une caravane. Le gouverneur d'Érivan, Hussein-Ali-Khan, se met en route à la tète de quinze cents cavaliers pour aller réprimer ces brigandages. « Ne craignez rien, ô mes âmes! ô mes fous (Dalcelar) ! » C'est le nom d'amitié que Kourroglou donne à ses compagnons, c'est le titre glorieux que la postérité leur conserve : « Ne craignez rien , je les disperserai en moins d'une heure. » ”
“ Je viens ici pour enlever la princesse Nighara.»La langue de la vieille se raidit dont sa bouche. «Allons, n'aie pas peur, vieille carcasse.—Comment serais-je rassurée? Quand un enfant crie, sa mère lui dit pour le faire taire: «Tais-toi, ou le loup viendra te manger;» et l'enfant crie encore. La mère dit: «Voici le léopard;» l'enfant crie plus fort. La mère dit alors: «Voici Kourroglou qui va t'emporter;» l'enfant se tait et cache sa figure dans l'oreiller. ”
“ Ce dernier dit: «Longue vie au pacha!» et il alla vers Kyrat. Hamza-Beg lui tendit les rênes de ses propres mains, et lui dit tout bas: «Guerrier, la parole d'un guerrier est une parole. La promesse que je t'ai faite il y a six mois est remplie.» Kourroglou lui dit à l'oreille: «Pour cette conduite généreuse, je te jure, aussi longtemps que j'aurai un morceau de pain, je le partagerai avec toi.» Hamza-Beg dit: «Prends le sabre suspendu à la selle, attache-le à ta ceinture, tu trouveras aussi une massue sous les housses.» ”
“ Le célèbre Kyrat qu'Hamza-Beg m'a amené possède toutes les qualités que tu as énumérées; mais de quel usage est-il pour moi? Il est si méchant et si fou, que je ne puis pas le monter.Kourroglou dit: «Longue vie au pacha! un cheval fou est le meilleur à monter.—Pour quelle raison?»Kourroglou chanta ainsi:Improvisation.—«Un noble cheval marche hardiment, comme s'il cherchait à renverser son cavalier. Il secoue ses oreilles et tire si fort les rênes que le cavalier doit le tenir ferme et ne donner aucun repos à ses mains. Le cheval d'un guerrier-bélier doit être fou comme son maître.» ”
