“ Il arbora le Makara, son étendard, qui était comme la mort, la bouche ouverte, et poursuivit les ennemis avec ces coursiers à la grande force, qui semblaient voler au sein de l’atmosphère. Héros, portant le cimeterre et le carquois, la manique attachée, défense de ses doigts, il faisait vibrer le plus excellent des arcs et poussait des cris. ”
Cimeterre
Définition et enjeux
Le cimetière, espace de passage entre la vie et la mort, a longtemps été un lieu de souvenirs et de méditation. Dès l’Antiquité, il incarne la confrontation avec l’éternel, comme le rappelle le Mahâbhârata à travers son cortège funèbre. Victor Hugo, dans Les Misérables, évoque les cimetières comme des lieux de contraste entre les splendeurs des morts et la simplicité des vivants.
André Bellessort souligne leur rôle d’espaces de partage, tandis qu’Ève Circé-Côté y voit une « chaîne de prières » reliant les deux mondes. Ces perspectives, diverses et profondes, révèlent une quête universelle de sens face à l’impermanence.
Citations sur “cimeterre”
François Fabié,
Fleurs de genêts
“ Qui citera les morts au dernier jugement !...⁂ On entre au cimetière, ― hélas ! dernière étape ― Les tertres, que l’été faisait fleuris et verts, Moutonnent vaguement par la neige couverts ; Seul un grand trou profond perce la blanche nappe. Un trou noir et béant qui, rouge sur le bord, Semble une horrible plaie au sein pur de la terre, Et par où nous rentrons dans l’éternel mystère, ― Grains jetés au sillon par la main de la Mort ! Et le cercueil descend dans la fosse glacée ; La terre avec lenteur retombe des talus... ”
André Bellessort,
Revue des Deux Mondes
“ Hormis les tombeaux des Nations où se dressent de lourds granits, les tombes, — presque toutes des tombes de professeurs, — y sont aussi simples que dans un cimetière de campagne. Aucune couronne, aucune fleur artificielle n’est suspendue aux branches des croix. Mais, dans la plupart des enclos, devant le tertre de gazon, une chaise, un petit banc vous invite à reprendre avec le défunt l’entretien qu’un moment d’angoisse interrompit et marque d’une façon touchante la continuité de la vie à travers la mort. ”
Ève Circé-Côté, Bleu, blanc, rouge
“ Des files silencieuses de visiteurs recueillis envahissent notre cimetière. Foule endeuillée des orphelins, des veuves, des mères et des pères malheureux, à la démarche lourde, aux yeux rougis. Un grand nombre arrivent, les bras chargés de fleurs naturelles et artificielles. Gracieux contraste, tandis que les pleurs coulent des yeux, les tombes s’épanouissent comme aux jours du renouveau. Cette communion des vivants et des morts, qu’elle me paraît sainte et salutaire ! Cette chaîne de prières qui soude l’une à l’autre, la vie d’ici-bas à celle de l’au-de-là, comme elle me semble consolante ! ”
“ Le cimetière, même lorsque personne des nôtres n’y dort de son dernier sommeil, nous attire avec une force irrésistible. Je m’aventurai donc à travers les allées sablonneuses et les plates-bandes fleuries de ce domaine de la mort. Soudain, je m’arrêtai. À l’écart, abritée sous un saule pleureur, et, entourée d’une petite clôture en fer, se dessinait une pierre tombale avec l’inscription : « Ci-gît un ange qui a aimé et pleuré » Cette épitaphe n’était pas banale. Je résolus d’en avoir l’explication. Justement, le curé du village s’en venait de mon côté, en lisant son bréviaire. ”
Louis Besson,
L'Année d'expiation et de grâce…
(1879)
“ Tout était en deuil, le ciel comme la terre. La pluie tombait à torrents ; des brouillards, pareils à de blancs linceuls, se traînaient le long des noires forêts de sapins, aux flancs des rochers, et semblaient voiler les divers lieux où tant de braves soldats étaient tombés pour défendre ces portos de la France. La foule s'arrêtait émue à l'entrée du cimetière, regardant en silence le monument funèbre élevé par les soins de M. le curé de Saint-Pierre. Au milieu de fragments de rochers se dresse la tombe surmontée d'une croix. ”
Marguerite Milon, Poèmes : T. 1 (1932)
“ Dans toutes les cités et dans tous les villages Les vivants, chez les morts, en ce jour se rendront; Leur prière et leurs fleurs seront les témoignages De leur fidèle amour, parfois de leur pardon ! Pourtant, au cimetière, il se peut qu'une tombe Au sol embroussaillé ne sente la douceur Du parfum de la fleur, de la larme qui tombe, Tendre et fraîche à la fois, comme un baiser de soeur. O vous, les tristes morts, qui n'avez plus personne Pour vous dire « au revoir ! » et parer vos tombeaux, Qu'aujourd'hui ma pensée, affectueuse et bonne Puisse vous rappeler vos instants les plus beaux. ”
“ On dirait que ces bouleaux blancs ne peuvent oublier les yeux mouillés de larmes qui ont cherché le ciel entre leurs branches verdoyantes et que ce sont des soupirs profonds et non le vent, qui agitent l’air et le frais feuillage. Vous aussi, vous errez songeur dans le cimetière. Votre oreille perçoit les faibles échos des sanglots et des gémissements, vos yeux s’arrêtent sur la somptuosité de certains monuments, sur les modestes croix de bois et les tombes muettes et inconnues de gens qui ont passé toute leur vie muets, inconnus et inaperçus. ”
Léonie d’Aunet,
Voyage d’une femme au Spitzberg
“ Je comptai cinquante-deux tombes disséminées dans ce cimetière plus affreux qu’aucun autre ; cimetière sans épitaphes, sans monuments, sans fleurs, sans souvenirs, sans larmes, sans regrets, sans prières ; cimetière désolé, où il semble que l’oubli enveloppe deux fois le mort, où ne s’entend jamais ni un soupir, ni une voix, ni un pas humain ; solitude terrible, silence profond et glacé, troublé seulement par le sourd hurlement de l’ours blanc ou le mugissement de la tempête ! ”
“ Il y a, au cimetière du Père-Lachaise, aux environs de la fosse commune, loin du quartier élégant de cette ville des sépulcres, loin de tous ces tombeaux de fantaisie qui étalent en présence de l’éternité les hideuses modes de la mort, dans un angle désert, le long d’un vieux mur, sous un grand if auquel grimpent, parmi les chiendents et les mousses, les liserons, une pierre. ”
Les Franciscains à Bolbec, ou Notice sur la mission donnée à Bolbec par les RR. PP. Franciscains à… (1860)
“ Grand et émouvant spectacle, s'il en fut jamais ! Le cimetière d'une grande ville, d'ordinaire si silencieux, si désert, couvert sur toute sa surface d'une multitude de vivants qui correspond à la multitude des morts qu'il recèle en son sem; un père avec ses enfants sur la tombe , d'une mère ; un jeune époux et une jeune épouse sur la tombe d'un enfant ; des familles entières en grand deuil sur des tombes fraîches encore ; tout ce monde à genoux, la tête inclinée sous l'impression des plus déchirants souvenirs, les yeux baignés de larmes ”
Lord Feeling, Revue des Deux Mondes
“ Votre cimetière ressemble au cirque de la place des Taureaux. Sous les galeries, les niches, ce sont les loges où se placent les grands et les riches ; au-dessous, les tombes numérotées, — c’est l’amphithéâtre couvert où vont les fortunes moyennes. Au bas et à l’air libre, les fosses communes, c’est le tendido, le parterre, où se mêle et s’entasse la foule misérable et sans nom. ”
Max Reichard, Souvenirs d'un aumônier protestant au camp français devant Sébastopol… (1869)
“ Ce cimetière, situé tout près de la Quarantaine, avait été pris par nos soldats, pendant une nuit de mai, après un combat terrible. La chapelle, délicieusement placée dans un nid de verdure, est bien encore debout, parce qu'elle a dû servir de poste d'observation aux vedettes, mais ses autels sont dévastés, ses tableaux mutilés, son toit est percé à jour. Les tombes n'ont pas moins souffert. Les boulets ont brisé les croix, labouré les tertres. Quelques monuments sont, comme par miracle, restés intacts et vous avertissent que vous traversez un cimetière ”
Gustave Flaubert,
Correspondance de Gustave Flaubert
“ On traverse un cimetière comme on traverse un bazar. Toutes les tombes sont pareilles ; elles ne diffèrent que par l’ancienneté. Seulement, à mesure qu’elles vieillissent, elles s’enfouissent et disparaissent, comme fait le souvenir qu’on a des morts. ”
J.-N. Leprince, Les Mémoires d'un ressucité, par J.-N. Leprince… (1876)
“ Dans le champ du repos, couverte d'un manteau, Une mère à son fils dira près d'un tombeau : Là dorment tes ancêtres, enfant, sous ces rameaux, Marche en courbant la tête ; regarde ces tombeaux. Sous ce marbre scellé, là repose ton père. Il ne faut pas pleurer, enfant, fais ta prière ; Vois ce champ funéraire ; aux morts c'est le domaine; Tout comme toi, mon fils, ils ont couru la plaine, Tout comme toi, enfant, dans ce bosquet champêtre, Ils ont cueilli des fleurs et couru à la fête. ”
Alphonse Karr,
La Soupe au caillou, histoires contemporaines…
(1884)
“ Pour vous, les enterreurs civils, qui ne croyez pas à l'àme, ni à une vie future, vous n'amenez au cimetière qu'un cadavre qui va pourrir, et c'est tout... Les chrétiens et ceux qui pensent autrement que vous croient rendre à la terre seulement la partie matérielle de l'ami perdu, un vêtement, une prison de chair, quelque chose comme le cocon que perce et abandonne sans le regarder le papillon, qui cesse d'être chenille et s'élance clans l'air à la recherche du parfum et du nectar des fleurs aussi brillantes que lui. Vous laissez votre mort au cimetière et vous lui dites adieu ”
Émile Zola,
Nouveaux contes à Ninon
“ Des masses d’arbres montaient sur la hauteur, laissant voir, sous la dentelle encore tendre de leurs feuilles, les coins éclatants des grands tombeaux. Le printemps est doux pour les champs déserts où reposent nos morts bien-aimés ; il sème de gazon les molles allées que suivent à pas lents les jeunes veuves ; il blanchit les marbres d’une gaieté enfantine et claire. De loin, le cimetière ressemblait à un énorme bouquet de verdure, piqué çà et là d’une touffe d’aubépine. Les tombeaux sont comme les fleurs virginales des herbes et des feuillages. _____ ”
“ On approchait du cimetière. Des deux côtés de la chaussée les hangars des marbriers montraient des blancheurs dures, des dalles, des statues, des croix mêlées à l'or des immortelles, au jais noir ou blanc des couronnes et des ex-votos. ”
Maxime Du Camp,
Les Cimetières de Paris
“ Les épitaphes qui sont tant soit peu singulières excitent une curiosité excessive. Dans un de nos trois grands cimetières, sur une tombe fort modeste, on a gravé une inscription qui relate un fait pathologique rare, mais non point sans exemple. Lorsque la foule envahit les cimetières au jour des trépassés, on est obligé de placer des agens près de ce tombeau, parce qu’il est tellement environné de curieux que les sépultures mitoyennes ont à en souffrir ; on se presse, on s’entasse pour mieux voir, et, sans y prendre garde, on brise les grilles ou les clôtures voisines. ”
Léopold-François Sauvé, Le Folk-Lore des Hautes-Vosges
“ Dire trois Pater en tenant les yeux fixés sur le cercueil d’une personne que l’on vient de descendre dans la fosse, et, si le mal persiste, réciter la même prière, à minuit, sur une tombe fraîchement fermée, dans un cimetière où l’on se sera rendu seul. ”
“ J’ai constaté, tant dans l’église que dans la salle capitulaire et le cloître, un tombeau du huitième siècle, deux du treizième, six du quatorzième, six du quinzième, onze du seizième, huit du dix-septième et neuf du dix-huitième ; en tout quarante-trois sépulcres. Dans ce nombre je ne compte ni les tombeaux-autels, difficiles à aborder et à explorer, ni les tombeaux-pavés, sombre et confuse mosaïque de la mort de jour en jour plus effacée sous les pieds de ceux qui vont et viennent. ”
Auguste Vidieu, Histoire de la commune de Paris en 1871 (1876)
“ Que lui importait le deuil des familles, la désolation de la foule qui, après chaque combat, se pressait dans les cimetières et cherchait un des siens parmi les victimes non encore reconnues! Nous n'oublierons jamais le lugubre tableau qui s'est offert un jour à nos yeux dans le cimetière de l'Est. Sur une longue ligne, dans une profonde tranchée, étaient rangés des cercueils dont le nombre s'accroissait à chaque instant. ”
André Suarès,
Voyage du Condottière
“ Le lieu de la vieille ville, le plan bâti où toute pierre et toute brique satisfait aux conditions de la vie meurtrière, est un cimetière dans un champ de vieux palais. Le cimetière est en plein vent, et les morts illustres, non contents d’être couchés sur leurs tombeaux, les surmontent à cheval. ”
Adjutor Rivard,
Manuel de la parole
“ Les Anciens n’ont point eu de lieux de sépulture plus agréables que nos cimetières de campagne : des prairies, des champs, des eaux, des bois, une riante perspective, marient leurs simples images avec les tombeaux des laboureurs. On aime à voir le gros if qui ne végète plus que par son écorce, les pommiers du presbytère, le haut gazon, les peupliers, l’ornement des morts, et les buis, et les petites croix de consolation et de grâce. ”
Jules Claretie,
Ruines et fantômes
(1874)
“ Il voit passer sans être ému bien des robes noires, bien des yeux rouges. Que lui font ces deuils, à lui? Il vit à côté de la mort; bien plus, il vit de la mort sans aucun tressaillement, par habitude. Tout s'use dans l'homme, tout, et surtout l'attendrissement. Le cimetière n'est pas vaste. On pourrait apercevoir dès l'entrée, au bout de l'allée bordée d'arbres et de tombes, le mur de clôture. ”
C.-P. Arnaud, Recueil de tombeaux des quatre cimetières de Paris
“ Ils les parent, leur peignent le visage et le reste du corps de différentes couleurs ; ensuite ils les déposent dans un cercueil fait avec des écorces d’arbre, dont ils polissent la surface avec des pierres ponces. Ils dressent une palissade autour du tombeau qui est toujours élevé à plusieurs pieds de terre. Lorsque le mort est enterré, ils font un festin où tout se passe avec tristesse. Les parens du défunt y gardent le silence ; la danse et le chant en sont exclus. Tous les convives font des présens aux parens, et les jettent à leurs pieds après leur avoir fait un compliment. ”
Gabriel Hanotaux,
Revue des Deux Mondes
“ Les tombes sont comme des maisons étroites, qui racontent, en les prolongeant, les sentimens, les mœurs et même les goûts de ceux qui les habitent. Elles aussi ont un style, qui va, dans ce cimetière récent, du mesquin et de l’étriqué par lequel commence un siècle bourgeois au faste quelque peu étalé et vain de ce même siècle finissant. ”
René Benjamin,
La prodigieuse Vie d'Honoré de Balzac
(1928)
“ Les inscriptions y sont plus tristes que la mort, mais qu'il est beau, ce cimetière, d'où l'on domine la ville, et où il vous prend l'envie, quand on a le pied sur les défunts et que d'un regard on embrasse les demeures de huit cent mille vivants, de ne pas se laisser mourir avant d'avoir vécu plus glorieusement que les autres. ”
Émile Négrin, Souvenir des villes de soleil. Les Odes d'Émile Négrin… (1869)
“ Un jour s'ouvre le cimetière Où déja sous la froide pierre Martir et tiran sont égaux, Et d'où, changeant enfin de rôle, L'un avec la nimbe s'envole, L'autre avec l'affreuse auréole Des rayonnements infernaux. ”
“ Nos cimetières rustiques, peuplés de croix et de tombes, produisent un tout autre effet que cette ville mortuaire qui a ses monuments, ses rues, ses jardins. La vue est superbe, et comme on est sûr que cette terre ne recouvre aucun des êtres éternellement regrettés qui font désormais d’un cimetière le plus auguste des sanctuaires, on commence une promenade sérieuse, mais enfin une promenade. ”
Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy,
Encyclopédie méthodique
(1788)
“ Quel qu’ait été, ou quel que soit encore l’usage de placer des pierres horizontales que l’on couvre d’épitaphes, sur les corps morts, il paroît qu’on ne les a nommées tombes que par suite de l’usage qui fait donner si souvent le nom du tout à ce qui n’en est, ou n’est censé en être qu’une partie. Et effectivement, il est assez certain que jadis les morts, sur les corps desquels on plaçoit ces tables de pierre ou de marbre, étoient enterrés dans un cercueil soit de bois, soit de plomb, soit de pierre, qui devoit avoir aussi le nom de tombe. ”
Maxime Du Camp,
Les Cimetières de Paris
“ On place sur les tombes les fleurs que les morts ont aimées, comme si le parfum pouvait en descendre jusqu’à eux. Un jour, — il y a longtemps, — au cimetière Montmartre, j’ai été très ému, A quelque distance d’une tombe que j’allais visiter, j’aperçus une jeune femme agenouillée, les deux mains posées sur une dalle sépulcrale et la tête appuyée sur les mains. ”
Ernest Renan,
Essais de morale et de critique
“ Vos tombes verdissent là-bas, sous le vieux if du cimetière. Quand les souffles humides du couchant murmurent entre les hautes herbes, on dirait des esprits qui gémissent. Époux de la mort, est-ce vous qui tressaillez sur votre couche mystique ? ”
Prosper Mignard, Notice biographique. Jean Jacquinot… (1854)
“ Entraîné par ce secret penchant de l'âme qui guide nos pas vers les tombeaux comme pour nous prévenir de la brièveté du temps, et nous avertir qu'il faut faire un bon usage de la vie, je m'acheminais, hier, vers le cimetière de ma petite ville natale. ”
Kathleen O Meara, Un salon à Paris : madame Mohl et ses intimes… (1886)
“ Le vieux cimetière, avec ses chapelles silencieuses et ses tombes fleuries, vit rarement un spectacle plus triste que celui de cette veuve presque centenaire, assise sur un tertre élevé, par une froide matinée d'automne, regardant de loin le cercueil de son mari qu'elle faisait transporter de sa tombe provisoire à celle qu'elle lui avait préparée ”
