“ Et vlan ! dans le bois vert s’enfonce le taillant de la bonne hache, et vlin ! dans l’air volent les éclats. « Il y a des mois que je l’ai choisi. Un soir, à l’heure où, la journée faite, on regarde fumer la terre au soleil qui tombe, ma jeune femme m’a dit son espérance ; tête découverte, j’ai répondu : « Dieu soit béni ! » Puis, du seuil de notre chaumière, lui montrant, à l’orée du bois, cet arbre plus beau que les autres : « Pour faire le ber, c’est « celui-là que j’abattrai ! »... Et vlan ! le taillant de la bonne hache s’enfonce plus avant dans le bois vert, et vlin ! ”
Adjutor Rivard
Élements biographiques
Adjutor Rivard (1868–1945), avocat, juge, écrivain et linguiste québécois, incarne une figure centrale de la préservation du français canadien et de la littérature régionaliste. Formé au Petit séminaire de Québec et à l’Université Laval, il fonde en 1905 la Société du parler français au Canada (SPFC), dont il rédige le Glossaire du parler français au Canada (1930), un ouvrage fondamental de la lexicographie québécoise.
Son œuvre, marquée par un idéalisme rural et un attachement aux traditions, se décline dans des textes comme Chez nous (1914) ou Chez nos gens (1918), primé par l’Académie française, où la vie paysanne, la foi et la résilience des communautés sont célébrées. À travers ses essais, ses manuels de récitation et ses collaborations dans des revues comme L’Action catholique, Rivard allie linguistique, pédagogie et réflexion morale, laissant une trace durable dans la culture québécoise.
Citations de Adjutor Rivard
Adjutor Rivard,
Manuel de la parole
“ « Donc je sais un héros ! Tout héros qu’on renomme Doit savoir à peu près ce qu’on pense de lui ; L’homme, si grand qu’il soit, n’en est pas moins un homme, Et l’orgueil ici-bas est son plus ferme appui. La gloire sans éclat, c’est l’ombre, le silence, La chanson sans écho, le miroir sans reflet ; À quoi bon et pourquoi ? Rien n’est plus doux, je pense, Que d’entendre le bruit qu’autour de soi l’on fait. » Après ce long discours, pour mieux reprendre haleine, Pierrot, l’ami Pierrot, prestement avisa Au fond d’un buffet noir une bouteille pleine. ”
“ Un homme à cheval, ni selle ni bride, passe au galop : « Au feu ! » Une lueur se reflète sur le clocher. « Au feu ! Au feu ! » De partout l’on accourt, avec des haches, des échelles, des chaudières. Dans le chemin du roi, il fait clair comme en plein jour. C’est chez les Saintonge, au bout du village, que le tonnerre est tombé, sur la grange neuve au sud de la maison. Quand on s’en est aperçu, déjà tout le foin était en feu, des flammes perçaient la couverture. Et le vent, qui fait rage, souffle vers l’église ! Si le feu prend à la maison des Saintonge, c’est fini : tout le village y passera. ”
