“ Il a trouvé le fléau dans le fenil, la fourche dans l’étable, la faux et le javelier sur les entraits de la grange, la braye dans le grenier du fournil... L’un après l’autre, de-ci de-là, l’oncle Jean les a recueillis ; il les a portés dans le hangar, loin des regards curieux, loin des insultes. Il y a là aussi, comme en un musée d’humbles antiquailles, un soc de charrue le fer ébréché d’une brèche, une enclume à deux cornes, des goutterelles, des morceaux d’attelage... Ce sont les vieux amis du vieux laboureur. De temps en temps, il va les voir. Il les manie, il leur parle à voix basse. ”
Adjutor Rivard
Résumé
Chez nous, d’Adjutor Rivard, explore la vie rustique et les traditions familiales dans un village rural, à travers les destins d’Anselme, Catherine et leurs proches. L’œuvre met en scène les difficultés du travail agricole, les liens avec la terre et la paroisse, ainsi que la résilience face aux malheurs.
Les objets du quotidien, comme le poêle ou la hache, deviennent des symboles de souvenirs et de pérennité. Le roman, teinté de mélancolie et de respect pour les ancêtres, célèbre les origines du paysan, tout en interrogeant l’avenir de ses descendants.
Citations de Chez nous (Adjutor Rivard)
“ Et vlan ! dans le bois vert s’enfonce le taillant de la bonne hache, et vlin ! dans l’air volent les éclats. « Il y a des mois que je l’ai choisi. Un soir, à l’heure où, la journée faite, on regarde fumer la terre au soleil qui tombe, ma jeune femme m’a dit son espérance ; tête découverte, j’ai répondu : « Dieu soit béni ! » Puis, du seuil de notre chaumière lui montrant, à l’orée du bois, cet arbre plus beau que les autres : « Pour faire le ber, c’est « celui-là que j’abatterai ! »... Et vlan ! le taillant de la bonne hache s’enfonce plus avant dans le bois vert, et vlin ! ”
“ Ce qu’ils quittent, en vérité, et à quoi ils renoncent, c’est plus que cela : c’est le pays natal ; pour celui-ci c’est la montagne, pour celui-là la plaine, mais pour tous, au flanc des collines ou dans la vallée, c’est la paroisse où s’écoula, paisible, la vie des anciens, l’église où se plièrent leurs genoux, la terre qui garde leurs os ; c’est la glèbe que les aïeux fécondèrent d’un rude et pénible labeur ; c’est le trésor des traditions familiales, les saines coutumes du foyer, le culte du passé, la religion du souvenir ; et c’est peut-être aussi le parler des ancêtres, hélas ! ”
