“ Puis, s’adressant à Mason, il lui demanda doucement : « Pouvez-vous nous dire, monsieur, si la femme de M. Rochester vit encore ? — Courage ! continua l’homme de loi, parlez haut. — Elle vit et demeure au château de Thornfield, dit Mason d’une voix, un peu plus claire ; je l’y ai vue au mois d’avril dernier, je suis son frère. — Au château de Thornfield ? s’écria le ministre ; c’est impossible ; il y a longtemps que je demeure dans le voisinage, monsieur, et je n’ai jamais entendu parler d’aucune dame Rochester au château de Thornfield. » ”
Thornfield
Définition et enjeux
Citations sur “Thornfield”
“ Ses dernières paroles avaient été un baume : elles semblaient signifier qu’il ne lui était pas indifférent de se voir oublié par moi ; puis il avait appelé Thornfield ma demeure. Hélas ! je l’aurais bien désiré ! ”
“ Il fallait le quitter, je le voyais bien ; mais quand ? comment ? et pour aller où ? Je ne le savais pas encore ; et pourtant j’étais certaine que lui-même me chasserait de Thornfield ; il me semblait qu’il ne pouvait pas m’aimer d’une véritable affection ; il n’avait eu qu’une passion passagère, et il n’avait plus besoin de moi, puisqu’il ne pouvait pas la satisfaire : je craignais même de le rencontrer, car je croyais qu’il devait me détester. Oh ! combien j’avais été aveugle et faible dans ma conduite ! Ma vue se voila ; je crus que l’obscurité se répandait autour de moi ”
“ « J’aime cette journée, j’aime ce ciel d’acier, j’aime l’immobilité et la dureté de ce paysage sous cette gelée ; j’aime Thornfield, son antiquité, son isolement, ses vieux arbres, ses buissons épineux, sa façade grise et les lignes de ses fenêtres sombres qui réfléchissent ce ciel métallique ; et cependant j’en ai longtemps abhorré la seule pensée, je l’ai évité comme une maison maudite et que je déteste encore !... » Il serra les dents et se tut ; il s’arrêta et frappa du pied le sol durci ; une pensée fatale semblait l’étreindre si fortement qu’il ne pouvait faire un pas. ”
Charlotte Brontë,
Jane Eyre; ou Les mémoires d'une institutrice
(1854)
“ Une semaine se passa sans qu'on reçût aucune nouvelle de M. Rochester ; au bout de dix jours il n'était pas encore revenu. Mme Fairfax me dit qu'elle ne serait pas étonnée qu'en quittant le château de M. Eshton il se rendît à Londres, puis que de là il passat sur le continent pour ne pas revenir à Thornfield de toute une année ; bien souvent disait-elle, il avait quitté le château d'une manière aussi prompte et aussi inattendue. En l'entendant parler ainsi, j'éprouvai un étrange frisson et je sentis mon coeur défaillir. Je venais de subir un douloureux désappointement. ”
“ Alors je souhaitais plus d’expérience, des rapports plus fréquents avec les autres hommes et la possibilité d’étudier un plus grand nombre de caractères que je ne pouvais le faire à Thornfield. J’appréciais ce qu’il y avait de bon dans Mme Fairfax et dans Adèle, mais je croyais à l’existence d’autres bontés différentes et plus vives. Ce que je pressentais, j’aurais voulu le connaître. Beaucoup me blâmeront sans doute ; on m’appellera nature mécontente ; mais je ne pouvais faire autrement ; il me fallait du mouvement. Quelquefois j’étais agitée jusqu’à la souffrance ”
“ On avait rentré les foins ; les champs verts qui entouraient Thornfield venaient d’être fauchés ; la route poudreuse était durcie par la chaleur ; les arbres se montraient dans tout leur éclat : les teintes foncées des haies et des bois touffus contrastaient bien avec la nuance tendre des prairies nouvellement fauchées. Un soir, Adèle, fatiguée d’avoir ramassé des baies la moitié de la journée, s’était couchée avec le soleil ; quand je la vis endormie, je la quittai pour me rendre dans le jardin. ”
“ Je fis un autre rêve, monsieur ; Thornfield n’était plus qu’une ruine déserte, et servait de retraite aux chauves-souris et aux hiboux ; de toute la belle façade, il ne restait qu’un mur très élevé, mais mince et qui semblait fragile ; par un clair de lune, je me promenais sur l’herbe qui avait poussé à la place du château détruit ; je heurtais tantôt le marbre d’une cheminée, tantôt un fragment de corniche. Enveloppée dans un châle, je portais toujours le petit enfant inconnu ”
Charlotte Brontë,
Jane Eyre
(1847)
“ Mon coeur se soulevait; j'étais déjà sur les terres de mon maître; je me mis à penser, et je me dis tout à coup: «M. Rochester a peut-être quitté la terre anglaise, et quand même il serait au château de Thornfield, qui y trouveras-tu avec lui? sa femme folle. Tu ne peux rien faire ici; tu n'oseras pas lui parler, ni même rechercher sa présence; tu te donnes une peine inutile, tu ferais mieux de ne pas aller plus loin. Demande des détails aux gens de l'auberge; ils te diront tout ce que tu désires savoir, ils éclairciront tes doutes. Va demander à cet homme si M. Rochester est chez lui.» ”
Eugène Forcade, Revue des Deux Mondes
“ Elle est sur le point de céder au missionnaire ; seulement, avant de quitter son pays, elle veut revoir encore Thornfield et connaître le sort de Rochester ; mais elle trouve Thornfield détruit. La folle, une nuit, a réussi à y mettre le feu : montée sur les créneaux, comme le mauvais génie du vieux manoir, et dominant l’incendie, elle s’est abîmée dans l’édifice embrasé. Rochester a été arraché aux flammes, aveugle et mutilé. Jane Eyre vole vers lui. Il recouvre la vue. Elle l’épouse. ”
Charlotte Brontë,
Jane Eyre
(1847)
“ Un son aigu, sauvage, perçant, qui retentit d'un bout à l'autre de Thornfield, venait de briser le silence et le repos de la nuit. Mon pouls s'arrêta; mon coeur cessa de battre; mon bras étendu se paralysa. Mais le cri ne fut pas renouvelé; du reste, aucune créature humaine n'aurait pu répéter deux fois de suite un semblable cri; non, le plus grand condor des Andes n'aurait pas pu, deux fois de suite, envoyer un pareil hurlement vers le ciel: il fallait bien se reposer, avant de renouveler un tel effort. ”
“ À ce moment, la lune éclairait la fente qui les séparait ; son disque était d’un rouge sang et à moitié voilé par les nuages ; elle sembla me jeter un regard sauvage et terrible, puis se cacha rapidement derrière les nuages. Le vent cessa un instant de mugir dans Thornfield ”
Charlotte Brontë,
Jane Eyre
(1847)
“ On entendait un joyeux murmure dans la grande salle; les voix graves des messieurs et les accents argentins des dames se mêlaient harmonieusement. Mais, bien qu'il ne parlât pas haut, la voix sonore du maître de Thornfield souhaitant la bienvenue à ses aimables hôtes retentissait au-dessus de toutes les autres, puis des pas légers montèrent l'escalier; on entendit dans le corridor des rires doux et joyeux ”
“ « Nous ne sommes plus bien loin de Thornfield, maintenant. » Je regardai de nouveau ; nous passions devant une église ; j’aperçus ses petites tours courtes et larges, et j’entendis l’horloge sonner un quart. Je vis aussi sur le versant d’une colline une file de lumières indiquant un village ou un hameau. Dix minutes après, le cocher descendit et ouvrit deux grandes portes qui se refermèrent dès que nous les eûmes franchies. Nous montâmes lentement une côte, et nous arrivâmes devant la maison. On voyait briller des lumières derrière les rideaux d’une fenêtre cintrée ”
“ Cependant, vous cacher la présence de la folle, c’était comme recouvrir un enfant d’un manteau et le placer près d’un arbre élevé ; le voisinage de ce démon est empoisonné et le fut toujours. Mais je fermerai le château de Thornfield ; je mettrai des pointes aiguës au-dessus de la grande porte, des barres de fer devant les fenêtres du rez-de-chaussée. Je donnerai à Mme Poole deux cents livres sterling par an pour qu’elle demeure ici avec ma femme, ainsi que vous appelez cette terrible furie ; Grace fait beaucoup pour de l’argent. ”
“ Oui, dit-elle, c’est un joli endroit ; mais il perdra beaucoup si M. Rochester ne se décide pas à y demeurer ou à y faire de plus fréquentes visites. Les belles terres et les grandes maisons exigent la présence du propriétaire. — M. Rochester ! m’écriai-je ; qui est-ce ? — Le propriétaire de Thornfield, me répondit-elle tranquillement ; ne saviez-vous pas qu’il s’appelait Rochester ? ”
Eugène Forcade, Revue des Deux Mondes
“ Mme Fairfax, la gentille petite vieille, n’était point la châtelaine douairière de ce manoir, elle en était la femme de charge. Thornfield appartenait à M. Edward Fairfax Rochester, un homme de quarante ans, qui avait long-temps voyagé, passait pour avoir mené une vie orageuse, et paraissait nourrir une sorte d’aversion pour son château de famille, où il ne faisait que des séjours courts et rares. Il y avait conduit récemment une petite fille française, une enfant de sept à huit ans qu’il voulait élever comme sa pupille, et dont l’éducation venait d’être confiée à Jane Eyre ”
Charlotte Brontë,
Jane Eyre; ou Les mémoires d'une institutrice
(1854)
“ Thornfield est un vieux château, un peu négligé depuis quelque temps, mais encore respectable. Cependant, en hiver, on se sentirait triste même dans le plus beau quartier d'une ville, quand on est seule. Je dis seule ; Leah est sans doute une gentille petite fille ; John et sa femme sont très-bien aussi, mais ce ne sont que des domestiques, et on ne peut pas les traiter en égaux; il faut les tenir à une certaine distance, dans la crainte de perdre son autorité. ”
“ J’étais à un mille de Thornfield, dans un sentier connu pour ses roses sauvages en été, ses noisettes et ses mûres en automne, et qui même alors possédait encore quelques-uns des fruits rouges de l’aubépine ; mais en hiver son véritable attrait consistait dans sa complète solitude et dans son calme dépouillé. Si une brise venait à s’élever, on ne l’entendait pas ; car il n’y avait pas un houx, pas un seul de ces arbres dont le feuillage se conserve toujours vert et fait siffler le vent ”
“ Je le priai de fermer la porte et de s’asseoir, parce que j’avais quelques questions à lui faire ; mais je ne savais par où commencer, tant je craignais sa réponse ! et pourtant le spectacle que je venais d’avoir sous les yeux m’avait un peu préparée à un récit douloureux. L’hôte était un homme d’âge mûr et d’apparence respectable. « Vous connaissez sans doute le château de Thornfield ? hasardai-je enfin. — Oui, madame, j’y ai demeuré autrefois. — Vous ! Pas de mon temps, pensai-je ; car votre visage m’est étranger. — J’ai été le sommelier du défunt M. Rochester, » ajouta-t-il. ”
Charlotte Brontë,
Jane Eyre
(1847)
“ On paye bien à Thornfield; mais Mme Poole reçoit cinq fois autant que moi et elle met de côté; tous les trimestres elle va porter de l'argent à la banque de Millcote; je ne serais pas étonnée qu'elle eût assez pour mener une vie indépendante. Mais je crois qu'elle est habituée à Thornfield; et puis elle n'a pas encore quarante ans; elle est forte et capable de faire bien des choses: il est trop tôt pour cesser de travailler.— C'est une bonne domestique? reprit la femme de journée.— Oh! elle comprend mieux que personne ce qu'elle a à faire, répondit Leah d'un ton significatif ”
“ Je ne pensais pas qu'à Thornfield on pût craindre aucun danger. Mais à l'avenir, ajoutai-je en appuyant sur chaque mot, je veillerai à ma sûreté.— Et vous avez raison, répondit-elle. Les environs sont aussi tranquilles que possible, et je n'ai jamais entendu parler de voleurs depuis que le château est bâti; et pourtant on sait qu'il y a ici pour des sommes énormes de vaisselle d'argent; et pour une aussi grande maison vous voyez qu'il y a bien peu de domestiques, parce que notre maître y demeure rarement et qu'il n'est point marié. Mais je crois qu'il vaut toujours mieux être prudent ”
“ Je retournais à Thornfield, mais pour combien de temps ? j’étais persuadée que mon séjour n’y serait pas long. J’avais reçu une lettre de Mme Fairfax. Elle m’apprenait que les invités de M. Rochester venaient de quitter le château ; M. Rochester était à Londres depuis trois semaines, mais il devait revenir dans une quinzaine de jours ; Mme Fairfax me disait qu’il était allé faire des préparatifs pour son mariage, et qu’il avait parlé d’acheter une voiture neuve. Elle ajoutait que ce mariage avec Mlle Ingram lui paraissait toujours bien étrange ”
“ Je me levai, pris mon manchon et mon parapluie, et me hâtai de sortir de la chambre. Je vis un homme devant la porte de l’auberge, et à la lueur d’un réverbère je pus distinguer dans la rue une voiture traînée par un cheval. « C’est là votre bagage ? dit brusquement l’homme qui m’attendait, en indiquant ma malle. — Oui. » Il la plaça dans l’espèce de charrette qui devait nous conduire ; je montai ensuite, et, avant qu’il refermât la portière, je lui demandai à quelle distance nous étions de Thornfield. ”
“ Il arriva un événement qui rendit nécessaire de rechercher la gouvernante ; on apprit qu’elle était partie ; personne ne put savoir quand, comment, ni pour aller où ; elle avait quitté le château de Thornfield pendant la nuit. Toutes les recherches sont restées infructueuses ; on a parcouru tout le pays sans avoir pu rien apprendre sur elle, et pourtant il est indispensable qu’on la trouve ; on a écrit dans tous les journaux ; moi-même j’ai reçu une lettre d’un M. Briggs, procureur, où l’on me communiquait les détails que je viens de vous rapporter ; n’est-ce pas une histoire étrange ? ”
Charlotte Brontë,
Jane Eyre
(1847)
“ Mon coeur se gonfla.«Je ne vaux pas mieux que le vieux marronnier frappé par l'orage dans le verger de Thornfield, dit-il au bout de peu de temps. Cette ruine aurait-elle le droit de demander à un chèvrefeuille en boutons de la recouvrir de ses fraîches fleurs?— Vous n'êtes pas une ruine, monsieur; vous n'êtes pas un arbre frappé par l'orage: vous êtes jeune et vigoureux. Des plantes pousseront autour de vos racines, sans même que vous le demandiez, car elles se réjouiront de votre riche ombrage; elles s'appuieront sur vous et vous enlaceront, parce que votre force leur sera un soutien sûr.» ”
“ Le matin commençait à poindre dans la cour ; les grandes portes étaient fermées à clef ; heureusement, le guichet de l’une d’elles n’était fermé qu’au loquet : j’en profitai pour sortir, puis je la poussai derrière moi : J’étais maintenant hors de Thornfield. À une distance d’un mille, au delà des champs, s’étendait une route qui allait dans la direction contraire à Millcote ; je n’avais jamais parcouru cette route, mais souvent je l’avais remarquée et je m’étais demandé où elle conduisait : ce fut de ce côté-là que je dirigeai mes pas. Je ne devais plus me permettre aucune réflexion ”
Oliver Goldsmith,
Le Vicaire de Wakefield
“ Mais, quand il apprit que M. Thornhill, à qui elle avait, par obligation formelle, donné sa fortune, refusait de la rendre, son désappointement fut extrême. Il vit que tout ce qu’il possédait allait enrichir un homme qui n’avait rien lui-même. Thornhill, un misérable ! il aurait pu supporter cette idée ; mais ne pas trouver une fortune égale à celle de sa fille !... c’était pour lui un véritable supplice. Il resta donc quelques minutes absorbé dans ces douloureuses réflexions. Sir William essaya de le consoler. ”
Oliver Goldsmith,
Le Vicaire de Wakefield
“ « Sur ma parole, dit M. Thornhill, je n’ai jamais rien vu de plus absurde que d’appeler pareille horreur une beauté ; » et il ajouta : « Que je sois défiguré sur l’heure, si je n’aurais pas plus de plaisir à choisir ma maîtresse sur la foi d’une des lampes qui brûlent sous l’horloge de Saint-Dunstan ! » Puis il se prit à rire, et nous aussi ; les saillies du riche réussissent toujours. Olivia n’y tint pas : « Il a, dit-elle à voix basse, mais assez haut pour être entendue, un fonds inépuisable de gaieté ! » ”
Oliver Goldsmith,
Le Vicaire de Wakefield
“ Celle-là, s’écria-t-il en désignant une maison fort magnifique qui se dressait à quelque distance, appartient à M. Thornhill; ce jeune gentilhomme jouit d’une fortune considérable, mais qui dépend entièrement du bon plaisir de son oncle, sir William Thornhill, gentleman qui, se contentant de peu pour lui-même, permet à son neveu de jouir du reste et demeure presque toujours à Londres.—Quoi! m’écriai-je, est-ce que mon jeune seigneur serait le neveu d’un homme dont les vertus, la générosité et les bizarreries sont si universellement connues? ”
