“ De telles réflexions sont propres à faire impression sur un cœur aussi sensible que celui de mon Évelina. — Vous ne me dites rien, ma chère : — voulez-vous que je vous nomme ceux que je crois mériter le plus vos regrets » ? Je gardai toujours le silence, et il continua. « Parmi les personnes dont parle votre journal de Londres, il n’en est point qui paroisse dans un jour plus avantageux que mylord Orville ; peut-être... ». ”
Évelina
Définition et enjeux
Citations sur “Évelina”
“ Depuis quelque temps, mon cher monsieur, votre Evelina passe sa vie dans un tourbillon perpétuel ; chaque jour devient plus intéressant, et chaque événement en prépare un autre. Madame Selwyn, après son retour à Clifton, est entrée ce matin brusquement dans ma chambre : « Préparez-vous, ma chère, m’a-t-elle dit, à une terrible nouvelle » ! ”
Honoré de Balzac,
La Comédie humaine - Volume 13
“ Seulement, là où, pour une autre, l’innocente confidence de ses émotions eût été naturelle, Évelina y voyait une concession faite à des sentiments tumultueux qui l’emportaient sur le calme habituel de sa religieuse jeunesse, le plus furtif regard semblait lui être violemment arraché par l’amour. Cette lutte constante entre son cœur et ses principes donnait au moindre événement de sa vie, si tranquille à la surface et si profondément agitée, un caractère de force bien supérieur aux exagérations des jeunes filles de qui les manières sont promptement faussées par les mœurs mondaines. ”
“ M. Villars à Évelina.Berry-Hill, 7 juillet. Soyez la bien-venue, mille fois la bienvenue, ma très-chère Evelina ! le meilleur et le plus tendre de vos amis vous recevra à bras ouverts. Madame Clinton part en diligence pour vous remettre ces lignes, et pour vous ramener directement chez moi ; car je ne saurois me résoudre à rester plus long-temps séparé de vous, l’enfant chéri de mon cœur. C’est vous, mon Evelina, qui devez faire la consolation de mes vieux jours ; c’est de vous que j’attends l’adoucissement de tous mes maux : votre présence est nécessaire à ma tendresse paternelle. ”
“ À votre âge, ma chère, et avec votre vivacité, on néglige souvent d’être sur ses gardes, on ne réfléchit pas aux conséquences ; dès-lors l’imagination s’égare, et la voix de la raison n’est plus assez forte pour la tenir en bride. C’est votre cas, mon Évelina ; observez, je vous prie, la marche rapide que vous avez suivie. Vous voyez mylord Orville au bal, et il est le plus aimable des hommes ”
Fanny Burney, Évelina (1778)
“ Si mon Évelina veut se contenter d’une vie retirée, je suis sûr qu’elle fera toujours l’ornement de son voisinage, l’orgueil et les délices de sa famille ; elle sera aimée dans le cercle étroit des sociétés qui conviendront à son état ; elle choisira des occupations utiles et innocentes, qui lui assureront l’affection de ses amis et le suffrage de son cœur. ”
“ Ayez des attentions pour madame Duval ; mais fuyez autant que vous pourrez ses sociétés : les personnes qu’elle fréquente ne sont ni d’un rang, ni d’une éducation à vous faire honneur. Souvenez-vous, mon Évelina, qu’une bonne réputation est ce qu’une femme a de plus cher au monde ; mais aussi rien de plus délicat et de plus fragile ! la moindre tache suffit pour la flétrir. Adieu, mon enfant ; je ne retrouverai le repos que dans un mois. Arthur Villars. LETTRE XL. Évelina à M. Villars.Londres, 6 juin. Je vous écris de nouveau, mon cher monsieur, de cette grande ville. ”
Fanny Burney, Évelina (1778)
“ En ouvrant mes volets ce matin, je vis mylord Orville qui se promenoit déjà dans le jardin : je ne descendis cependant point avant l’heure du déjeûner ; il me reçut avec une froideur digne de lady Louise. Madame Beaumont, lady Louise et madame Selwyn lièrent leur conversation ordinaire, à laquelle votre Évelina ne prit aucune part ; négligée, tranquille et rêveuse, elle demeura à l’écart, comme un être qui ne tient à rien et dont personne ne se met en peine. ”
“ Après le souper, la conversation prit un tour général. N’est-il pas vrai, mon très-cher monsieur, que vous me félicitez de bien bon cœur des aventures de cette heureuse journée ? Je m’en souviendrai toujours avec joie et reconnoissance. Mylord Orville, je le sais, est bien dans votre esprit ; vous avez pris de lui une opinion avantageuse : ainsi j’espère que vous ne désapprouverez point la franchise de la conduite que j’ai tenue avec lui. Je me flatte donc que le choix de votre Évelina obtiendra l’agrément de son meilleur ami ; — c’est l’unique souhait qui lui reste à former. ”
“ Ne m’en veuillez point de mal ; j’avois pris la résolution de tenir ferme, je m’en étois fait même une loi ; mais lorsque j’arrangeai ce plan, je ne pensois qu’à la lettre, et je ne pensois pas à mylord Orville. D’ailleurs le ressentiment ne doit-il pas cesser, lorsque l’offense n’existe plus ? Cependant soyez bien sûr, monsieur, que si le lord avoit soutenu son caractère, tel qu’il l’a déployé dans cette détestable lettre, votre Évelina ne se seroit pas dégradée au point de souffrir patiemment des traitemens dont elle auroit eu à rougir devant vous. ”
“ Tu as toujours été, mon Evelina, la joie, la consolation et l’orgueil de ma vie ; pourrois-je m’opposer à ton bonheur, moi qui voudrois l’acheter aux dépens de mes jours ! Hâte-toi, mon enfant, de me réjouir par ta présence, viens recevoir les bénédictions que je brûle de répandre sur toi dans l’épanchement de mon cœur. Mais écoute aussi la prière que j’adresse au ciel dans ces circonstances solennelles. Puisse l’état de prospérité auquel tu vas parvenir ne jamais t’éblouir ! Fais toujours consister ta gloire à conserver un cœur pur et serein. ”
“ C'est toi qui donnes de la vie à nos pensées, et qui nous embrases d'un feu divin; c'est toi seul qui inspires l'artiste et le poète lorsqu'ils retracent tes voluptés, tes tourmens et tes caprices. Ainsi la présence d'Alfred, beau comme le dieu du jour, avait électrisé Evélina; heureuse d'obtenir un regard de son amant, fière de concentrer toute son attention, elle semblait lui reporter comme un tribut imposé à son, amour les nombreux hommages dont elle était enivrée. ”
Fanny Burney, Évelina (1778)
“ « Sont-ce là tes sentiment ? viens, mon Évelina, lève-toi, c’est à moi de tomber à genoux. Oui, on me verroit à genoux, — ramper comme un ver, — me rouler dans la poussière, si par cette humiliation je pouvois expier ma faute, obtenir par ta bouche le pardon d’une épouse que j’ai outragée » ! « Ah ! monsieur, lisez mieux dans mon cœur : — Ah ! si vous y voyiez toute l’étendue de ma tendresse filiale, tout l’intérêt que je prends à vos peines, vous m’épargneriez ces discours déchirans, — vous ne me menaceriez plus de me bannir de votre présence, de me retirer votre amour ». ”
“ Et moi-même, je ne prétends pas agir directement ; je me bornerai à vous continuer mes conseils, mais je suis peu disposé à me compromettre avec un homme tel que sir John Belmont. Il me semble, madame, qu’une lettre de votre part feroit le meilleur effet ; il y aura plus d’égard qu’aux représentations d’aucun de nous. Je serois donc d’avis que vous prissiez sur vous de lui écrire pour entamer la négociation. Si dans la suite il consent à voir Évelina, j’ai en réserve une lettre posthume que sa malheureuse épouse m’a laissée pour lui être remise, supposé qu’une telle entrevue eût jamais lieu. ”
Fanny Burney, Évelina (1778)
“ Je ne demande pas mieux que de contribuer au bonheur de mon Évelina : ainsi je vous accorde mon consentement. Partez, mon enfant ; que le ciel soit votre guide ! qu’il vous conserve et vous fortifie ! Je le prierai nuit et jour pour votre félicité. Qu’il vous prenne sous sa garde, qu’il veille sur vous, qu’il vous préserve de tout danger, de toute adversité ! Qu’il écarte de votre personne le vice, autant qu’il est éloigné de votre cœur ! ”
Fanny Burney, Évelina (1778)
“ Ses yeux étoient toujours fixés sur la lettre ; il s’arrêta sur-tout à ces mots : Mon enfant, ne ressemble point à ta mère. Il les répéta haut en s’écriant : « Quelle amertume il y a dans ces paroles ! — Viens ici, mon Évelina, que je te regarde encore ! Ah ! juste ciel ! vit-on jamais une ressemblance plus frappante ! — voilà ses yeux, sa bouche, — ses traits. Oh ! mon enfant, mon enfant » ! — Peignez-vous, monsieur, — car j’essaierais en vain de rendre ce tableau, — peignez-vous mon saisissement, quand je vis mon père tomber à genoux devant moi. ”
“ Madame Duval voyant que j’étais fermement résolu de m’opposer au départ de miss Évelina pour Paris, insista sur ce que ma pupille demeurât du moins avec elle à Londres jusqu’au retour de sir Belmont. Je combattis ce nouveau projet avec toute la force dont j’étois capable ; mais mes représentations n’aboutirent à rien, je perdis mon temps et elle sa patience : elle finit par me déclarer que de ce pas elle iroit faire son testament pour léguer à des étrangers tout son bien, qu’elle laisseront sans cela à sa petite-fille. ”
Edmond About,
Risette, ou les Millions de la Mansarde
“ ÉVELINA, le pinçant. Taisez-vous ! (Haut.) C’est bon, mon Dieu, c’est bon ! ANTONIN. Laissez-moi lui exprimer ma reconnaissance des soins qu’elle vous a donnés ; laissez-moi lui dire ce que j’ai au fond du cœur pour elle... (Évelina le pince) et pour vous ! Que vous êtes heureuse ! votre vie se passe près d’elle, vous la voyez tous les jours !... (Évelina le pince et se lève.) Je crois que je m’embrouille !... RISETTE. Quelle drôle de figure vous faites ! ANTONIN. J’aime mieux vous voir ainsi gaie, souriante, heureuse ! le bonheur va si bien à votre charmant visage ! ”
Léonie Villard, Jane Austen, sa vie et son œuvre
“ Evelina est représentée comme ayant toujours vécu à l’écart du monde, dont elle est censée ignorer les usages, mais, en fait, ses « scrupules », ses « réserves », sont d’une jeune personne qui n’a rien de la naïveté ou de la rusticité villageoises. Elle est « une jeune fille du monde » destinée à servir de modèle aux jeunes personnes qui, dans la vie réelle, tâcheront d’égaler en sensibilité, en timidité et en délicatesse, l’incomparable Evelina. ”
“ M. Villars à Évelina.Berry-Hill, 3 octobre. Vos dernières nouvelles, mon cher enfant, sont effectivement des plus étranges. Qu’une fille avouée de sir John Belmont ait paru à Bristol, tandis que mon Évelina y demeure sous le nom déguisé d’Anville, c’est un problême que je ne suis pas capable de résoudre. Quoi qu’il en soit, je me suis attendu à quelque événement extraordinaire au retour de votre père ; le sens mystérieux de sa lettre à lady Howard m’y a en quelque sorte préparé. J’ignore qui peut être la jeune personne dont vous parlez ”
“ J’ajoute encore un mot ; ne vous laissez point abuser par le ton de cette lettre : n’imputez à personne la mélancolie dont je m’accuse ; ne vous imaginez point que mon cœur est trop facile à recevoir des impressions : c’est à moi seule, et non à des causes étrangères, qu’il faut attribuer la situation où je me trouve. Rien n’est plus vrai ; croyez-en votre affectionnée Évelina. P. S. Je vous supplie de faire agréer mes excuses à lady Howard et à madame votre mère. LETTRE LVIII. ”
“ Ô ma chère Evelina ! si ma fortune égaloit votre inclination à faire du bien, avec quelle joie je la sacrifierois à soulager, par vos mains, l’honnête homme indigent ! mais ne regrettons pas les bornes que nous prescrivent nos facultés ; il suffit que nos bienfaits soient proportionnés à nos moyens ”
Fanny Burney, Évelina (1778)
“ Le local influe bien peu sur notre bonheur ! Je m’étois flattée, qu’une fois rendue à Berry-Hill, je retrouverois la tranquillité ; mais je me suis trompée, et jusqu’ici le repos n’a rien de commun avec votre Évelina. Je rougis de cet aveu. Excuserez-vous, Marie, le sérieux de cette lettre ? Mais je m’impose une contrainte si violente vis-à-vis de M. Villars, que j’ai cru devoir la quitter en m’entretenant avec vous. ”
“ Si nous pouvions faire fond sur la façon de penser de mylord Orville, si nous pouvions croire qu’en rendant justice à vos vertus, il auroit assez de grandeur d’ame pour répondre aux sentimens qu’il vous a inspirés, alors je n’envierois point à mon Evelina la société d’un homme qu’elle estime et qu’elle admire ; mais nous ne vivons pas dans un siècle où il faille s’en rapporter aux apparences, et il vaut mieux prévenir une démarche imprudente, que d’avoir ensuite à la regretter. ”
Fanny Burney, Évelina (1778)
“ Depuis long-temps j’ai observé que vous aviez des chagrins ; je les ai partagés, et je me suis défendu de vous en parler ; car j’espérois que le temps et l’éloignement de ce qui peut troubler votre repos amèneroient un changement : mais, hélas ! votre affliction augmente, — votre santé se dérange ; — en un mot, vous n’êtes plus la même. Oh ! ma chère Évelina, une telle altération fait saigner mon cœur. Faut-il que je voie mon enfant chéri, celle que j’avois élevée pour être l’appui de ma vieillesse ! faut-il que je la voie succomber elle-même sous le poids d’une douleur secrette ! ”
Auteur : Théodore de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ L’auteur d’Evelina était à présent devenue romantique : elle imitait Ossian, Mme Radcliffe, et aussi notre Ducray-Duminil ; car, dans l’intervalle, elle avait épousé un émigré, le vicomte d’Arblay, et était allée avec lui demeurer en France. Rien ne survivait plus de toutes les aimables qualités qui avaient fait le succès de son premier roman. Et, par une étrange ironie de la destinée, la piquante « petite fille » de 1778 s’était transformée en une façon de Mme Duval, mêlant, dans un style d’une affectation ridicule, le mauvais goût de son pays d’adoption à celui de sa patrie. ”
“ Évelina à M. Villars. Cette maison est le séjour de la joie ; chaque physionomie annonce la gaîté, tout le monde vous aborde avec un souris sur les lèvres. Je ne fais que roder pour m’amuser de la confusion qui y règne. On prépare une chambre sur le jardin pour servir de cabinet d’étude au capitaine. Lady Howard n’est pas un instant à la même place ; miss Mirvan fait des bonnets ; on s’occupe de tout côté ; on court de chambre en chambre ; on donne des ordres ; on les révoque ; on en donne de nouveaux ; tout est en désordre et en agitation. ”
“ EVÉLINA. 273 d'hui le septième mois de la mort d'Alfred; il me convenait moins que jamais de me dispenser d'assister au service que l'abbé de Sonville est dans l'usagé de célébrer à pareil jour. » Madame de Poligny jeta sur le père d'Evélina un regard où se peignait la plus douce gratitude : « Ah ! mon ami, s'écria-t-elle, combien je vous remercie de ce touchant souvenir! Il n'y a qu'un homme sensible comme vous l'êtes qui puisse ainsi comprendre le coeur d'une mère. » ”
“ Les Branghton, M. Smith, et le jeune Brown, sont trop au-dessous de vous pour qu’ils puissent vous donner un plaisir réel ; seulement je suis fâché que mon Évelina passe son temps en aussi mauvaise société. Le jour même où ce mois fatal expirera, j’enverrai madame Clinton à Londres, pour vous ramener à Howard-Grove ; j’espère que votre séjour chez madame Mirvan ne sera pas de longue durée, car je suis dans la plus grande impatience de revoir et d’embrasser mon enfant chéri. ”
“ Oui, ma fille, EVELINA. 229 s'écria-t-elle, monsieur est ton père; regarde ce portrait qui ne m'a jamais quittée, voilà ses traits; le voilà bien mon Henri, tel qu'il était lorsqu'il s'arracha de mes bras pour me laisser sans appui, sans ressource. C'est alors que, pour échapper à mon désespoir et à la misère, je me livrai à la dissipation la plus coupable; mais tu grandissais, Evélina; chaque jour tu me devenais plus chère; mes remords se réveillèrent aux cris de la nature, j'eus le bonheur d'entendre cette voix sacrée ”
